Pour regarder un match de football ou une émission en direct, le streaming n’est pas l’option à privilégier. Si des améliorations dantesques devraient arriver dans les prochaines années, la télévision « classique » profite encore d’une nette avance.

Faut-il regarder la télévision depuis la TNT, le décodeur de son opérateur (Orange, SFR, Bouygues, Free), le satellite ou en streaming depuis une application ou un site sur son téléviseur connecté, sa box télé ou son smartphone ? Si chacune de ces solutions a un avantage, toutes ne se valent pas en matière de direct. L’écart d’un flux à l’autre peut parfois dépasser la minute, ce qui est assez pour se faire divulgâcher un but par ses voisins ou par une notification de son smartphone. Avant de regarder un événement important (on parle de sport, mais c’est aussi valable pour une émission de télé ou une cérémonie), Il vaut mieux connaître les spécificités des différentes technologies du marché.

Pourquoi le streaming est en retard ?

Regarder la télévision en streaming est le moyen le plus dangereux de regarder un évènement en direct. Le fonctionnement des flux provoque forcément un retard sur la réalité quand on regarde une chaîne de télévision depuis une application ou un site web. myCANAL, Molotov, Prime Video (qui diffuse la Ligue 1), Salto, TV d’Orange, SFR TV, Free OQEE et les autres applications dédiées à la télévision en France souffrent de ce problème, comme les applis et les sites des chaînes elles-mêmes (myTF1, 6play…).

Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord comprendre le fonctionnement d’un flux en direct. Plusieurs spécifications existent (HTTP Live Streaming, DASH…), mais toutes reposent sur un concept identique. À savoir des segments de plusieurs secondes téléchargés en cache sur votre appareil, afin de donner l’illusion d’une diffusion en direct (eh oui, le vrai direct n’existe pas).

L'Apple TV 4K, version 2022. // Source : Numerama
Sur une Apple TV, une box Android TV, une clé Amazon ou un téléviseur connecté, c’est forcément du streaming avec du retard. // Source : Numerama

Généralement, les opérateurs découpent les flux en direct en morceaux de 6 secondes (c’est notamment le cas de Canal+). Au moment où l’utilisateur sélectionne une chaîne, l’appareil interroge le serveur sur le nombre de segments disponibles en cache. Il en télécharge au minimum deux, en plus de celui juste avant (le temps qu’un nouveau soit généré).

On a donc, marge d’erreur comprise, 12-18 secondes de retard au minimum. À ces secondes de retard s’ajoutent la durée d’exportation des segments, leur envoi sur les serveurs, le début de la diffusion par l’application et, bien sûr, le temps qu’il a fallu à votre connexion Internet pour intercepter un signal. Théoriquement, le retard sur la réalité devrait être à peine supérieur à 20 secondes. En réalité, il atteint généralement plus souvent les 40 secondes. Souvent à cause de la mise en cache et des durées de traitement.

De combien ce retard est-il vraiment ? C’est impossible à dire. Même si certains pensent qu’un classement précis peut être établi, ils ne prennent pas en compte la marge d’erreur due au moment où l’on se connecte à une chaîne. Deux personnes qui se connectent au même endroit à la même application, avec 1 milliseconde d’intervalle, pourraient avoir plusieurs secondes de décalage (6, en toute logique). Même chose avec deux applications différentes, myCANAL et Molotov peuvent, chacune leur tour, devancer l’autre.

À gauche, le fonctionnement classique du streaming chez Apple. À droite, la même chose avec le mode low latency. // Source : Apple
À gauche, le fonctionnement classique du streaming chez Apple. À droite, la même chose avec le mode low latency. // Source : Apple

Le streaming est-il condamné à être en retard ? Heureusement, non. Les acteurs des nouvelles technologies s’empressent d’améliorer le procédé pour réduire le retard. Le « low latency », que Canal+ traduit par « streaming en temps réel » (et que l’on trouve aussi sur Twitch), permet sur certaines chaînes de réduire drastiquement le retard d’un flux en direct (c’est une option à activer dans les réglages, mais tous les appareils ne sont pas compatibles). Malheureusement, il est limité à certaines chaînes comme Canal+ et beIN Sport 4K.

Lorsqu’il est activé, les segments de 6 secondes deviennent des segments de 2 secondes (ils fusionnent plus tard). Cela permet, si on suit le même raisonnement (deux en cache + marge d’erreur), d’avoir un retard théorique d’environ 6 secondes. La réalité se situe souvent plus autour des 10 secondes, mais c’est largement mieux qu’avec un flux classique.

