Faute pour l'application SAIP d'avoir pu faire ses preuves, le gouvernement change d'approche. Désormais, sa communication va se fonder sur les réseaux sociaux. Facebook, Google et Twitter sont dans la boucle.

L’aventure SAIP, acronyme de Système d’alerte et d’information des populations, a donc duré moins de deux ans. Lancée le 8 juin 2016 sur Android et iOS juste avant le championnat d’Europe de football organisé par la France, dans un contexte marqué par un très fort péril terroriste, l’application est sur le point de tirer sa révérence : elle doit en effet être rendue inactive le 1er juin 2018.

À la place, le gouvernement va désormais communiquer à travers les principaux réseaux sociaux pour prévenir la population si une catastrophe naturelle, un accident industriel ou une attaque terroriste survient dans une zone donnée. Selon RTL, qui rapporte l’information, des accords ont été signés avec Google, Facebook et Twitter pour qu’ils relaient des alertes sur leurs pages.

L’interface de SAIP.

Ce type de partenariat n’est pas tout à fait neuf.

Depuis 2011, Facebook est signataire de la convention Alerte-Enlèvement, un dispositif qui regroupe un grand nombre de médias, de sociétés de transport et de gestionnaires d’espaces publics pour qu’ils relaient des messages lorsqu’il est avéré qu’un enfant a été kidnappé. Pour Facebook, cela passe par « un message sur le mur des personnes en ayant fait préalablement la demande ».

Concernant le réseau social, c’est sur son service de contrôle d’absence de danger (le Safety Check), lancé en 2014, que le gouvernement compte s’appuyer. Celui-ci permet aux membres du site d’informer leurs proches qu’ils ont échappé à un désastre. L’outil s’est développé au fil du temps, en ajoutant un service d’entraide en situation de crise et un mécanisme pour verser des dons à des associations caritatives.

Le Safety Check de Facebook.

L’on pourrait sans doute déplorer que l’État passe par un acteur privé, de surcroît étranger, pour communiquer auprès de la population en cas d’attentat et lui dire quoi faire. Mais ici, le pragmatisme a pesé le lourd : que l’on aime ou non Facebook, le fait est que le réseau social est fréquenté par 30 millions de Français et de Françaises, là où SAIP n’était utilisé que par une poignée de mobinautes.

De plus, le Safety Check a démontré son efficacité depuis sa mise en application, tandis que SAIP a accumulé les faux pas : l’outil s’est déclenché avec retard lors de l’attentat de Nice, plus de 2 heures après les faits, alors qu’il était assuré au lancement que les alertes les plus rapides seraient diffusées aux personnes concernées dans un délai de 15 minutes après le début d’un danger.

SAIP en cas d’alerte.

Ce manque de réactivité a donné lieu à une convocation du prestataire au ministère de l’Intérieur. Une enquête du Monde a révélé plus tard une accumulation de soucis ayant provoqué ce retard : rupture d’un câble de fibre optique le 13 juillet, la veille de l’attentat, absence de redondance dans l’hébergement et bug dans le contrôle de disponibilité. Une véritable démonstration de la loi de Murphy.

Par la suite, lors de la prise d’otage à Trèbes, SAIP ne s’est pas déclenchée, ce qui a achevé de convaincre l’exécutif d’envisager une autre approche, d’autant que lors des attentats en région parisienne en novembre 2015 et à Nice à l’été 2016, la population s’est tournée vers d’autres voies pour récupérer des informations et se signaler en sécurité, à commencer par le Safety Check.

Changement de stratégie

SAIP est un donc un échec, un échec à 400 000 euros. Outre les dysfonctionnements du service, le projet a aussi mis en lumière des contradictions dans la communication en cas d’incident : ainsi, le gouvernement a choisi de ne pas déclencher d’alerte SAIP lors de l’attaque du Louvre, avançant des raisons acceptables, mais communiquait en parallèle sur Twitter.

Outre Facebook, le gouvernement va aussi s’appuyer sur Twitter, selon RTL : en plus des comptes déjà en place, un nouveau fil d’alerte dédié sera ouvert le 1er juin. Ceux et celles qui seront inscrits pourront voir les notifications et ainsi éviter des messages à la fiabilité douteuse. En cas d’évènement majeur, il est aussi prévu de faire apparaître un bandeau en haut de Twitter. Google est aussi dans la boucle et il sera chargé de mettre en avant les messages des autorités.

Bref, le gouvernement revient à des choses simples, même si des alertes de sécurité civile auraient pu être gérées par des alternatives éprouvées comme Cell Broadcast : pas d’application spéciale à installer, tout passe par des services que l’immense majorité des Français et des Françaises utilise déjà à des fins privées. Et bien entendu, l’exécutif n’oublie pas les personnes qui ne sont pas très présentes sur Internet — voire pas du tout — puisque une communication à la TV, à la radio et dans les transports est aussi incluse.

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