La plus forte contagiosité du variant Omicron implique un renforcement dans la protection individuelle et collective. Quelle est la place du masque FFP2, aux côtés des masques chirurgicaux et ceux en tissu ?

Le variant Omicron semble, en définitive, plus contagieux que les précédentes souches du coronavirus SARS-CoV-2. Il persiste des doutes sur sa virulence et sur son impact en fonction des tranches d’âge, mais un variant plus contagieux représente de toute façon un risque accru. Raison pour laquelle l’inquiétude est élevée sur la tension hospitalière.

Puisqu’un virus plus contagieux passe plus facilement d’une personne à une autre, les règles et réflexes de protection individuelle et collective doivent se renforcer. Dans ce contexte, un masque FFP2 (N95 pour la norme américaine) est-il plus utile qu’un masque chirurgical ?

La réponse est sans détour : oui, le masque FFP2 vous protège davantage. Il est le plus efficace des masques dans les deux sens. « Un FFP2 est mieux à titre individuel, à la fois car il protège mieux qu’un chirurgical contre l’entrée du virus, et qu’il est au moins aussi efficace pour empêcher la sortie du virus », explique le médecin Michael Rochoy auprès de Numerama.

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Les masques chirurgicaux ne sont pas inutiles pour se protéger, mais évitent surtout la sortie du virus — raison pour laquelle tout l’intérêt de leur port généralisé est de limiter les risques de diffusion. Des études ont montré qu’ils réduisent moitié les contaminations. Il n’en demeure pas moins que le masque FFP2 protège bien davantage son porteur ou sa porteuse.

Face à un variant plus contagieux comme Omicron, le port d’un FFP2 peut donc s’avérer utile. Il faut cependant garder un certain nombre de nuances en tête, car ces masques ne doivent pas être perçus comme la panacée de cette cinquième vague et ne doivent pas donner un faux sentiment de sécurité. D’autres pratiques sont nécessaires.

« Il faut aussi travailler sur les moments sans masques »

Michael Rochoy tient à alerter : « Toute la stratégie ne doit pas reposer sur dire aux gens de porter un masque FFP2. Il faut aussi travailler sur les moments sans masques. »

La contamination a lieu, en règle générale, « après avoir déjeuné avec untel qui est positif, ou par exemple quand un enfant a été contaminé à l’école et qu’il revient positif ». Les vecteurs de l’épidémie sont des lieux ou des circonstances où il est difficile, voire impossible de porter un masque, là où ils sont retirés fréquemment.

Il peut y avoir certaines configurations où le fait de porter un masque chirurgical ou FFP2 a un impact moins déterminant que le comportement général adopté. Prenons un open space. Si les bureaux sont bien espacés, qu’une grande part de l’équipe est en télétravail par alternance, que tout le monde porte bien son masque (au-dessus du nez et, évidemment, sans le retirer à son poste), que les pièces sont aérées et qu’il n’y a pas de moment partagé sans masque comme le midi, alors un chirurgical peut suffire.

La situation absurde serait par exemple d’adopter un masque FFP2 dans cet open space mais de manger tous ensemble sur le temps du déjeuner.

« Vous pourriez vous mettre carrément en scaphandre, si le midi vous vous rassemblez pour manger tous ensemble, cela ne sert à rien », illustre Michael Rochoy. Dans un tel contexte, « ce serait plus efficace de tous porter un masque chirurgical et de limiter, voire éviter les moments de convivialité, plutôt que de porter un FFP2 mais de manger ensemble le midi. ».

Le masque FFP2 (ou N95) protège davantage son porteur, et protège les autres au moins autant qu'un chirurgical. // Source : Pexels
Le masque FFP2 (ou N95) protège davantage son porteur, et protège les autres au moins autant qu’un chirurgical. // Source : Pexels

La nuance est donc là : le port du masque FFP2, « soit ce sera mieux, soit cela ne changera pas grand chose » en fonction des situations. Il s’agit de porter un masque FFP2 lors de moments où vous sentez que votre protection individuelle est particulièrement à risque :

  • Par exemple, si vous devez, pour des raisons professionnelles ou personnelles, être au contact de personnes qui ne peuvent pas porter de masque (si vous êtes dentiste, professeur en maternelle, entre autres) ;
  • Passer dans un endroit clos mal aéré ou dense en population ;
  • Dans certains transports en commun, cela peut être bien également — un train, bus ou métro que vous savez à l’avance bondé et/ou mal contrôlé ;
  • Au sein d’un lieu public fermé, comme un théâtre, un cinéma, cela dépend des comportements collectifs : si vous constatez que, chez vous, les masques sont mal portés, que les contrôles sont faibles, opter pour un FFP2 est une bonne idée.

Des bonnes pratiques, que ce soit un masque FFP2 ou chirurgical

Les masques FFP2 ont un coût plus élevé que les masques chirurgicaux (plusieurs euros de différence selon la quantité, le fabricant, le point de vente), ce qui les rend, d’emblée, moins accessibles à tout le monde. C’est aussi pour cette raison que Michael Rochoy invite à évaluer les situations qui le nécessitent pour votre protection individuelle et celles où un masque chirurgical demeure utile. « Le masque FFP2 tout le temps, partout, si c’est pris en charge par la société pour éviter les inégalités, oui, pourquoi pas, mais sinon cela peut difficilement être une recommandation générale pour toute situation. »

Pour faire des économies, certaines personnes n’hésitent pas à réutiliser leur masque chirurgical. Rappelons que les FFP2, comme les chirurgicaux, sont censés être à usage unique. Mais en cas de nécessité, vous pouvez réutiliser une fois un masque déjà utilisé. Dans ce cas, que ce soit un chirurgical ou un FFP2, il faut « le laisser reposer plusieurs jours pour éviter qu’il reste du virus dessus » au cas où vous auriez été au contact de l’agent infectieux. Il faudra garder à l’esprit, comme le relève Michael Rochoy, que le masque quel qu’il soit « aura perdu une part de sa capacité de filtration » à cause, entre autres, de l’humidité, de la transpiration, etc.

Enfin, inutile de superposer deux masques chirurgicaux l’un sur l’autre en espérant que cela fasse le même effet protecteur qu’un masque FFP2 : « Ce n’est pas aussi efficace qu’un FFP2 », répond Michael Rochoy. Superposer un masque en tissu et un masque chirurgical peut avoir plus d’intérêt, car cela ajoute des filtres différents, mais cela reste moins efficace qu’un FFP2 — et la respirabilité risque d’être difficile.

Porter exclusivement un masque en tissu, à ce stade de la pandémie, est une pratique à éviter. « Les masques en tissu étaient là dans un contexte de pénurie [mars-juin 2020], ils avaient toute leur place à ce moment-là. Depuis qu’il y a des masques chirurgicaux à 3 euros les 50, il n’y a plus ce problème, alors il faut passer aux chirurgicaux en règle générale, ainsi qu’aux masques FFP2 pour certaines situations », indique Michael Rochoy.

À l’image de ce que démontre le « modèle emmental », il faut en tout cas garder à l’esprit que ce qui fonctionne repose sur une combinaison de mesures et de gestes barrières.