Le streaming temps réel dans les réglages de myCANAL, sur tvOS. // Source : Numerama
Le streaming temps réel dans les réglages de myCANAL, sur tvOS. // Source : Numerama

Dans le futur, Apple, Google, Amazon et les autres géants de la tech espèrent rendre le streaming encore plus rapide. Un jour, il sera sans doute en presque direct grâce à des segments en millisecondes.

Pourquoi la TNT et les opérateurs sont meilleurs ?

Pour s’approcher le plus du vrai direct, la télévision « à l’ancienne » (TNT, satellite…) reste la meilleure option. Pourquoi ? Parce qu’il ne s’agit pas de segments téléchargés localement, avec de la mise en cache, mais de la lecture d’un flux réellement diffusé en direct, à la manière de la radio. Cela retire énormément de complexités à la diffusion, même si les options sont plus réduites.

Quid des Livebox (Orange), Freebox (Free), Bbox (Bouygues) et SFR Box ? Toutes ont déjà la particularité de pouvoir être raccordées à un tuner TNT, ce qui leur permet de profiter du même flux que votre télévision normale. Sinon, elles passent elles aussi par Internet… mais sans retard.

Le décodeur qui accompagne l'offre Livebox est sur demande // Source : Orange
Le décodeur télé d’Orange n’est pas exceptionnel, mais il n’a quasiment pas de retard sur le direct. // Source : Orange

La technologie utilisée par l’opérateur s’appelle le streaming multicast non adaptatif. Comme la TNT ou le satellite, il s’agit d’un flux continu. La box s’y connecte par Internet, puis reste dessus. Le délai est équivalent à celui de la TNT, à savoir environ 5 secondes. C’est ce qui se fait de mieux sur le marché. Il faut cependant noter qu’un petit écart existe entre chaque opérateur, puisqu’ils ont tous leurs propres serveurs.

Pourquoi myCANAL, Molotov et Prime Video n’y ont pas recours ? Tout simplement parce que cette technologie n’est bonne qu’à une seule chose, à savoir la diffusion en direct :

  • Le streaming multicast non adaptatif rend le zapping entre les chaînes lent, puisqu’il faut intercepter un signal et rester dessus.
  • En cas de panne brève de réseau (ou de baisse de débit), c’est généralement l’écran noir. Il n’est pas capable de revenir automatiquement en direct.
  • Pour des raisons de sécurité, il est généralement cloisonné à un seul appareil et à un réseau local. Si on se connecte à un autre Wi-Fi, il ne marche pas.
  • Le contrôle du direct n’est pas possible avec cette technologie. Certains opérateurs proposent de mettre en pause, avec une mise en cache locale. D’autres basculent alors sur un flux en streaming classique lorsque l’on revient en arrière, avec du retard.

Pour regarder un match de foot, rien ne vaut cependant la diffusion classique. Même si elle est moins complète que le streaming (pas d’accès aux statistiques, pas de contrôle du direct, pas de multi-live), elle permet de ne pas être en retard.

Le vrai classement pour être en direct

Pour ne pas se faire spoiler un match de foot, voici donc le classement des solutions avec le moins de latence :

  1. TNT / satellite / box des opérateurs : environ 5 secondes, chacun a ses spécificités, mais la marge d’erreur empêche d’établir un classement.
  2. Une application avec le « Low Latency » : environ 10 secondes, myCANAL et Twitch proposent ces options.
  3. Une application avec du streaming normal : environ 40 secondes (plusieurs segments de 6 secondes à mettre en cache).
  4. Un site de streaming illégal : généralement plus d’1 minute. Nous ne l’avons pas évoqué dans cet article, mais ces plateformes utilisent le streaming classique… mais ajoutent un traitement le temps de récupérer un flux et de le rediffuser. On perd donc du temps.

Pour rappel, les classements avec des secondes précises ne peuvent pas être corrects à cause des marges d’erreur, généralement de plus ou moins 6 secondes sur le streaming.

Amazon Prime Video Ligue 1 // Source : Capture d'écran
Prime Video Ligue 1 est une des seules solutions qui n’existe qu’en streaming. Les 40 secondes de retard sont de mise. // Source : Capture d’écran

Quand on a le choix (et que l’on peut le faire, tout le monde n’a pas la TNT ou de box opérateur), le plus sage est de se passer du streaming le temps d’un match (sauf si on veut impérativement un mode expert ou de la 4K Dolby Vision, par exemple). Autre conseil : mettez le son fort, activez le mode ne pas déranger sur votre smartphone et priez pour que personne ne klaxonne.

Source : Montage Numerama

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