L’État va mobiliser entre 75 et 100 millions d'euros sur plusieurs années pour former 13 millions de Français considérés comme des précaires du numérique.

L’illectronisme, qui désigne les personnes analphabètes en matière de numérique, est l’un des gros dossiers de Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État chargé du numérique. Il s’agit d’un dossier capital, au regard de l’importance prise par les nouvelles technologies dans la société. Or, l’on estime à environ 14 millions le nombre de personnes en France qui ne sont pas à l’aise avec Internet et les outils numériques.

Dans le lot, on retrouve des séniors, des personnes pauvres, des individus éloignés de l’emploi, mais aussi des jeunes de moins de 35 ans, plutôt issus des quartiers populaires. S’ils maîtrisent les usages ludiques, comme les réseaux sociaux, la connaissance en informatique est souvent sommaire et certains usages leur échappent, que ce soit faire une recherche, joindre un mail ou scanner un document. Sans parler des risques d’arnaque.

Cette problématique a d’ailleurs été traitée dans le cadre du rapport Borloo sur les banlieues. Remis en avril, il comporte plusieurs dispositions concernant le numérique, en particulier la création de 200 campus en France pour favoriser la formation, l’accès à l’emploi, la culture ou encore le lien avec les services publics.

1,5 million par an

Face à cette précarité numérique, qui touche à différents degrés près d’une personne sur cinq, le gouvernement prépare un plan sur plusieurs années pour former un important contingent d’individus — 1,5 million par an — afin de leur faire gagner en autonomie, en efficacité et en employabilité. L’enveloppe qui sera mobilisée reste à fixer, mais l’on parle d’un investissement entre 75 et 100 millions d’euros.

« Nous nous apercevons que 20 % des Français ne savent pas utiliser les outils numériques. Quand on cherche un emploi, c’est plus long d’un mois si on n’utilise pas Internet. Quand on achète des produits, on les paie plus cher », faute de bien savoir chercher, explique-t-il à Ouest-France. Au total, 13 millions d’individus devraient être concernés par ce plan.

Le programme prendra la forme d’un crédit de 10 et 20 heures de formation. D’une valeur allant de 50 à 100 euros, il sera distribué par Pôle emploi, la Caisse d’allocations familiales, l’assurance maladie, les villes, les agglomérations et les départements.

« 20 % des Français ne savent pas utiliser les outils numériques  »

Ce printemps, le gouvernement Philippe avait détaillé un plan pour « former un million de jeunes et un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et à accélérer la transformation de la formation professionnelle » à travers  10 000 formations aux métiers du numérique, afin qu’ils soient outillés pour postuler à des postes liés au numérique, même peu qualifiés.

La lutte contre l’illectronisme se joue aussi au niveau scolaire, avec des initiatives prises par la précédente équipe gouvernementale et qui se poursuivent aujourd’hui. Citons la Grande École du Numérique, qui a labellisé 400 filières liées au numérique et aux nouvelles technologies. À ce propos, 400 nouvelles formations doivent être dévoilées cet automne. Signalons aussi l’arrivée des cours d’humanités numériques et scientifiques au lycée.

Ces annonces successives, parfois anciennes, surviennent dans un contexte particulier, car des entreprises privées commencent elles aussi à se saisir du sujet. Facebook s’est par exemple rapproché de Social Builder pour former 15 000 Françaises aux métiers du numérique. De son côté, Google entend former jusqu’à 100 000 personnes par an dans ses quatre centres dispersés au quatre coins de France.

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