La publication d’une tribune sur la régulation des créateurs de contenus et des influenceurs cause plusieurs polémiques. Les propos du texte ont été qualifiés de « maladroits », de nombreux signataires ont indiqué se retirer, et d’autres expliquent n’avoir jamais donné leur accord pour que leur nom y figure.

La publication, dimanche 26 mars 2023, d’une tribune dans le Journal du dimanche n’est pas passée inaperçue. Le texte, signé par 150 personnes, émane de l’Umicc, (Union des Métiers de l’Influence et des Créateurs de Contenu, sorte de syndicat des influenceurs) — et appelle les députés à ne pas casser leur « modèle vertueux ». Les parlementaires doivent en effet voter une loi régulant le secteur, où les abus sont courants.

Cependant, la publication a rapidement commencé à générer de vives discussions et réactions. Certains des plus importants signataires, tels que les youtubeurs Squeezie (18 millions d’abonnés) et Dr Nozman (4 millions d’abonnés) ont publiquement manifesté leur gêne concernant le texte. Plusieurs ont diffusé des communiqués de presse pour s’en désolidariser. Que s’est-il passé ?

Une tribune « maladroite »

La publication de la tribune arrive dans un contexte particulier. Après des mois de dénonciations des pratiques trompeuses de certains influenceurs par Booba (et parfois de cyberharcèlement), les députés examinent à partir du 28 mars une proposition de loi souhaitant encadrer les pratiques des créateurs de contenu. Le texte prévoit notamment de mieux définir la profession, et d’interdire les promotions sur certains types de contenus, comme les opérations chirurgicales et l’alcool.

Squeezie faisait partie des signataires de la tribune, jusqu'à ce qu'il retire sa participation // Source : YouTube / Squeezie
Squeezie faisait partie des signataires de la tribune, jusqu’à ce qu’il retire sa participation // Source : YouTube / Squeezie

La tribune publiée ce dimanche, cependant, appelle à faire la distinction entre les créateurs de contenu et les influenceurs malveillants. « Arnaques, contrefaçons, pratiques commerciales douteuses, certains ont fait croire ces derniers mois qu’ils étaient représentatifs de notre secteur alors qu’ils ne représentent qu’une minorité. Ce sont leurs dérives que nous souhaitons d’abord dénoncer ». Mais derrière une intention relativement louable, certains trouvent le texte mal formulé et trop vague. On peut notamment y lire : « Nous entendons parler des « influvoleurs », « du combat à mener » contre nous. Nous pensons que c’est une erreur. […] Nous considérer comme une menace, c’est déconsidérer et mépriser une partie de la jeunesse française

Pour certains, il s’agit exactement de l’inverse de ce qu’ils voulaient dire. Squeezie parle notamment d’une « tribune très maladroite », qu’il n’a « même pas lu (sic) avant publication ». « On m’a présenté cette tribune comme un moyen de nous défendre devant des lois trop extrêmes, qui auraient pu pénaliser à tort les honnêtes créateurs de contenus. En réalité, cette tribune ne fait aucune distinction entre les créateurs de contenu et les influenceurs, et semble juste essayer de limiter la casse sur les influenceurs mal-intentionnés », juge-t-il.

Squeezie termine son message en notant qu’il aurait une part de responsabilité dans l’histoire, et qu’il promet ne « plus jamais donner [son] accord sur un texte qu'[il] n’a pas lu ». Il n’est pas le seul à faire son mea culpa.

Un texte qui laisse penser que les influenceurs sont opposés à la régulation

Interrogé sur France Inter, Seb La Frite (5 millions d’abonnés sur YouTube) a expliqué également avoir été contacté pour signer la tribune. « On a tous globalement signé un truc après 2-3 échanges WhatsApp, ce qui est la honte, parce qu’on passe tous pour des cons. […] Tous les communiqués de presse [des influenceurs expliquant se retirer de la tribune] se ressemblent, parce qu’on s’est tous fait avoir de la même manière

Seb interroge notamment le rôle des agences dans la création et la rédaction de cette tribune. « Ce truc-là on nous l’a vendu comme un truc pour dire « il faut de la nuance entre les créateurs de contenu et les influenceurs de Dubaï » », résume-t-il. Pourtant, le texte fait « comme si on était contre [la régulation], alors qu’on est pour ».

Il s’agirait toutefois de plus qu’un simple malentendu avec les agences. D’autres influenceurs ont pris la parole pour dénoncer le fait que leurs noms apparaissent dans la tribune, alors qu’ils n’auraient jamais donné leur accord. Sur Twitter, le streamer Gotaga indiquait ainsi n’avoir « jamais signé un truc du genre », tout comme Cyprien.

Le journaliste Vincent Manilève a également repéré des messages des streamers Linca et Henry Tran. Tous deux indiquent avoir donné un accord de principe, mais avoir demandé plus de détails sur la tribune avant de signer. Ils ne les auraient jamais reçus. Le rôle des agences qui ont contacté les youtubeurs pour les pousser à signer cette tribune reste à détailler.

Pour Seb, cette histoire serait une preuve « qu’il faut réguler ce milieu. Le fait qu’il puisse se passer ça, c’est trop la honte », a-t-il rigolé, amer, sur France Inter.


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