Star Wars : Les Héros de la Galaxie n'est pas un jeu vidéo mobile. C'est un assemblage de concepts addictifs conçus pour vous voler ce que vous avez de plus précieux : votre temps.

Tout a commencé par une publicité sur Twitter. Je ne me croyais pas du genre à cliquer sur une publicité, mais celle-là tombait vraiment à pic : comme à chaque décembre, je suis dans ma période Star Wars et tout ce qui peut me donner un peu plus de cet univers merveilleux me ravit. J’ai donc téléchargé Star Wars : Les Héros de la galaxie, comme le tweet sponsorisé bien ciblé me le recommandait.

À la première ouverture, le jeu semble se ranger dans la catégorie des jeux de stratégie au tour par tour, dans lequel on aurait remplacé les cartes par des héros de la saga Star Wars. Je lui trouve un petit air de King’s Bounty avec une skin galactique. Les graphismes sont plutôt jolis et les animations transpirent le style, sabre laser ou blaster en main. Pour bien débuter — je sais qu’il s’agit d’un free to play –, le jeu me donne une poignée de héros, m’offre même un Kylo Ren flambant neuf bien puissant et m’abreuve d’objets et de différentes monnaies d’échange. 

On tombe alors sur la Cantina, soit le menu du jeu. Je découvre à ce moment-là que le titre a l’air plutôt complet : en plus des batailles au tour par tour classiques, on va trouver des affrontements PVP, des combats de vaisseau, des guildes, des défis, des événements, des raids de guilde, des batailles « bonus » de la Cantina, un système de personnalisation des héros… bref, il y a l’air d’y avoir des choses à faire dans ce Star Wars brandé Electronic Arts et la dynamique du jeu me plaisait bien.

Depuis son installation le 22 décembre avant de prendre le train, j’ai dû y jouer plusieurs heures. Hier, dans un moment de recul lucide, je me suis rendu compte que ces heures m’avaient été volées et que j’avais été piégé par les mécanismes honteux du business de l’attention. Star Wars : Les Héros de la galaxie n’est pas un jeu vidéo. C’est un assemblage de lignes de code pour aspirer votre temps libre.

Le non-jeu aux mille et un visages

Oubliez en effet tout ce que j’ai pu écrire dans les paragraphes précédents : ce jeu Star Wars n’a pas un début de gameplay. Ce qu’on fait passer pour un jeu de stratégie tactique au tour par tour n’est en fait qu’un appeau pour déclencher la collectionite. Vous croyez que vous dirigez une petite escouade de héros dans la galaxie et que vous affrontez des boss en mettant en place des synergies entre les personnages et des tactiques de combat.

Ce que vous faites, en réalité, c’est comparer votre chiffre de puissance au chiffre de l’adversaire. Le reste, ce n’est qu’une somme d’animations. Ironie suprême : un bouton « combat automatique vitesse x4 » existe et vous permet de devenir complètement passif en laissant les héros choisir leurs actions. Il est rare qu’ils perdent si leur puissance est supérieure au groupe d’en face.

La découverte de ce bouton aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais je ne suis qu’un humain avec ses faiblesses. Il faut dire que le début du jeu est particulièrement bien conçu : on vous donne une escouade du côté lumineux de la force, mais vous devez combattre pour gagner des héros du côté obscur. Comme vous avez envie d’utiliser votre Kylo Ren gratuit, vous avez envie d’avoir votre escouade. Et les héros se gagnent comme dans tout beau jeu vidéo qui transpire l’arnaque : avec des lootbox aléatoires ou en collectionnant des « unités de héros ». Les plus pourris coûtent 10 unités, les meilleurs vont jusqu’à 80 unités.

Les premières heures ont aussi été conçues pour vous mettre dans l’opulence : vous avez tellement de bonus et d’énergie pour combattre que vous avez l’impression que le jeu est généreux et repose sur des mécaniques louables. Petit à petit, alors que vous arrivez presque à avoir vos héros, les privations commencent : vous n’avez plus d’énergie pour vous battre. Il va falloir attendre d’emmagasiner 6 à 12 unités, à raison d’une unité par tranche de 5 minutes. C’est à ce moment que le jeu vous fait découvrir les « simulations » : même pas besoin de combattre pour refaire une bataille déjà gagnée. Dépensez un jeton de « simulation » et vous aurez le loot aléatoire associé au défi.

Et si vous n’avez plus de jeton, plus d’énergie, plus de tours dans les défis, plus de parties dans les événements ? C’est simple : il faut payer. Payer ou attendre. Payer ou attendre pour collectionner des portraits de bonshommes Star Wars dans un simili-jeu vidéo dont le principe se résume à comparer deux chiffres et à appuyer sur des boutons pour faire grandir aléatoirement son chiffre. C’est en comprenant cela que j’ai arrêté de jouer.

Voler le temps ou l’argent

J’ai vu d’un coup tous les mécanismes se dérouler sous mes yeux : le jeu qui récompense les connexions quotidiennes, les vaisseaux débloqués au niveau 30, mais les batailles accessibles uniquement au niveau 40 (une bataille d’entraînement vous mettra l’eau à la bouche 10 niveaux avant), les vaisseaux amiraux débloqués facilement, mais pas les personnages pour les piloter, les incessantes demandes pour activer les notifications, les événements haut de gamme réservés aux personnages « 7 étoiles » (qui ont été boostés par d’autres portraits collectionnés)…

Il suffit à EA de remplacer les skins Star Wars par ceux d’une autre licence forte pour voler le temps d’un autre public

Le pire, c’est que tout cela fonctionne bien et sans le sursaut de recul qui fait dire à un utilisateur « merde, je perds mon temps en fait », Star Wars : les héros de la galaxie est parfaitement calibré. Une licence forte, des mécaniques d’addictions bien rodées, une demande d’attention permanente, une progression entre la frustration et la récompense, un faux gameplay, une publicité bien ciblée avant les départs en vacances et les pénibles trajets en TGV… tous les ingrédients sont réunis pour vous voler de longues heures.

Bien joué EA : en plus, il te suffit de remplacer les skins Star Wars par ceux d’une autre licence forte pour voler le temps d’un autre public.  De mon côté, je ne me ferai pas avoir deux fois.

Partager sur les réseaux sociaux