En apparence, Netflix a perdu.
Après des mois de saga, le numéro un mondial du streaming a annoncé ne pas s’aligner sur l’offre de 31 dollars par action formulée par Paramount, renonçant ainsi au rachat de Warner Bros. Discovery, qui semblait pourtant acquis.
Paramount Skydance devrait emporter l’ensemble du jackpot : studio, HBO Max, CNN et toutes les chaînes câblées comprises.
Une défaite sur le papier, mais les marchés, eux, ont accueilli la nouvelle avec enthousiasme. L’action Netflix a bondi de près de 10 % dans la foulée de l’annonce (en after hours). Ce n’est pas un hasard.

Les gains économiques
Ce bond en bourse traduit un soulagement des investisseurs qui regardaient cette acquisition d’un très mauvais œil depuis le début. Ils craignaient que Netflix surpaye pour un actif miné par des activités télévisées en déclin, et s’endette massivement pour financer une intégration dont les synergies restaient hypothétiques.
Netflix avait bien tenté de rassurer en proposant de payer intégralement en cash, évitant ainsi la dilution des actionnaires qu’un paiement en actions aurait entraîné, mais cela n’avait pas suffi à dissiper l’inquiétude sur le prix payé et le niveau d’endettement que l’opération impliquait malgré tout.
À cela s’ajoute un autre lot de consolation financier. Quand Netflix et Warner Bros. Discovery avaient signé leur accord en décembre 2025, une clause de rupture avait été négociée : si le deal n’aboutissait pas du fait de WBD, Netflix touchait 2,8 milliards de dollars d’indemnité.
Et c’est précisément ce qui se passe. Paramount Skydance, pour emporter le morceau, s’est engagé à payer lui-même cette pénalité à Warner, qui la reversera à Netflix. Autrement dit : Netflix repart les mains vides côté actifs, mais avec un chèque de 2,8 milliards dans la poche pour n’avoir finalement rien racheté.

La tranquillité d’esprit
Au-delà de l’aspect financier, Netflix échappe aussi à un parcours du combattant juridique et réglementaire qui s’annonçait particulièrement périlleux.
Racheter Warner Bros. et HBO Max, c’était potentiellement déclencher une procédure antitrust. Le mariage entre le leader mondial du streaming et la maison mère de HBO, un concurrent direct, aurait forcément attiré l’attention des régulateurs américains et européens.
Paramount Skydance l’a bien compris, c’était d’ailleurs l’un des arguments mis en avant pour convaincre le conseil d’administration de WBD lors de sa première offre hostile, jugeant son dossier « plus susceptible d’être approuvé » par les régulateurs. Netflix a nié cette lecture, mais le fond du problème restait entier : des mois d’incertitude, des recours possibles, une intégration complexe d’un groupe en difficulté.
Netflix s’éloigne aussi de la dimension politique de cette affaire. Le rachat de Warner par Paramount est indissociable de la proximité entre la famille Ellison et Donald Trump. Larry Ellison, le père, fondateur d’Oracle, est un soutien affiché du président Trump. Son fils David, qui dirige Paramount Skydance, a clairement affiché son ambition d’intégrer CNN au deal, contrairement à l’offre initiale de Netflix, une chaîne que Trump conspue depuis des années.
En se retirant, Netflix échappe donc à un bourbier politico-médiatique dont les rebondissements sont loin d’être terminés.
Des milliards disponibles pour autre chose
Voilà ce qui est peut-être le plus structurant sur le long terme. Sans le boulet d’une acquisition qui se compterait en plusieurs dizaines de milliards de dollars, Netflix peut concentrer son capital sur la création. Séries originales, films, jeux vidéo, divertissement en direct… Netflix peut accélérer sur des fronts qu’une acquisition de cette ampleur aurait inévitablement ralentis.
C’est d’ailleurs le sens de la communication des dirigeants : l’acquisition représentait une opportunité stratégique, mais pas une nécessité à tout prix, et Netflix continuera à faire ce qu’il fait déjà.
Finalement, cette issue pourrait bien être une réelle occasion à saisir pour le géant du streaming alors que le rachat de Warner par Paramount interroge déjà sur l’avenir du cinéma.
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