Stress, déconcentration et abus de leur attention : les Français se sentent-ils exposé aux problèmes qui vont avec la surconnexion au travail et dans leur vie personnelle ?

Après deux semaines sans smartphone, certains s’empressent de s’épancher auprès de leurs amis le soir du réveillon : « J’ai retrouvé du temps pour lire et pour courir, tu devrais vraiment essayer  ». Alors que 2018 débute, les bonnes résolutions concernant la réduction du temps consacré à nos smartphones se multiplient : la détox numérique aurait bien le vent en poupe.

Nous avons consacré, au cours de l’année écoulée, six articles à cette thématique. Allant jusqu’à proposer nos propres retours d’expérience et résolutions pour gagner de l’attention et du temps — en somme reprendre contrôle de notre temps de cerveau. Mais par-delà nos propres ressentis, ce phénomène ne serait-il pas encore un phénomène de niche ? Les Français identifient-ils eux aussi les mécanismes de l’économie de l’attention jusqu’à se sentir abusés par les apps ? Sommes-nous tous prêts à débrancher ?

C’était le thème de nos questions posées à 3 000 Françaises et Français grâce à un sondage Google Survey (méthodologie).

Smartphone : stress et déconcentration

Sur ces questions, les résultats que nous avons obtenus montrent quelques paradoxes.

Ainsi, en premier lieu, les sondés affirment à 42 % de ne jamais avoir été stressés par les alertes de leur smartphone. Néanmoins, les notifications à répétition exercent tout de même sur 27 % des Français une forme de stress.

Il est important de noter que les Français sont davantage sujets à des formes de brèves angoisses lorsqu’ils rentrent dans la vie active, et subissent parfois l’impossibilité de se déconnecter : les 25-54 ans sont 32 % à témoigner de ce stress causé par les notifications. Les plus de 55 ans, moins connectés au travail, ne sont plus que 20 % à avoir déjà ressenti un tel stress.

Le travail et les nouveaux métiers pourraient donc accentuer la création de stress face aux smartphones et leurs alertes. Néanmoins, les plus jeunes se montrent légèrement moins sensibles : ils sont 48 % à n’avoir jamais été stressés, tout en comptant quand même 28 % de jeunes ayant déjà subi l’angoisse d’une notification.

Numerama

En outre, 38 % des Français avouent avoir déjà perdu le fil d’une conversation à cause de leur smartphone. Ils sont 37 % à estimer n’avoir jamais été déconcentrés par celui-ci. Sur cette question, les réponses sont particulièrement relatives à l’âge des sondés : les 18-24 ans avouent, très majoritairement, avoir déjà perdu leur attention durant une conversation à cause du smartphone (55 %). Les 25-34 ans partagent une expérience plutôt similaire avec 53 % des sondés ayant déjà perdu le fil d’une discussion à cause de leur mobile.

les 18-24 ans avouent, très majoritairement, avoir déjà perdu leur attention durant une conversation à cause du smartphone

Le résultat baisse à partir de 35 ans, les 35-54 ans étant 39 % a se sentir concernés par ce problème. Dès le cap des 55 ans passé, les Français se montrent bien moins sensibles à ce problème : ils sont seulement 25 % a avoir déjà été déconcentrés lors d’une discussion. Quand 45 % affirment n’avoir jamais été face à cette situation.

Abusés par l’économie de l’attention ?

Enfin, en dehors du stress et de la déconcentration, nous voulions également savoir si les Françaises et les Français avaient le sentiment que certaines plateformes et applications les utilisaient, captant leur attention malgré eux. Ils sont 45 % à estimer qu’un service ou une application a déjà abusé de leur attention. La tranche d’âge la plus consciente des enjeux de l’économie de l’attention est celle des natifs du numérique : ainsi les 18-34 ans sont 49 % à avoir déjà eu le sentiment qu’une application abusait de leur attention.

Progressivement, dès 35 ans, la part de Français ayant déjà été dans cette situation baisse sans jamais tomber sous les 40 %. Les 35-54 sont encore 44 % à avoir déjà été confrontés à ce type d’abus, et les 55-65+ sont eux 43 %.

CC. Pexels

Les résultats de cette question qui cherchait à mettre le doigt sur une situation — l’hypersollicitation des services qui nous entourent comme les réseaux sociaux, les sites d’info ou encore les jeux mobiles — montrent qu’en se penchant sur un cas précis, les enjeux de l’économie de l’attention sont perçus par les Français.

les Français ont déjà fait l’expérience d’une connexion toujours plus envahissante.

Chacun ne percevra pas la question financière derrière cela, mais en se montrant soit stressés, soit déconcentrés, soit abusés par les nouvelles technologies, les Français ont déjà fait l’expérience d’une connexion toujours plus envahissante.

Dès lors, il apparaît que la « détox numérique  » n’est pas seulement un problème de geeks, mais bien une question qui déborde sur l’ensemble de la société. Et nous sommes bien obligés de penser à la fois au droit à la déconnexion et à la reconnaissance du burn-out, deux sujets politiques qui semblent intimement liés à une trop grande sollicitation de la part des technologies.

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