Un nouveau jeu de cartes féministe a été lancé sur Ulule. Ses règles sont proches de celles du Time's Up. Le jeu se veut davantage inclusif : il faut faire deviner aux autres joueurs des noms de femmes ou de personnes trans et non binaires.

Quel est le point commun entre Beyoncé, Frida Kahlo, Simone de Beauvoir, Louise Bourgeois et Sophie Germain ? Toutes font partie des « Bad Bitches » d’un nouveau jeu de cartes destiné aux adultes. Lancé le 1er mai 2019 sur la plateforme de crowdfunding Ulule, le projet dispose encore d’une vingtaine de jours pour tenter d’atteindre son objectif de financement.

« Tout le monde se souvient du nom du premier homme à marcher sur la Lune, mais moins de la première femme à être allée dans l’espace », constate Inès Slim, la créatrice du jeu Bad Bitches Only, sur la plateforme. Elle a créé sa société Gender Games en février dernier. L’objectif : créer des jeux qui offrent « 100 % de l’espace aux femmes et minorités de genre », nous explique-t-elle.

Le logo de Bad Bitches Only. // Source : Gender Games

Décrire, dessiner, mimer

Bad Bitches Only est sa première création. Le jeu de carte se joue comme au Time’s Up : à chaque tour, vous avez un temps limité pour faire deviner un maximum de personnalités dont le nom figure sur les cartes. Il est possible de corser le jeu en ajoutant des manches lors desquelles vous devez dire un unique mot, dessiner ou mimer pour faire deviner les noms à trouver.

Avant de se lancer dans ce projet, Inès Slim travaillait au musée d’Orsay, avec en poche une double formation dans une école de commerce et en histoire de l’art. Elle a créé Bad Bitches Only pour jouer avec ses proches, qui l’ont incitée à faire grandir le jeu et le diffuser. Avec Gender Games, elle espère désormais « multiplier les jeux » de société féministes, encore trop peu nombreux selon elle.

Inès Slim, la créatrice de Bad Bitches Only. // Source : Gender Games

Une extension Feminist Warriors

Le jeu intègre aussi des personnalités fictives. 5 cartes sont laissées vierges pour ajouter d’autres personnalités à trouver. Une extension thématique, baptisée « Feminist Warriors », est déjà prête. Ses 80 cartes sont consacrées à des figures militantes du féminisme, comme l’écrivaine Judith Butler ou la réalisatrice Amandine Gay.

« J’adopte un féminisme intersectionnel : j’utilise l’écriture inclusive, j’essaye de proposer une diversité d’origine, de genre, d’orientation sexuelle ou de religion dans les personnalités représentées », nous explique Inès Slim. Avec Bad Bitches Only, Inès Slim souhaite permettre la réappropriation du mot « bitch [ndlr : salope, en français], si souvent utilisé comme une insulte, surtout envers les femmes qui ont du pouvoir ». Avec cette formulation, la créatrice estime aussi que le jeu « englobe toutes ces personnalités si badass du jeu de manière inclusive », y compris des personnes trans et non binaires.

L’extension Feminist Warriors. // Source : Gender Games

Interdit de dire « C’est la femme de »

Les règles du jeu sont flexibles. « Souvent, quand on joue à un jeu, on lit les règles puis on les oublie vite pour en inventer de nouvelles, remarque Inès Slim. J’ai aussi voulu être féministe dans les règles, en favorisant la collaboration. » Bad Bitches Only laisse la possibilité de choisir le nombre de tours ou si l’on souhaite jouer en équipe. Des « cartes éclair » peuvent apporter des bonus de point. Une seule règle est intangible : il est interdit de dire « c’est la femme de » pour faire deviner une personnalité.

À l’heure où ces lignes sont écrites, le jeu d’Inès Slim a récolté plus de 4 000 euros sur Ulule, sur les 10 000 euros escomptés. Si l’objectif est atteint le 31 mai prochain, les premiers jeux seront livrés aux contributeurs et contributrices en juin. Inès Slim souhaite ensuite distribuer le jeu en magasin et lancer une nouvelle extension en septembre. Sur quel thème ? « Je veux laisser les joueurs choisir lors d’un vote en ligne », nous répond la créatrice. Elle songe déjà la sortie d’un second jeu en 2020.

Partager sur les réseaux sociaux