Greg Egan cherche à craquer le code de notre humanité et il s’y emploie avec la rigueur et le langage d’un ingénieur. « Axiomatique » vient de ressortir chez Le Bélial.

Que se passe-t-il lorsque l’on pousse les possibilités de la science-fiction à leur pinacle ? Les œuvres de Greg Egan en sont une réponse. Personne n’a jamais vu le visage de cet écrivain australien, dont il n’existe aucune photo sur le web. Il s’agit pourtant du pape de la hard SF, ce genre qui fait reposer ses récits sur des connaissances scientifiques et technologiques fiables.

Les éditions du Bélial proposent, depuis le 10 mars 2022 en librairies, une réédition d’Axiomatique — un recueil de nouvelles initialement publié en 1995. L’ouvrage mobilise des traductions signées Sylvie Denis, Francis Lustman, Francis Valéry et Quarante-Deux.

Bien que la hard SF puisse faire peur de prime abord, il existe de bonnes raisons de lire Greg Egan. La première d’entre elles : s’amuser avec les possibles. Mais c’est la profondeur qui, ensuite, marquera les nouvelles durablement dans votre esprit.

Langage technique, cœur gros

« Mes tripes se nouent mais je tiens. Je sais que la même chose doit être en train d’arriver à d’autres moi-mêmes — mais je déclare, je définis, que ce sont des étrangers qui meurent. »

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« Axiomatique ». Couverture par Nicolas Fructus. // Source : Le Belial

Greg Egan est le roi du mindblown. La toute première nouvelle du recueil, L’Assassin infini, n’est autre qu’une course-poursuite effrénée à travers les univers parallèles : un tueur à gages doit empêcher des personnes de disloquer la réalité. En cause, des drogues qui permettent de traverser les mondes parallèles.

Chaque nouvelle est ainsi faite. Comme point de départ, on trouve une avancée technologique, sinon une bizarrerie scientifique ou médicale, dont Greg Egan tire toutes les conséquences comme s’il étirait un élastique jusqu’au dernier nanomètre du possible. L’auteur s’y emploie comme un ingénieur craquant un code, comme un ingénieur réalisant une opération de la plus extrême précision. Le langage est technique, la science est rigoureuse.

Est-ce pour autant inaccessible ? C’est la force d’Egan en tant qu’auteur de hard SF : on comprend (un minimum) ce qu’il se passe. Le niveau de difficulté des récits varie d’un texte à l’autre, et les éditions du Bélial déclineront toute responsabilité en cas de surchauffe cérébrale, mais vous ne serez jamais pleinement laissé sur le carreau au fil du recueil — des nouvelles sont faciles d’accès et les plus difficiles trouveront toujours un point d’accroche, sans compter que le mindblown assure de s’amuser.

L’apparente froideur technique des nouvelles, qui résulte d’une immense rigueur scientifique, se réchauffe à la lumière de ce qui intéresse réellement Greg Egan : l’humain. S’il y a bien un code que cherche à craquer ce mystérieux auteur de SF, c’est celui de notre humanité.