BitConnect était une obscure plateforme qui promettait l'impossible : une rente fixe grâce aux crypto-monnaies. Aujourd'hui, la chaîne de Ponzi du système BitConnect se dévoile, laissant des gagnants, et de nombreux perdants.

«  Il ne me reste plus rien. J’ai mis tout ce que j’avais dessus, car je leur faisais confiance. Littéralement, toutes les économies de ma famille sont en BCC parce qu’un ami m’a dit que le risque en valait la peine. Êtes-vous en train de me dire que j’ai tout perdu ? 80 000 $ ont disparu ? Je suis tellement en colère. Ma femme ne sait rien encore, elle arrive à la maison bientôt. Qu’est-ce que je suis censé lui dire ?  »

Sur Reddit, les témoignages comme celui-ci se succèdent. Entre deux ricanements d’incrédules, les victimes de BitConnect pleurent leurs pertes. La plateforme, accusée d’être une chaîne de Ponzi, a fermé ses portes ce mercredi, laissant des milliers de petits investisseurs lésés. La cryptomonnaie inventée par les fondateurs de BitConnect, le BCC, ne vaut plus rien, et même cette mince valeur semble impossible à récupérer. Le terme exit scam, que l’on pourrait traduire par partir avec la caisse, circule depuis 24 heures : les témoignages de détresse s’amplifient.

Ponzi, éternel Ponzi

Avec une capitalisation à hauteur de 2,5 milliards de dollars, BitConnect n’est pas une petite pyramide de l’arnaque, mais un paquebot de l’escroquerie, un Gizeh de la duperie. Et à l’heure où la structure s’effondre, les pertes sont lourdes.

Pourtant, une part importante de la communauté des cryptos ne peut s’empêcher de railler la situation : « il n’y avait pas vraiment besoin d’être économiste pour comprendre l’arnaque  » nous lâche un investisseur. En effet, sur le papier, BitConnect avait tout d’une escroquerie : un système de parrainage, une rente assurée et un service de prêt. L’entreprise ne cachait même pas le fonctionnement de sa pyramide ou l’inutilité effective de son token. Elle niait évidemment être une arnaque, mais se comportait comme telle.

un paquebot de l’escroquerie

D’autant qu’avant d’en arriver aux appels de détresse, il y a eu des gagnants d’un tel système. La particularité du cas BitConnect tient à sa maîtrise d’une communication performante auprès des petits investisseurs. Comme dans n’importe quel système pyramidal, une importance particulière était donnée dans l’entreprise aux parrainages. Des parrainages qui devenaient très avantageux pour le parrain qui parvenait à engager d’autres victimes dans le système. Or à l’heure où n’importe quel influenceur peut se muer en conseiller en investissement, la mécanique s’est rapidement installée.

Influente escroquerie

Un observateur du marché se souvient : « Ils n’ont jamais fait de marketing à proprement parler. Ils n’en ont pas eu besoin puisqu’ils avaient ce système de parrainage et d’affiliation qui a poussé des youtubers et twittos à conseiller le BitConnect aux débutants pour toucher leur commission.  » Rapidement, aux États-Unis, mais aussi en France, des gourous du BitConnect apparaissent sur les réseaux sociaux, frétillants de partager la meilleure des astuces pour devenir riche. Même en France, un influenceur est aujourd’hui accusé d’avoir accompagné des débutants dans la chaîne de Ponzi, il s’agit de La Ferme du Mineur.

Numerama

Le jeune homme, après avoir fréquenté des communautés comme celle des Mineurs Français, a pris la tête d’une chaîne YouTube dans laquelle il prodigue conseils et tutoriels à destination des débutants. Néanmoins, au milieu de ses bonnes intentions, il réalise également une vidéo invitant sa communauté à participer à BitConnect, et cela, grâce à son propre code promo.

La Ferme du Mineur participe alors à l’arnaque géante tout en étant rémunéré pour cela. Dans les communautés d’investisseurs, le garçon est regardé avec dédain : « il y a bien eu des drames et des accusations, mais jusqu’à la fermeture du service, il n’a jamais retiré sa vidéo  » se souvient un membre d’une communauté crypto. Aujourd’hui, certains lui demandent des comptes, mais le jeune homme s’est muré dans le silence.

