YggTorrent, le site qui a pris la suite de T411 auprès des internautes piratant des œuvres culturelles en P2P, se réorganise. Une nouvelle équipe est en train d'être mise en place et de nouveaux noms de domaine seront activés. C'est la conséquence d'une vente du site qui a eu lieu en mars.

Il va y avoir d’importants changements chez YggTorrent dans les jours à venir. Le site de téléchargement illicite a en effet annoncé dimanche 25 mars la cession du tracker à une autre équipe composée de trois administrateurs, ce qui s’accompagnera d’une part par une indisponibilité temporaire du site, et d’autre part par une modification des adresses pour accéder au site et au tracker.

Les gérants d’YggTorrent ne se sont pas étalés sur les raisons qui les ont poussés à prendre cette décision. Ils ont simplement précisé la période de maintenance et pour indiquer quels seront les nouveaux noms de domaine à privilégier. Il n’est pas précisé si l’ancienne URL sera toujours active avec une redirection vers les nouvelles ou si elle sera délaissée. Les nouveaux liens utiliseront le domaine de l’Islande.

Le message laissé par les responsables du site.

Selon nos informations, cette décision n’est pas motivée par des raisons judiciaires. Le site est pourtant bien connu des ayants droit puisque ses liens sont visés par des demandes de déréférencement pour qu’ils n’apparaissent plus dans aucun résultat de Google. En décembre, on dénombrait 187 titulaires de droits d’auteur et 46 firmes travaillant pour eux à l’origine de 10 000 adresses signalées.

Ce sont des raisons personnelles, d’ordre médical, qui ont poussé les gérants actuels à se désengager du site. Un diagnostic défavorable a été posé en décembre sur l’un d’eux et les a amenés à revoir leur implication, nous dit-on. C’est en tout cas la raison principale qui a été mise en avant. D’autres raisons ont pesé dans la balance, comme des « désaccords » et des « attaques personnelles », mais la prise de décision s’est surtout faite en tenant compte de l’état de santé d’un des administrateurs.

Toujours selon nos informations, le transfert du tracker et du site a donné lieu à une transaction financière — dont le montant n’a pas été communiqué. « Il faut savoir que nous n’avons pas cédé le site, mais plutôt vendu », a expliqué l’un des administrateurs à Numerama. Le site fait en effet l’objet de convoitises et il aurait reçu, selon ce responsable, « quatre propositions d’achat » en l’espace de quelques mois.

Les ayants droit connaissent l’existence d’YggTorrent.

C’est le 18 mars que l’achat a été bouclé : ont été vendus le site, l’infrastructure ainsi que le développement de la future version d’YggTorrent. De toute évidence, la nouvelle équipe a vu de la valeur dans ce site pirate, malgré le fait qu’il ne se finance pas avec de la publicité. Ses ressources sont tirées a priori des dons — qui donnent du crédit télécharger davantage — et vraisemblablement de son partenariat avec un service de VPN.

Les trois administrateurs sont, selon nos informations, « de multiples nationalités » et son présentés comme ayant « une grande expérience dans le domaine du P2P ». Ils seraient par ailleurs « propriétaires de deux sites très connus sur la scène internationale ». Lesquels ? Le mystère demeure. Parmi les sites de P2P de premier plan, il y a The Pirate Bay mais aussi 1337x, Rarbg, Rutracker ou encore torrentz2.

Risques sur le plan judiciaire

Rappelons à toutes fins utiles que le téléchargement d’œuvres piratées depuis YggTorrent est illégal en l’état actuel du droit. Les internautes qui récupèrent des oeuvres culturelles via cette plateforme s’exposent à un risque judiciaire non négligeable : ainsi, une procédure peut être engagée contre eux si leur adresse IP est attrapée dans le cadre de la riposte graduée, celle-ci ayant compétence à agir au niveau des échanges en P2P.

Outre les mesures relatives à la lutte contre le piratage en matière de P2P, contenues dans la loi Hadopi, il existe des leviers juridiques pour lancer des actions judiciaires contre les internautes. Ces mesures sont inscrites dans le code de la propriété intellectuelle et offrent la possibilité à l’industrie culturelle de procéder à quelques actions ciblées, histoire de faire quelques exemples, surtout si les peines sont dures.

Dans les faits, les efforts des ayants droit se concentrent surtout sur les gérants de ces sites. Dans ce cas -là, les responsables, s’ils sont attrapés, peuvent être condamnés à de la prison ferme, à d’importantes amendes et à devoir régler des dommages et intérêts plus ou moins élevés. En France, les ex-gérants d’OMG-Torrent, Pirate Island ou Mamietracker peuvent en témoigner.

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