Toxique : c’est le premier mot qui vient à l’esprit des joueuses et des joueurs quand on leur parle de la communauté d’Overwatch. Ce jeu en ligne est souvent décrié à cause des trolls qui gâchent l’expérience du jeu. Pourtant, cette communauté a aussi d’autres aspects bien plus positifs : depuis sa création, Overwatch a inspiré des actions militantes chez ses joueurs.

Over what ?

Pour celles et ceux loin de l’univers du jeu vidéo, il faut rappeler qu’Overwatch est un jeu en ligne développé par Blizzard Entertainment. En septembre 2017, Blizzard-Activision était le troisième plus grand éditeur de jeux vidéo dans le monde. Overwatch réunissait en octobre 2017 plus de trente millions de joueurs. Au-delà de son importance économique, Blizzard est également reconnu pour soigner un maximum l’univers de ses jeux vidéo : ils s’étendent sur plusieurs jeux et s’entrecroisent parfois, comme sur Heroes of the Storm, qui réunit les personnages de tous leurs jeux.

Mais revenons à Overwatch. L’histoire du jeu se déroule en 2060, trente ans après une guerre ayant opposé humains et robots appelés omniaques, qui voulaient obtenir des droits civiques. Overwatch était une ligue qui avait pour mission de mettre fin à cette guerre. À la suite de conflits internes, l’ONU mit fin aux activités de cette ligue, mais trente ans après la crise, des tensions recommencèrent à se faire sentir et c’est Winston, un gorille scientifique, qui décida de reformer Overwatch. Cet univers fourmillant de détails est régulièrement mis en avant par la création de bande dessinée et de cinématiques animées, en plus de tous les éléments présents dans le jeu vidéo.

En termes de gameplay, il s’agit d’un jeu de tir en ligne qui se joue en équipes de six. Les joueurs sont téléportés dans une arène où le but est soit de prendre le contrôle de points, soit d’escorter des convois, ce que l’équipe adverse doit empêcher. En somme, c’est un jeu d’action, mais Blizzard a tenu à réduire au maximum la violence en adoptant des graphismes type cartoon où le sang est  exclu. Les designers ont voulu créer un univers optimiste et inclusif, avec des personnages non stéréotypés.

Et même si la communauté de ce jeu est souvent décriée à cause de sa toxicité, certains ont su s’en inspirer de façon étonnante.

Quand des gamers deviennent militants

Vitor Graziano, de son pseudonyme Ravnuslock, est un graphiste brésilien et est un grand fan d’Overwatch. « J’aime tout ce que Blizzard a créé avec leur jeu : les héros, le gameplay, l’univers  », nous explique-t-il. Ce joueur assidu a décidé de créer sa première association en s’inspirant directement du titre. «  Le seul reproche que je peux faire au jeu, c’est sa communauté… toxique. Mais je pense que Blizzard ne peut rien y faire, si les gens sont mal éduqués ou impolis. Par contre, nous les joueurs, on peut y faire quelque chose ! C’est comme ça que j’ai eu l’idée de créer Ecopoint Brésil. J’aime cette communauté et je veux la rendre meilleure.  »

Cet habitant de la région de Sao Paulo a donné vie à l’univers du jeu vidéo avec Ecopoint Brésil. Dans Overwatch, Ecopoint est une division qui regroupe des climatologues. Cette organisation est mise en avant avec une carte appelée Ecopoint : Antarctique — on la retrouve au cœur de l’histoire du personnage Mei. Elle a pour mission la collecte des données sur le changement climatique pour trouver les meilleurs moyens d’agir. C’est de cet élément que Vitor s’est inspiré pour monter son tout premier projet écologique au Brésil : une association qui participe au reboisement.

« J’ai toujours voulu créer quelque chose qui amène l’univers d’un jeu vidéo dans la réalité, mais je voulais que ça soit aussi symbolique… et quel meilleur symbole que le fait de planter littéralement une graine et la voir grandir avec du temps et de l’attention ?  », lance le jeune homme. 

