Sur Netflix, Away nous embarque dans le tout premier voyage vers Mars. Que vaut cette saison 1 ? Critique.

La nouvelle série de science-fiction de Netflix ne se situe pas dans un futur lointain où l’humanité a conquis les étoiles. La saison 1 d’Away, disponible depuis ce 4 septembre 2020, est même relativement proche de nous. On y suit la toute première mission habitée vers Mars. Le parti pris : le trajet vers Mars sera surtout une aventure humaine, et même sociale. Une approche courante dans la littérature SF, mais moins à l’écran, d’autant plus au cours de 10 longs épisodes. Peut-on tenir la route en série avec un tel thème ? Away a failli trouver la recette.

L’équipage de cette mission a pour commandante Emma Green (Hilary Swank), astronaute américaine. Le focus alterne régulièrement entre le vaisseau spatial en direction de Mars, où il y a Emma Green, et ce qu’il se passe sur Terre du côté de son mari et de sa fille. Ce trio familial est la grande force d’Away.

Hilary Swank interprète la commandante Emma Green. // Source : Netflix

On comprend grâce aux enjeux « terriens » de sa famille que le voyage d’Emma Green n’est pas juste une ambition abstraite de conquête spatiale. Lorsqu’elle entreprend ce trajet, toute sa vie change. Celle de son mari et de sa fille également. D’ailleurs, c’est surtout l’impact sur sa fille, Alexis Logan (brillamment interprétée par Talitha Bateman), qui est approfondi. Celle-ci doit jongler entre sa construction d’adolescente, aider son père, affronter ses peurs pour sa mère, la médiatisation… Ça fait beaucoup, beaucoup trop, et la corde empathique avec elle fonctionne à merveille tout le long.

Malgré le postulat de base, ce n’est pas ennuyeux

La famille d’Emma Green est centrale, mais les problématiques sociales sont élargies aux autres membres de l’équipage. Une grande partie du scénario consiste à nous narrer les relations, parfois houleuses, entre les astronautes. Heureusement, cela ne tombe jamais dans l’absurdité d’une série comme Another Life où chacun se tire dans les pattes. Non, vivre dans l’espace, c’est s’entraider avant tout. Pour autant, les astronautes restent des humains et doivent composer avec leurs personnalités, cultures, failles. Ce sera l’un des plus grands enjeux des voyages spatiaux et l’entraînement des astronautes passera (et passe déjà) par des expériences de vie isolée en communauté.

Away épouse parfaitement ces enjeux, en mettant en scène les réactions humaines des personnages en fonction des circonstances, de leur vie, de leurs failles. Ils ont quelques accès d’héroïsme, mais rien qui ne soit pas crédible dans ce contexte si particulier.

Ce traitement très social de l’aventure pourrait donner l’impression que la série a tout pour nous bercer dans l’ennui. Certes, les deux premiers épisodes ne sont pas très encourageants en la matière. Ils ne sont pas passionnants. Les épisodes 3 et 4 signent toutefois le véritable départ de la série. Les enjeux familiaux, relationnels, voire sociopolitiques structurent le scénario. Il s’y ajoute tout de même moult événements scientifiques et techniques à résoudre.

Les invraisemblances fragilisent la force du récit

Ces fameux événements, généralement des accidents, permettent d’ajouter une couche de suspense en plus des aventures humaines. Mais c’est aussi là que pêche un peu la série. On se doute qu’un voyage vers Mars sera semé d’embûches, et qu’il sera bien plus problématique que ceux vers l’ISS ou la Lune. Cela dit, on ne peut pas s’empêcher de songer que cette recrudescence de soucis en tous genres est artificielle et excessive. On perce à jour le mécanisme scénaristique, la volonté de créer du suspense, ce qui peut nous sortir quelques fois de l’ambiance.

Ce ne sont d’ailleurs pas les seules invraisemblances ou facilités scénaristiques qui fragilisent la force du récit. Dès le départ, l’astronaute russe est évidemment celui qui pose le plus de problèmes (Away est très américaniste). Dès le départ, le rôle de la commandante est remis en cause par la moitié de l’équipage lors d’un incident, avant qu’elle prouve finalement qu’elle en a les capacités… alors même qu’on nous indique au début de la série qu’ils ont passé des mois ensemble à s’entraîner et à faire face à d’autres situations (on peine à croire que leurs liens de confiance se brisent donc en 5 secondes après tout ce temps).

L’un des futurs enjeux majeurs du voyage vers Mars sera la communication lointaine et difficile avec la Terre. Les astronautes seront isolés, a minima car ils ne pourront pas être en lien direct avec leurs proches. On touche là à une autre invraisemblance de la série : dans la première partie de la saison, Emma Green est régulièrement au téléphone avec sa famille — sa fille n’hésite pas à lui raccrocher au nez. La difficulté dans les communications est clairement trop peu prise en compte.

Away reste une tentative honorable, celle d’apporter une autre approche aux voyages spatiaux à l’écran. La série livre un récit d’anticipation spatiale proche de nous. On est bien loin du chef d’œuvre, mais les (énormes) défauts n’empêche pas à la série de laisser une trace un tant soit peu marquante, en nous montrant l’aventure humaine que sera avant tout un voyage vers Mars, avant même d’être une exploit technique et une odyssée scientifique.

Away, saison 1, sur Netflix.

En bref

Away, saison 1

Note indicative : 3/5

Away est un drama spatial qui est tout à fait réaliste sur les aspects humains. On entre en empathie avec les personnages et on comprend que l’odyssée martienne aura des enjeux sociaux tout aussi importants que les enjeux scientifiques. Malheureusement, cette approche réaliste est régulièrement cassée par des invraisemblances : la volonté de créer du suspense transparaît un peu trop. C’est un énorme défaut, mais étrangement, cela n’empêche pas la série de laisser une certaine empreinte, surtout quand l’on s’intéresse à l’odyssée spatiale.

Top

  • L'empathie fonctionne avec le mari et la fille d'Emma Green
  • On ne s'ennuie pas, un sacré exploit vu l'approche de la série

Bof

  • Les invraisemblances cassent régulièrement l'immersion
  • L'absence totale de générique, sur Netflix, c'est vraiment tristounet
  • Un récit moins américaniste aurait été bienvenu

Crédit photo de la une : Netflix

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