Encore à l'état de projet il y a quelques mois, le jeu Bad Bitches Only est désormais bien réel. Inspiré du célèbre Time's Up, il met en avant les femmes et les minorités de genre. Voici nos impressions après une partie endiablée.

Quand une partie de Bad Bitches Only s’achève, on a généralement passé un bon moment. On est passé du rire à l’incrédulité, on a dépensé son énergie à décrire et mimer. On se dit aussi qu’on connaît malheureusement peu de personnalités sur les 245 cartes que compte la boîte de jeu. Mais, au moins, pendant la partie, on en a découvert de nouvelles — et c’est peut-être finalement l’un des véritables buts du jeu.

Après avoir réussi sa campagne de financement sur Ulule fin mai 2019, le jeu est devenu réalité. Dans le même esprit que Who’s She ? ou The Moon Project, ce nouveau titre s’inspire d’un jeu de société classique pour en créer une version féministe et plus inclusive. Ici, c’est le traditionnel Time’s Up qui est dépoussiéré par Inès Slim, la créatrice de la société Gender Games.

La boîte du jeu. // Source : Photo Louise Audry pour Numerama.

Au dos des cartes jaunes de Bad Bitches Only, ce sont les femmes et les minorités de genre qui prennent toute la place (y compris des personnes qui n’ont pas fait que des choses positives dans leur vie). Comme nous l’avons découvert lors d’une partie, ce détail change beaucoup le jeu et sa difficulté.

À quoi ressemble une partie ?

Les règles de Bad Bitches Only tiennent sur peu de pages de la notice fournie dans la boîte. En plus du jeu lui-même, il faut d’abord se munir d’un minuteur (celui d’un smartphone fait très bien l’affaire mais les puristes peuvent utiliser un sablier), ainsi que d’une feuille et d’un crayon pour noter les scores. Selon le nombre de participants et participantes (un minimum de 3 personnes est conseillé), on peut décider de jouer en équipe ou tout seul.

Des cartes du jeu. // Source : Photo Louise Audry pour Numerama.

Le but du jeu est de faire deviner les noms des personnalités notés sur les cartes, en plusieurs manches. Lors de la première, il faut décrire autant de cartes que possible, en 45 minutes. Les cartes tirées sont conservées pour les manches suivantes. Lors de la deuxième manche, en 30 secondes, un seul mot est accordé pour faire deviner chaque carte. Enfin, la troisième manche est celle des mimes (ou des dessins). À la fin, on additionne les points (attention aux cartes avec des éclairs, qui rapportent davantage de points) et le joueur, la joueuse ou l’équipe qui a le plus grand score a gagné.

En équipe, seuls les partenaires de la personne qui tire les cartes doivent participer : 1 carte trouvée donne 1 point à l’équipe. Si vous jouez individuellement, tous les autres peuvent chercher : à chaque fois que la bonne réponse est trouvée, celui ou celle qui fait deviner gagne 1 point et le joueur qui a deviné en gagne 2 (2 et 4 points pour les cartes avec des éclairs).

Une carte qui rapporte davantage de points. // Source : Photo Louise Audry pour Numerama.

Un « Baddico » pour s’informer sur les personnalités

La première manche est l’occasion de découvrir les cartes. En les piochant, on s’aperçoit rapidement que de nombreuses personnalités nous sont inconnues. Puisque le jeu repose sur la rapidité, le réflexe des joueurs est le plus souvent de passer ces cartes. Bad Bitches Only fournit cependant un « Baddico » qui résume en quelques mots les faits qui ont rendu ces femmes, personnes transgenres ou non-binaires célèbres. À la fin de la première manche, consulter ce livret peut aider pour les étapes suivantes.

Après les descriptions limitées à un seul mot par carte dans la deuxième manche, vient l’étape qui est probablement la plus intéressante du jeu : le temps des mimes. S’ils fournissent une bonne occasion de rigoler (car les imitations sont parfois approximatives), ils sont surtout un formidable moyen de s’interroger. De même qu’il ne faut pas décrire les personnalités en disant « C’est la femme de », les mimes racistes, sexistes ou transphobes sont proscrits.

Le Baddico. // Source : Photo Louise Audry pour Numerama.

Mimer… puis s’interroger sur les stéréotypes

Or, on s’en rend vite compte en jouant, il faut parfois faire très attention de ne pas tomber dans ce travers. Un mime doit être simple pour être compris et, de fait, il repose malheureusement souvent sur des stéréotypes. Mimer une personne de profil, un bras devant soi, un autre derrière, pour faire deviner Cléopâtre, n’est-ce pas problématique ? Voici où réside la subtilité du jeu.

Le plus intéressant est finalement, après la partie, lorsque l’on se pose ce genre de questions. D’une certaine manière, Bad Bitches Only se sert habillement de nos présupposés pour nous aider à les interroger. Et puisqu’on apprend ensuite qui sont ces personnalités, on devrait avoir un peu plus d’imagination la prochaine fois (en mimant leurs réalisations, par exemple).

Vous pouvez commander Bad Bitches Only sur le site de Gender Games au prix de 19 euros. Achetée seule, l’extension Feminist Warriors (sur les féministes engagées) vaut 8 euros. Pour le jeu principal et son extension réunis, comptez 25 euros. Le jeu s’inscrit donc dans une gamme de prix comparable au Time’s Up originel.

Un jeu qui aide à prendre conscience des stéréotypes. // Source : Photo Louise Audry pour Numerama.

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