Alors que le bitcoin connaît un passage à vide, une interrogation de fond revient sur le devant de la scène : l’informatique quantique pourrait-elle bouleverser l’avenir des cryptomonnaies ?

Après une ascension spectaculaire en 2025, largement portée par l’élection de Donald Trump, le bitcoin est entré en phase de correction et évolue aujourd’hui autour des 75 000 euros. Rien d’inhabituel après un bull run (marché haussier) me direz-vous, ces phases de repli font souvent partie du cycle habituel des cryptomonnaies. Mais, comme souvent, ces mouvements ravivent les inquiétudes et alimentent le fameux FUD — pour Fear, Uncertainty and Doubt (« peur, incertitude et doute »).

Parmi les interrogations qui nourrissent cette incertitude, une menace bien identifiée refait surface : celle de l’essor de l’informatique quantique et de sa capacité, à terme, à fragiliser — voire à réduire à néant — la cryptographie qui protège aujourd’hui les monnaies numériques, bitcoin compris.

L’ordinateur quantique ou l’Épée de Damoclès au-dessus de Bitcoin

La menace quantique qui plane sur le bitcoin et les cryptomonnaies n’a rien de nouveau. Cette problématique est débattue depuis plusieurs années, aussi bien dans l’écosystème crypto que dans le monde plus large de la cryptographie asymétrique massivement utilisée sur le web dans de multiples applications quotidiennes.

Les experts évoquent notamment le Q-Day, ce moment (pour l’heure) hypothétique où l’informatique quantique deviendrait suffisamment puissante pour surpasser les méthodes de chiffrement actuelles. Un scénario qui, s’il se concrétisait sans préparation, pourrait fragiliser de nombreux secteurs. Puisque au-delà des cryptomonnaies, ce sont aussi les transactions bancaires, les communications sécurisées, les accès à distance et de nombreux systèmes aujourd’hui protégés qui seraient potentiellement menacés.

Pour simplifier, un qubit peut être vu comme l’équivalent quantique du bit classique. Là où un bit ne peut valoir que 0 ou 1, un ordinateur quantique peut, lui, manipuler plusieurs possibilités en même temps. Pour certains calculs très complexes, il peut aller beaucoup plus vite qu’une machine classique, au point de résoudre en quelques heures ou quelques jours des problèmes qui prendraient des milliers d’années aujourd’hui sur un ordinateur traditionnel.

Le deuxième ordinateur quantique du projet européen EuroHPC a été inauguré en septembre 2025 en République Tchèque  // Source : Compte X, Commission Européenne
Le deuxième ordinateur quantique du projet européen EuroHPC a été inauguré en septembre 2025 en République Tchèque // Source : Compte X, Commission Européenne

Spécifiquement, pour Bitcoin la sécurité repose aujourd’hui sur deux grands piliers cryptographiques. D’un côté, la fonction de hachage SHA-256, utilisée pour sécuriser la blockchain et organiser le minage. De l’autre, les algorithmes de signature ECDSA et Schnorr, qui servent à prouver la propriété d’un portefeuille et à autoriser les transactions. Ce sont précisément ces signatures qui servent à prouver que vous êtes bien le propriétaire d’un portefeuille qui posent le plus de risques.

Ainsi, les quelque 2 500 milliards d’euros investis dans les cryptomonnaies pourraient, en théorie, être menacés si la prise de contrôle de portefeuilles devenait suffisamment simple. Encore faudrait-il qu’un pirate un peu trop bien équipé dispose d’un ordinateur quantique assez puissant pour y parvenir. Et surtout, une telle attaque n’aurait pas forcément d’intérêt économique. La valeur du bitcoin repose avant tout sur la confiance qu’il inspire. Une faille de cette ampleur ferait immédiatement s’effondrer cette confiance — et, avec elle, le cours de la cryptomonnaie, potentiellement jusqu’à zéro.

Wallet crypto // Source : Unsplash
Wallet crypto // Source : Unsplash

Une peur ravivée

Quoi qu’il en soit le risque est là et l’horloge tourne. Il reste aujourd’hui difficile de prévoir si ce cap sera atteint dans quatre ans… ou dans vingt ans. Les experts évoquent généralement une fenêtre comprise entre 2030 et 2050 pour s’y préparer, soit bien avant que le dernier Bitcoin ne soit miné (~2140).

C’est à cet horizon que certains experts estiment que les ordinateurs quantiques pourraient, en théorie, disposer d’un nombre suffisant de qubits logiques stables pour compromettre le chiffrement d’un portefeuille de cryptomonnaies.

C’est cette proximité avec une potentielle rupture qui ravive aujourd’hui les craintes des investisseurs en crypto-monnaies. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ces craintes n’alimentent pas uniquement que des débats sur X.

Brian Armstrong, le PDG de la plateforme crypto Coinbase prend la menace très au sérieux et a commencé à prendre ses dispositions avec la création d’un comité indépendant réunissant plusieurs experts mondiaux en cryptographie et en informatique quantique

« L’informatique quantique pourrait avoir des répercussions sur la blockchain et les cryptomonnaies. Il est important d’y réfléchir sérieusement et de s’y préparer. » a annoncé le dirigeant le 27 janvier.

Son objectif est d’évaluer concrètement les menaces à venir et d’adapter ses systèmes internes avec des solutions de chiffrement dites « post-quantiques », afin d’éviter d’être pris de court le jour où ces machines deviendront réellement opérationnelles.

La course technologique est déjà lancée

Face à la montée en puissance annoncée de l’informatique quantique, la solution ne consiste donc pas à allonger indéfiniment la taille des clés de chiffrement. Un ordinateur quantique suffisamment avancé pourrait, de toute façon, contourner ces protections bien plus rapidement qu’une machine classique. L’enjeu est donc ailleurs, à savoir concevoir de nouveaux algorithmes capables de résister à ce changement de paradigme.

C’est dans ce contexte que le NIST, l’organisme américain en matière de normalisation, pilote depuis 2016 un vaste programme dédié à la cryptographie dite « post-quantique ». Après plusieurs phases de sélection et d’évaluation, plusieurs standards ont déjà été validés ou sont en cours de finalisation, comme ML-KEM, ML-DSA, Falcon ou encore SPHINCS+.

Pour Bitcoin, toutefois, la transition ne se fera pas de la même manière. Contrairement aux banques ou aux grandes plateformes centralisées, le réseau ne dépend d’aucune autorité unique de part sa nature décentralisé. Toute évolution du protocole doit être validée collectivement par les développeurs, les mineurs et les utilisateurs.

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