La version de Sherlock Holmes « avec sentiments » utilisée par Netflix dans le film Enola Holmes est encore sous copyright. Seule la version déshumanisée, froide et rationnelle est dans le domaine public.

Sherlock Holmes est l’un des personnages les plus connus de l’histoire. Il a fait l’objet de bon nombre d’adaptations, que ce soit au cinéma ou en séries TV. Parfois, ces transpositions à l’écran s’éloignent des œuvres originales signées Conan Doyle. L’excellent Sherlock de la BBC, avec Benedict Cumberbatch, les modernise à notre époque, ce que fait aussi la série américaine Elementary. De son côté, Netflix prévoit pour bientôt un spin-off centré sur Enola Holmes, la sœur de Sherlock et Mycroft Holmes.

Ce film de Netflix est inspiré de la série littéraire de Nancy Springer, Les enquêtes d’Enola Holmes (Tome 1, 7 € chez Nathan), et met en scène Millie Bobby Brown dans la peau de l’héroïne. Les premières images ont d’ailleurs été diffusées le 25 juin 2020. Pour les besoins créatifs des livres puis du film, quelques ajustements émotionnels ont été apportés au personnage de Sherlock (interprété par Henry Cavill dans la version Netflix). Ces changements dans son caractère ne plaisent pas du tout à The Conan Doyle Estate, les ayant droits des romans d’Arthur Conan Doyle. La société vient d’attaquer Netflix pour atteinte aux droits d’auteur et à une marque déposée.

Mais ce n’est pourtant pas la première adaptation à prendre ses libertés avec les livres d’origine. Que se passe-t-il donc de spécifique avec Enola Holmes ?

De gauche à droite : Sherlock (Henry Cavill), Mycroft (Sam Claflin) et Enola (Millie Bobby Brown). // Source : Netflix

Les sentiments de Sherlock Holmes encore sous copyright

The Conan Doyle Estate n’attaque pas seulement Netflix en justice, mais également Nancy Springer, qui a créé Enola Holmes, ainsi que sa maison d’édition. L’atteinte aux droits d’auteur peut paraître étonnante : une grande partie des œuvres de Conan Doyle sont maintenant dans le domaine public. Sauf que les aventures de Sherlock ont été écrites pendant de nombreuses années, alors, l’autre partie, une dizaine de livres, est encore sous copyright.

Les ayants droit proclament alors que la version Enola Holmes se base sur la personnalité de Sherlock Holmes telle qu’elle s’est développée dans les 10 derniers livres, et non dans les premiers. Dans la série littéraire de Nancy Springer et donc dans le film, Sherlock exprime des émotions, des sentiments, de l’amour envers sa sœur et ses proches. Dans sa plainte, The Conan Doyle Estate rappelle que dans les premiers livres, Sherlock est insensible, froid, purement rationnel et analytique. C’est seulement ensuite, au fil de la vie de Conan Doyle, que Sherlock est devenu plus humain.

« Il a commencé à respecter les femmes »

Dans les dix livres encore sous copyright publiés entre 1923 et 1927, « Conan Doyle a pris la décision artistique surprenante de faire évoluer son personnage le plus célèbre — connu dans le monde entier comme un cerveau sans cœur — en un personnage avec un cœur, est-il écrit dans la plainte des ayants droit. Holmes est devenu plus chaleureux. Il est devenu capable d’amitié. Il pouvait exprimer ses émotions. Il a commencé à respecter les femmes. »

Ce n’est pas la première fois que The Conan Doyle Society attaque des adaptations dérivées ou librement inspirées. Cela s’est souvent soldé par des échecs (notamment en raison du Fair Use, une exception aux droits d’auteur en cas d’usage « raisonnable »). Pour qu’il y ait une atteinte aux droits d’auteur sur ces 10 livres encore sous copyright, il faudrait que les adaptations puisent directement dans les éléments narratifs nouveaux de ces livres… là où l’évolution du personnage créé dans les premiers livres peut relever de la liberté créative raisonnable des adaptations.

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