Olivier Véran a indiqué qu’il n’était pas impossible que le port du masque en intérieur commence à être abandonné à la mi-mars 2022. Mais en l’absence d’indicateurs épidémiologiques précis venant justifier cette déclaration, il est difficile de comprendre comment l’exécutif peut justifier cela.

Le port du masque en extérieur n’est plus obligatoire. Mais il le demeure en intérieur, dans les lieux publics : une mesure qui a du sens puisque le coronavirus est aérosol et que toutes les études sérieuses ont prouvé l’efficacité de la protection faciale. Voilà pourquoi les mots d’Olivier Véran, ce 16 février 2022 sur Franceinfo, peuvent surprendre : le ministre de la Santé a déclaré qu’à partir de la mi-mars, on pourrait « se poser sérieusement la question du port du masque en intérieur pour les adultes et les enfants. »

Le ministre pose donc la possibilité d’une suppression du port du masque en intérieur, « probablement » dans les transports comme au travail. Il indique aussi plus tard dans l’interview l’éventualité d’un allègement des situations où le pass est demandé. « Je ne dis pas qu’on allègera tout, mais probablement qu’à la mi-mars, on pourra alléger à nouveau », résume-t-il.

Ces déclarations adviennent quelques jours après qu’une nouvelle étape d’allègement ait été fixé au 28 février prochain : le masque ne sera plus obligatoire en intérieur là, où le pass vaccinal est exigé. Le ministre de la Santé précise toutefois qu’une fin de certaines mesures à la mi-mars n’est aujourd’hui qu’une possibilité. Sur quelles bases fait-il reposer son propos ? Peut-on trouver une logique épidémiologique à cette approche ?

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Olivier Véran le 16 février 2022 // Source : Capture d’écran

Peu d’indicateurs précisés

Le ministre de la Santé a précisé qu’un allègement pourrait avoir lieu « si les conditions sont réunies », c’est-à-dire, notamment, si « l’hôpital est en état de fonctionnement normal », si la charge hospitalière « n’excède pas 1 000 à 1 500 malades ». Le nombre de personnes en soins critiques est, en cette mi-février, de 3 235 personnes. Quant au pass vaccinal, il pourrait être conservé dans les « endroits à fort risque de contamination » (comme les discothèques).

L’annonce a certes une cohérence en matière de calendrier : depuis le 2 février, un assouplissement des mesures intervient précisément tous les 15 jours — le 2 février, le 16 février, le 28 février, et donc, probablement, entre le 14 et le 18 mars. Mais la logique du calendrier (voire la logique politique en amont de l’élection présidentielle), n’est pas forcément la logique épidémiologique.

Le ministère de la Santé n’a pas précisé véritablement les seuils ni les indicateurs susceptibles de justifier la prise de décision — là où les « seuils » tolérables pour l’allègement des mesures ou les déconfinements ont auparavant été fixés à des taux d’incidence de 150 à 250 puis à 400 au printemps 2021. Le taux d’incidence n’a pas été évoqué par Olivier Véran, mais plutôt, cette fois, le nombre de malades, ce qui ne rejoint pas forcément la stratégie précédente. Il est par ailleurs délicat de relier une mesure liée au port du masque à l’indicateur au seul nombre de malades hospitalisés, les masques servant à freiner les contaminations.

Le taux d’incidence est à ce jour de 1 393 pour 100 000 habitants en France et bien que la positivité soit en baisse, elle reste élevée, tout comme la tension hospitalière qui dépasse encore 60 % en cette mi-février. Même si le nombre de malades hospitalisés venait à atteindre 1 500, le taux d’incidence resterait un indicateur déterminant à surveiller, tout comme le pourcentage d’occupation des lits.

Et les personnes fragiles ? Et la diffusion aérosol ?

Les critères objectifs venant justifier un éventuel abandon du port du masque en intérieur sont donc, pour l’instant, plutôt flous. Or, en l’absence d’indicateurs épidémiologiques expliquant la fin du port du masque, cet allègement ne ressemble pas vraiment à une mesure cohérente de santé publique. Elle pourrait même poser quelques freins à une vraie sortie de crise en étant prise trop tôt, en rupture avec les connaissances établies.

Comme l’aération, l’utilité du masque en intérieur en période épidémique est largement prouvée, encore davantage face au variant Omicron : un allègement qui prendrait cette forme risquerait de passer à côté du premier vecteur de transmission du coronavirus. Et le fait est que l’épidémie n’est pas terminée, et qu’elle ne le sera pas non plus en mars bien que la situation s’améliore. Tant qu’elle est en cours, les outils individuels et collectifs de protection restent déterminants.

D’ailleurs, il y a encore quelques jours, le débat portait même sur l’éventuelle nécessité de généraliser davantage les masques FFP2, qui protègent encore mieux les porteurs, puisqu’Omicron est plus contagieux. Le ministère de l’Éducation, après de vives mobilisations, a fini par débloquer 5 millions de FFP2 pour les enseignants (mais pas pour le reste du personnel). De même, c’est seulement début 2022 que les personnes immunodéprimées ont accès à des masques gratuits en pharmacie.

Et les personnes fragiles sont justement au cœur du problème d’un allègement des mesures. Dès lors que l’obligation de port du masque en intérieur serait levée, il est certain que le port volontaire baissera, ce qui ne fera qu’accroître les risques et isoler toujours davantage les personnes immunodéprimées.