Cédric O souhaite que les Français adoptent une sobriété dans le numérique. A-t-on besoin de regarder autant de vidéos, d'envoyer autant d'e-mails, s'est-il demandé. Une stratégie en la matière doit être présentée à la rentrée.

Au nom de l’urgence climatique, va-t-il falloir mettre un terme aux forfaits Internet fixes illimités en France, comme a semblé le suggérer le Conseil national du numérique ? Peut-être pas. En revanche, le gouvernement pourrait opter pour une stratégie consistant à appeler les Françaises et les Français à modérer d’eux-mêmes leur usage du numérique, en faisant preuve de sobriété.

« Il y a une question qui se pose sur la pollution par le numérique en règle générale », a noté Cédric O, au détour d’une interview accordée à CNews le 30 juillet. À la rentrée, une communication doit d’ailleurs avoir lieu avec sa collègue en charge de la transition écologique, Barbara Pompilli, pour présenter « une stratégie du gouvernement pour réduire l’empreinte écologique du numérique ».

Le secrétaire d’État, dont le job englobe la transition numérique et les communications électroniques, est resté flou sur les leviers que le gouvernement entend actionner pour en diminuer l’impact. Il semble acquis que ce n’est pas au niveau du portefeuille que l’action sera conduite — « je ne pense pas que tout se résout par des taxes », a-t-il dit. Il est vrai que le contexte économique ne s’y prête pas, sans parler du fait que toute taxe se retrouve in fine à être payée par le particulier.

Il s’agirait, à entendre Cédric O, d’encourager notamment le public à de la sobriété dans les usages. Dressant un parallèle avec les petits gestes écologiques, il juge que « cela passe d’abord par de l’éducation et de la formation. On a appris à éteindre la lumière, à fermer le robinet, il faut aussi qu’on apprenne, en tant que consommateur, à éviter de regarder des vidéos de manière un peu compulsive ».

Demande formulée par la convention citoyenne

Cette notion de sobriété énergétique fait écho à la convention citoyenne pour le climat, qui a remis en juin ses propositions qui, selon ses membres, sont susceptibles d’avoir un effet favorable contre le dérèglement climatique. Seules trois suggestions ont été retoquées par le président de la République, toutes les autres ayant été approuvées, dont celle appelant à réduire l’impact environnemental du numérique.

Dans cette proposition figurent plusieurs axes, incluant l’écoconception de produits, de logiciels et de services, le développement du réemploi, la systématisation des écolabels sur tous les équipements numériques, l’affichage des engagements de neutralité carbone des acteurs du numérique et aussi la promotion de l’information et l’éducation sur les pratiques de sobriété numérique.

chat chaton animal
Va-t-il falloir renoncer aux vidéos de chat sur le net pour sauver le climat ? // Source : stratman²

C’est ce dernier point qu’aborde Cédric O dans son interview, en posant la question de savoir si « l’on a besoin de regarder autant de vidéos, est-ce qu’on a besoin d’envoyer autant d’e-mails », car toutes ces activités se traduisent de facto par des instructions informatiques et des transferts de données qui sollicitent aussi bien des centres de données et des liaisons, qui consomment du courant pour fonctionner. Même si la part du numérique dans le réchauffement climatique est bien plus discutée qu’elle n’est préoccupante : le sujet a été popularisé notamment en 2019 par le « Shift Project », une étude assez largement bidon (ses auteurs l’ont admis à demi-mot après démonstration) qui a eu une portée incroyable dans les médias.

Paradoxalement, cette discussion s’est déroulée dans le cadre d’un échange sur la 5G, une future norme de téléphonie mobile qui fait justement l’objet de critiques sur ce terrain.

Or au cours de son entretien, Cédric O a défendu le caractère indispensable de cette 5G. L’on pourrait dès lors arguer que si le gouvernement veut vraiment agir sur l’empreinte environnementale du numérique, ce n’est pas tant sur les usages qu’il faut mettre la pression, mais plutôt sur les technologies qui les supportent.

Évidemment, ce n’est pas ce que défend le secrétaire d’État au numérique, puisqu’il a la casquette de chef de la transition numérique et les communications électroniques, et que la 5G est un levier puissant pour cette transition, car elle réglera à terme la fracture des territoires. Et puis, si la 5G aboutira à des usages potentiellement énergivores, elle aidera aussi d’autres secteurs à diminuer leur niveau de pollution : l’investissement pourrait, à ce titre, être positif.

C’est ce qu’explique le régulateur des télécoms : cette génération « a aussi une meilleure efficacité énergétique à trafic constant et ses usages peuvent contribuer à réduire les dépenses énergétiques et/ou l’impact environnemental d’autres secteurs (transports, agriculture) ». Et de rappeler que s’il y a sans doute un effort à faire dans le numérique, c’est le logement et le transport qui émettent le plus.

Poser le bon diagnostic

Selon l’Agence de la transition écologique, un établissement lié au ministère de l’écologie, le numérique a été responsable en 2019 de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’évolution des usages lui fait dire que cette part devrait doubler d’ici 2025. Dans ces 4 %, 47 % des émissions de gaz à effet de serre seraient dues aux équipements des particuliers, 28 % aux infrastructures réseau et 25 % aux centres de données.

Mais réduire l’empreinte écologique, comme le suggère Cédric O, suppose d’abord de bien la mesurer, donc aussi de déterminer ce que l’on inclut dans le « secteur du numérique », et de comprendre sur quoi elle repose. Or dans le cas de la France par exemple, il ne faut pas perdre de vue que l’électricité pour les appareils et les data centers est décarbonée, du fait de l’existence d’un vaste parc de centrales nucléaires.

centrale nucléaire
L’utilisation de l’énergie nucléaire pose certaines problématiques, comme la gestion des déchets, mais elle a le mérite de proposer une électricité décarbonée. // Source : Civaux-communication

Par ailleurs, d’autres rapports tempèrent l’idée d’un secteur du numérique qui connaîtrait inexorablement une inflation énergétique. C’est ce que montrent des travaux de l’Agence internationale de l’énergie ou du régulateur des télécoms, avec des courbes suggérant par exemple une baisse des émissions de gaz à effet de serre ou un usage énergétique contant, c’est-à-dire maîtrisé.

Il reste à voir plus en détail de quelle façon le gouvernement entend mettre en musique cette sobriété, et surtout quelles peuvent être les marges de manœuvre. Car aux yeux de certains fins connaisseurs des réseaux, le secteur français du numérique est déjà l’un des plus vertueux. Et surtout, la sobriété pour la sobriété risque de ne mener à rien, en tout cas pas à une baisse de la consommation électrique.

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