Activision a décidé de commercialiser une version remasterisée de Call of Duty: Modern Warfare 2, initialement sortie en novembre 2009. Le FPS avait marqué les esprits avec une mission choquante et controversée.

Activision tient à nous occuper pendant cette période de confinement. Alors que l’éditeur vient à peine de lancer un Battle Royale qui ne manque pas d’arguments, il enchaîne avec une remasterisation de la campagne de Call of Duty : Modern Warfare 2 — disponible sur PlayStation 4 depuis le 31 mars (elle sera disponible un mois plus tard sur PC et Xbox One). Le jeu de tir à la première personne avait connu un franc succès à l’époque de sa sortie, en novembre 2009, dans le sillage du tout premier Modern Warfare.

Surtout, Call of Duty : Modern Warfare 2 avait marqué les esprits avec une mission extrêmement choquante. Intitulée ‘Pas de Russe’, elle consiste à s’infiltrer dans un groupe terroriste et de massacrer des civils dans un aéroport afin de gagner la confiance d’un ultranationaliste. De cet événement coup de poing découle un conflit fictif entre les États-Unis et la Russie, permettant d’enchaîner des missions emmenant le joueur aux quatre coins du globe. Déjà à l’époque, dans un monde post-11 septembre mais qui n’avait pas connu les attentats meurtriers en France, la scène était difficilement justifiable, même derrière l’argument de la fiction vidéoludique.

La mission la plus marquante de la saga Call of Duty est de retour

Pour l’anecdote, ce niveau avait été victime d’une fuite, comme le rappelle un article de GameSpot datant du 29 octobre 2009. Face à la controverse des images, Activision avait dû se justifier, «  La vidéo est tirée d’une copie du jeu qui fut obtenue illégalement et ne représente pas toute l’expérience de gameplay de Modern Warfare 2. » Il y avait la nécessité, à l’époque, d’éteindre l’incendie et de rassurer les joueurs sur le contenu du FPS (qui n’est pas entièrement une simulation de terrorisme, donc).

Une séquence choc d’un réalisme effrayant

« Cette mission vous coutera une part de vous mais ce n’est rien face à ce que vous sauverez », peut-on entendre pendant le briefing de cette mission d’infiltration, consistant à se rapprocher au plus près d’un terroriste. Le sous-texte de cette phrase est lourd de sens et insiste sur cette vérité soulignant qu’il n’y a pas de guerre sans sacrifice humain. La saga Modern Warfare l’a toujours mise au centre de ses récits — on a encore pu le constater avec le reboot lancé en fin d’année dernière. La séquence ‘Pas de Russe’ la matérialise avec une violence visuelle faisant écho à des tragédies vraiment arrivées. Bien sûr, Call of Duty : Modern Warfare 2 n’est pas le premier jeu violent de l’histoire et on a connu plus gore dans le genre, mais toujours est-il que l’authenticité de sa violence fait froid dans le dos. Plus de dix ans après, cette scène n’a rien perdu de son impact — d’autant que les vrais actes terroristes se sont, hélas, multipliés depuis.

Activision laisse le choix au joueur entre (re)vivre la mission, puisqu’elle n’a pas été supprimée ou censurée, ou la passer. L’existence de cette option, qui était déjà dans le jeu original, appuie davantage le malaise, alors que des terroristes nous demandent de tirer à vue dans un lieu bondé. À l’époque, Infinity Ward n’avait pris aucune pincette. On peut certes décider de ne pas presser la détente, mais en gardant à l’esprit que cette passivité n’empêche pas l’horreur de se produire.

C’est une véritable plongée dans l’effroi, lente jusqu’à en devenir interminable, portée par les cris des victimes qui s’accumulent. L’expérience constitue en prime un paradoxe, au regard de la tournure résolument hollywoodienne que prend ensuite Call of Duty : Modern Warfare 2. À partir d’une séquence choc d’un réalisme effrayant, les scénaristes construisent un récit parfois invraisemblable à la Michael Bay.

Call of Duty : Modern Warfare 2 // Source : Activision

Car il ne faudrait pas résumer le FPS à ces quelques minutes traumatisantes. Call of Duty : Modern Warfare 2 demeure encore aujourd’hui un rollercoaster bien conçu. L’attraction compense sa courte durée — moins de cinq heures — par l’addition de passages impressionnants à voir et à jouer. La variété des situations et le rythme soutenu accouchent d’une campagne jamais ennuyante, dont plusieurs passages n’ont vraiment rien perdu de leur superbe (merci le too much et la construction sans réel temps mort). Seul le côté couloir pourra apparaître trop voyant, étant donné que ce n’est plus vraiment la norme de nos jours.

Beenox a fait de l’excellent travail

En termes de remasterisation, on peut affirmer que Beenox a fait de l’excellent travail. Sur une PlayStation 4 Pro, Call of Duty : Modern Warfare 2 affiche un visage séduisant. Nous sommes loin de la qualité graphique du dernier opus, mais les améliorations visuelles sont suffisamment nombreuses pour offrir une seconde jeunesse au FPS avec définition 4K, framerate idéal (la marque de fabrique) et technologie HDR pour redonner du peps aux éclairages. Seules certaines textures, une poignée de modèles 3D, le moteur physique et l’aliasing — scintillement sur les contours — viennent trahir l’âge de Call of Duty : Modern Warfare 2. Ces quelques défauts visuels n’inhibent pas l’immersion, qui reste la principale force du titre. Il ne faudrait pas oublier non plus l’accessibilité du gameplay, toujours plaisant en 2020.

Vendue moins de 25 euros, cette version de Call of Duty : Modern Warfare 2 est dépourvue du mode multijoueur et des missions additionnelles Spec Ops. C’est sans doute le seul reproche que l’on puisse faire à ce remaster qui s’adresse à celles et ceux qui seraient passés à côté d’un solo à l’efficacité redoutable — au sens propre comme au figuré.

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