Un fabricant d’armes, désormais en faillite, s’est rapproché d’Activision pour intégrer ses produits dans Call of Duty. Avec un but clair : en vendre aux plus jeunes.

Les fabricants d’armes et les éditeurs de jeux vidéo signent parfois des partenariats. Cela paraît d’une logique implacable si on recherche l’authenticité à tout prix, à une époque où les jeux vidéo font la course au réalisme. On peut saisir le désir du studio de proposer une expérience aussi vraie que possible.

Du côté du fabricant d’armes, en revanche, les motivations sont discutables. Comme le révèle cet article du Wall Street Journal publié le 16 octobre, on apprend que Remington Arms s’est invité dans Call of Duty pour séduire « des jeunes tireurs ».

Des documents confidentiels, liés à un procès ayant impliqué Remington Arms dans une fusillade ayant eu lieu dans l’école primaire de Sandy Hook en 2012 (le tueur a utilisé un fusil Remington AR15 et fait 26 victimes, dont 20 enfants), ont été dévoilés par un avocat américain dans un but de sensibilisation.

On y découvre la manière cynique avec laquelle l’entreprise utilise les jeux vidéo comme moyen de promouvoir leurs armes, plus particulièrement auprès des jeunes. Ainsi, une intégration dans Call of Duty, l’un des jeux les plus vendus chaque année, peut aider à « créer une préférence de marque pour la nouvelle génération ». Effrayant, surtout quand on sait que les jeux vidéo sont souvent placés sur le banc des accusés après les tueries de masse (ce fut le cas pour Sandy Hook).

Call of Duty: Modern Warfare 2 // Source : Activision
Call of Duty: Modern Warfare 2 // Source : Activision

Peut-on vendre des vraies armes via le jeu vidéo ?

Remington Arms a signé un partenariat avec Activision en 2009 pour inclure une réplique très proche d’une de ses armes dans Call of Duty: Modern Warfare 2 — l’un des épisodes les plus moralement contestables à cause d’une scène controversée. Pourquoi une réplique ? Pour se prémunir de toute responsabilité. « Nos précédentes expériences nous ont appris que les gens vont chercher les marques des armes. L’absence de la marque nous sert de bouclier contre d’éventuelles implications, sans perdre le bénéfice d’une inclusion dans le jeu », peut-on lire.

C’est un placement de produit vicieux, et une telle froideur dans les propos nous rappelle l’excellent film Thank You For Smoking. Si cela parle d’un lobbyiste de la cigarette, les leviers et le ton sont les mêmes.

Les pontes de chez Remington Arms étaient en tout cas persuadés que leur deal allait fonctionner. « Il est ironique de constater que les jeux vidéo, considérés il y a dix ans comme une menace pour attirer de nouveaux tireurs, sont aujourd’hui le tremplin numéro 1 », constatait le chef du département produit. « Il est incroyable de voir combien un jeu vidéo peut bien vendre les attributs d’une arme », se félicitait le vice-président de l’époque. Par leur réalisme, les jeux de guerre constituent des publicités parfaites pour les armes.

Fort heureusement, la stratégie n’a pas fonctionné : l’arme en question, un fusil semi-automatique avec un faible recul, a été un échec — « il a été retiré du marché après plusieurs années de faibles ventes ».  Freedom Group, la maison mère de Remington Arms, a fini par faire faillite. Et après la tragédie de Sandy Hook, Electronic Arts a annoncé qu’il n’utilisera plus de licences officielles pour les armes présentes dans sa saga Battlefield.


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