Echo Point Brazil a bien entendu sa carte

À l’autre bout de l’Océan Pacifique, c’est une Sud-Coréenne qui s’inspire à son tour d’Overwatch pour créer sa première association féministe centrée sur les joueuses. Le 26 novembre 2016, Kim Ji-Young, joueuse assidue de 24 ans, se rend à une manifestation pour la destitution de l’ex-Présidente Park Geun-Hye. Elle décide innocemment d’y apporter un drapeau représentant son personnage préféré d’Overwatch, Hana « D.Va » Song. Le drapeau est pris en photo par des manifestants et devient viral sur les réseaux sociaux : qui brandit ce drapeau et pourquoi ? Au début, l’idée de Ji-Young n’était pas de monter une association féministe, mais les réactions ont été tellement positives que la « D.Va National Association » a été créée. «  Nous combattons le sexisme dans les jeux vidéo sous l’emblème de D.Va  », nous expliquent des membres de l’association.

Dans Overwatch, D.Va est une joueuse professionnelle d’e-sport. L’accent n’est, une fois n’est pas coutume chez Blizzard, pas porté sur la sexualisation du personnage, mais sur ses compétences de joueuse compétitive qui lui permettent de piloter à la perfection un robot appelé « MEKA ». Ce personnage n’a pas seulement inspiré la fondatrice de l’association, mais aussi d’autres femmes qui l’ont rejointe.

Le drapeau

« Nous pensions que dans notre pays sexiste, ce personnage ne pourrait pas évoluer. Nous avons décidé d’agir pour la mixité sous l’emblème de D.Va pour qu’en 2060, une personne comme elle puisse apparaître en Corée du Sud  ». Les membres de l’association évoquent notamment le cas de Geguri, une joueuse e-sportive d’Overwatch qui a subi de nombreuses discriminations avant d’entrer dans l’Overwatch League, le sésame pour les joueurs e-sportifs. Depuis fin 2016, cette association prend de l’ampleur dans le pays et s’est renommée « Famerz » le 1er février 2018, pour s’émanciper de Corée du Sud et englober la communauté des gamers en général.

Qu’en dit Blizzard ?

Quelle a été la réaction de Blizzard face à des joueurs qui utilisent leurs logos et leurs idées pour faire du militantisme ? Selon Vitor, fondateur d’Ecopoint Brésil, la coopération est totale avec les créateurs d’Overwatch.  «  J’ai tout organisé tout seul dans ce projet, mais j’étais en contact depuis le début avec le Community Manager d’Overwatch au Brésil. Il m’a soutenu et m’a même invité à une émission en live avant l’événement pour en faire la publicité !  »

Photo du premier événement d’Ecopoint Brésil.

Concernant Famerz, Jeff Kaplan, vice-président de Blizzard et game designer d’Overwatch, a déclaré au Women News qu’il soutenait complètement cette action : « Comme dit Harold Winston dans la cinématique ‘Le rappel’ : ne prends pas le monde pour ce qu’il semble être, mais aie le courage de le voir tel qu’il pourrait être. C’est ce qui est en train de se passer en Corée. Nous n’avons jamais essayé d’avoir un impact politique sur nos joueurs, mais c’est génial de les voir amener la valeur du jeu dans une direction positive.  » L’association a tout de même changé son logo pour s’éloigner un peu de celui de D.Va.

Le nouveau logo de l’association Famerz

Le 23 février, Blizzard renouvelé son soutien à Ecopoint Brésil en produisant une interview vidéo entre le Community Manager du Brésil et Jeff Kaplan. De son côté, Vitor ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « J’espère avoir ouvert la voie à d’autres bonnes actions qui seront menées par la communauté d’Overwatch. Grâce aux conséquences positives d’Ecopoint, j’espère que la communauté des gamers aura une meilleure image !  ».

C’est tout ce qu’on peut espérer.

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