La Ligue de la jeunesse communiste chinoise vient d'apparaître sur Twitter sous la forme de deux comptes différents. Le premier, particulièrement critique du régime, est accusé d'usurper son identité. Le second, à défaut d'avoir été formellement identifié, est considéré comme officiel par les internautes chinois... qui l'inondent de messages critiques sur la censure gouvernementale du web.

Le Parti communiste chinois n’aime pas qu’on usurpe son identité, ou celle d’une de ses extensions. L’organe dirigeant de la Chine l’a fait savoir à Twitter en réclamant la fermeture d’un compte parodique qui prétend représenter la Ligue de la jeunesse communiste chinoise… pour mieux publier des tweets sarcastiques sur le régime.

Ce compte, intitulé @ComYouthLeague, qui s’accompagne d’un lien vers le site officiel de l’organe, compte 10 tweets depuis son premier message publié le 12 septembre sur le réseau social. Si Twitter est interdit en Chine, au même titre que Facebook et Google, il reste accessible des internautes chinois grâce à des outils de contournement de la censure, tels que des VPN.

Comme le rapporte Reuters, le  compte en question a notamment relayé un lien vers un article évoquant l’arrestation d’un Chinois coupable d’avoir commercialisé de tels réseaux privés virtuels. Un événement d’actualité qui s’accompagne d’une interrogation sarcastique du faux compte sur la nécessité d’une telle pratique dans un pays pourtant doté « d’une si belle culture Internet ».

« Totalement fictif »

C’est donc sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, que le Parti communiste a signalé à ses utilisateurs que ce compte est « totalement fictif » tout en précisant avoir demandé que son cas soit réglé. Les autorités ont par ailleurs partagé une capture d’écran du compte litigieux, frappé de la mention « contrefaçon », et rappelé que les seuls comptes en ligne officiels de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise se trouvent respectivement sur Weibo — avec 5 millions d’utilisateurs — et sur le service de messagerie WeChat.

En parallèle, le Parti communiste semble avoir créé un autre compte Twitter, @ccylchina, au nom de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise, dont le premier tweet date du 14 septembre — soit deux jours après la première activité connue de « l’usurpateur ».

Au vu de la propagande chinoise, conforme à celle du régime, propagée au fil de ses 15 tweets — dont la reprise du visuel « contrefaçon » déjà aperçu sur Weibo–, tout semble indiquer qu’il a bien été créé par la véritable Ligue de la jeunesse communiste en réaction.

Celle-ci s’est toutefois refusée à commenter ce compte, porteur lui aussi d’un lien vers le site officiel de ce service, qui compte 88 millions de membres âgés de 14 à 28 ans. La BBC souligne que son descriptif Twitter indique qu’il est là pour « fournir des informations sur le travail et les activités de [la Ligue] ainsi que sur les sujets à la mode chez les jeunes »,

« Twitter n’est pas Weibo, dégage »

Si l’identité du compte n’est pas confirmée — ni certifiée par Twitter — les internautes chinois qui contournent la censure du régime semblent en tout cas le considérer comme l’émanation officielle de la Ligue de la jeunesse communiste, à en juger par les messages ironiques dont ils l’inondent depuis son premier tweet.

En réponse à cette illustration de lapins affublées d’une casquette aux couleurs du régime, accompagnée de la légende « Me voilà ! », les internautes multiplient les références sarcastiques au grand pare-feu chinois — qui veille à la censure du web — comme aux VPN, cibles favorites du régime ces derniers mois.

On peut ainsi lire des messages tels que : « retourne derrière le pare-feu », « rendez-nous nos VPN », « peux-tu me dire quel VPN miraculeux tu utilises pour contourner le pare-feu… comme tu es effronté, tu devrais savoir que les gens qui font ça peuvent se faire démasquer ! ». D’autres se montrent plus virulents encore : « [Twitter] n’est pas Weibo, où tu peux purger les avis, dégage ».

De son côté, le premier compte aux couleurs de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise a réagi aux attaques en légitimité du second : dans un retweet de ces propos accusateurs, il défend l’authenticité de ses propres publications.

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