7 % de malhonnêteté

Un autre investisseur, bien informé sur le système BitConnect, rappelle que pour les youtubeurs, le système était très intéressant : chaque nouveau membre rapportait une commission de 7 % au parrain. Ainsi, même les petits youtubeurs comme notre Français et ses 10 000 abonnés, pourrait en quelques jours se faire plusieurs milliers d’euros.

La pyramide des commissions promises par BitConnect / document d’entreprise

En ajoutant qu’aux États-Unis, les influenceurs qui ont mordu à l’hameçon de BitConnect sont bien plus nombreux, nous parvenons à comprendre l’effet tache d’huile de la chaîne de Ponzi, et sa capitalisation tutoyant les milliards. La question de la responsabilité des influenceurs finira pourtant par se poser : « J’ai du mal à croire que La Ferme du Mineur ne voyait pas qu’il s’agissait d’une arnaque  » nous confie-t-on.

Depuis la fermeture du service BitConnect, le Français a scrupuleusement supprimé les références à l’arnaque sur ses profils sociaux. Toutefois, nous nous sommes procuré différentes captures remontant à cette vidéo, l’une est fournie par CryptoFr, l’autre a été réalisée par Numerama. Contacté par nos soins, La Ferme du Mineur estime ne pas avoir promu le BitConnect.

Twitter @CryptoFr

 

Numerama

« Le coup est énorme, mais ce n’est pas le dernier »

« J’ai investi 500 000 $ dans BitConnect et les cryptos grâce à l’aide d’un emprunt. Je comptais récupérer la mise dans un mois ou deux. Aujourd’hui, je ne peux plus accéder aux fonds pour vendre, et le marché s’est effondré. Je ne peux pas rembourser l’emprunt, ma famille a besoin de cet argent… Aidez-moi.  »

Toujours les mêmes témoignages qui se succèdent. « Le coup est énorme, mais ce n’est pas le dernier  » prévient déjà Alexandre Capet. Dans sa communauté, La Baleine, les affaires de BitConnect étaient suivies de près et les gourous qui tentèrent de le défendre en ont pris pour leur grade. Mais selon un observateur, c’était loin des communautés très soudées que l’arnaque capitalisait.

bitcoin monnaie virtuelle bitcoins

Sur Twitter et YouTube, là où les plus mauvais investisseurs sont, les gourous ont trouvé leur place et leur audience. Ainsi, jusqu’au dernier moment, la fermeture du service, les défenseurs de BitConnect trouvaient des arguments pour nier l’escroquerie. Et cela malgré les démonstrations nombreuses faites par des connaisseurs : avec un tel système et une rente promise si haute, BitConnect ne pouvait être qu’une chaîne de Ponzi.

Mais à l’heure où les petits s’intéressent aux cryptomonnaies, l’appel d’air est puissant pour tous les escrocs. Et BitConnect n’est certainement pas la dernière des arnaques liées aux cryptos. Comme le soulignait auprès de Numerama un journaliste spécialisé : « la cryptomonnaie a peut être un double avantage pour l’opportuniste : elle est suffisamment connue pour rassurer, mais suffisamment opaque pour que personne n’y comprenne rien  ».

BitPetite ?

Selon nos informations, si BitConnect est une arnaque monumentale, d’autres monnaies ont déjà triomphé avec le même système et les mêmes conséquences. Certaines ont mis la clef sous la porte depuis comme BitPetite qui promettait une rente de 3,6 % par jour. D’autres ont encore un site en ligne et des promesses à volonté comme RegalCoin et AlpCoin.

« Jusqu’au dernier dollar, ils vont nous avoir »

Quant à BitConnect, ses créateurs, mis en avant lors d’une conférence thaïlandaise qui restera dans les annales de l’escroquerie, ont disparu. L’entreprise, immatriculée au Vietnam, sera difficile à poursuivre pour les victimes.

Quant à l’argent disparu, il est lui envolé, peut-être déjà blanchi quelque part dans le monde — à moins que la plateforme ne finisse par rouvrir ses portes pour laisser les victimes reprendre leur argent comme certains continuent de l’espérer. En outre, les plus crédules peuvent toujours investir dans le BitConnectX, un dérivé de la précédente arnaque. « Jusqu’au dernier dollar, ils vont nous avoir  » écrit une victime.

Un de nos interlocuteurs vient nous rappeler à la réalité : « Ne prends pas les gens pour des cons, mais n’oublient pas qu’ils le sont  ».

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