La publication par un salarié anonyme d'un manifeste justifiant de l'inégalité salariale entre hommes et femmes chez Google au nom de « différences biologiques » provoque une polémique interne à Mountain View. Si la majorité des salariés dénonce l'absurdité de ce texte de 10 pages, d'autres soutiennent son auteur.

Mise à jour du 8 août : l’ingénieur, désormais identifié comme James Darmore, a été licencié par Google.

Chez Google, le premier week-end d’août a été pour le moins mouvementé après la publication vendredi 4 août, par un salarié, d’un manifeste à charge contre la politique pro-diversité de l’entreprise, dévoilé par Motherboard et depuis publié dans son intégralité par Gizmodo.

Ce document de 10 pages signé d’un ingénieur anonyme est devenu viral sur le réseau interne de l’entreprise comme sur Google+, suscitant la consternation et les moqueries d’une majorité de « Googlers », mais aussi l’approbation d’une partie d’entre eux. Le sujet est d’autant plus brûlant que Google fait l’objet d’une enquête du département du travail américain, qui l’accuse de favoriser les inégalités salariales entre hommes et femmes.

Dans ce pavé intitulé  «  Le bourrage de crâne idéologique de Google », l’ingénieur affirme en guise d’avertissement : « La diversité et l’inclusion sont importantes à mes yeux, je ne nie pas que le sexisme existe et je ne suis pas favorable à l’utilisation de stéréotypes. » Il embraye ensuite assez vite sur le cœur de son plaidoyer : « Il faut arrêter de prétendre que la différence de salaire implique forcément du sexisme. »

« Différences biologiques » et « idées de gauche »

L’auteur anonyme poursuit : « Je dis simplement que le partage de préférences et de capacités, chez les hommes et les femmes, diffère partiellement en raison de causes biologiques, et que ces différences pourraient expliquer pourquoi les femmes ne sont pas représentées de manière égale dans la tech et aux [postes à responsabilité] ».

Il affirme également : « On se demande toujours pourquoi on ne trouve pas de femmes à des postes à responsabilité mais on ne demande jamais pourquoi on y trouve autant d’hommes. Ces postes nécessitent souvent de longues et stressantes heures de travail qui peuvent ne pas valoir le coup si vous voulez mener une vie équilibrée et gratifiante. »

L’ingénieur dresse la liste de plusieurs « différences biologiques » entre les hommes et les femmes justifiant à ses yeux de cette situation. À l’en croire, elles seraient ainsi en moyenne plus portées vers « les sentiments et l’esthétique que sur les idées », et « plus stressées » que leurs collègues masculins.

L’auteur, qui fustige aussi la prédominance d’idées « de gauche » au sein de Google, est intarissable sur le sujet : «  En plus de la tendance de gauche [à protéger] ceux qu’elle estime faibles, les hommes ont généralement tendance à protéger les femmes. Comme je l’ai déjà dit, cela provient sans doute du fait que les hommes sont biologiquement disponibles et parce que les femmes sont généralement plus consentantes et coopératives. »

Un déluge de réactions

Il affirme ainsi penser à l’intérêt général de Google, dont il dénonce les pratiques « discriminatoires » — comme des formations exclusives selon le sexe ou la couleur de peau, ou  encore la discrimination positive en matière d’embauche — fondées sur « de fausses suppositions » : « Nos [supérieurs] nous disent que ce que nous faisons est moralement et économiquement juste mais, en l’absence de preuves, il s’agit juste d’une idéologie de gauche déguisée qui peut irrémédiablement porter préjudice à Google. »

L’auteur appelle Google à mettre fin à ces pratiques, ainsi qu’à la « moralisation » de la diversité afin de pouvoir raisonner à nouveau en terme de « coût et de profit » plutôt qu’en « méchants » et en « victimes », mais aussi à cesser de se mettre à dos les salariés de l’entreprise aux opinions conservatrices,

Les réactions de ses collègues n’ont pas tardé à se répandre comme une traînée de poudre au sein de l’entreprise mais aussi sur Twitter, certains choisissant d’évoquer publiquement ce document, à l’instar de Sarah Adams : « Un article interne a circulé au boulot aujourd’hui, il justifie la différence salariale par les différences biologiques entre les hommes et les femmes. »

« Il fallait oser poster ça »

Si la plupart des salariés ont dénoncé l’absurdité des propos tenus et du plaidoyer, certains ont au contraire soutenu ce manifeste sur le chat anonyme interne de Google, Blind. On pouvait ainsi y lire des messages tels que : « Je suis admiratif. Il fallait oser poster ça », « J’espère qu’il ne lui arrivera rien » ou encore « Le type qui a posté ça est très courageux. On a besoin de plus gens qui s’affirment contre cette folie. Sinon, [le programme] ‘Diversité et Inclusion’, qui n’est rien d’autre qu’une filière des études sur les femmes et l’Afrique au sein de Google, va détruire l’entreprise. »

Une source anonyme témoigne ainsi auprès de Motherboard : « Le contexte général à retenir, c’est que cette personne a peut-être plus de cran que la plupart des personnes de Google qui partagent son point de vue — comme quoi les femmes sont moins qualifiées que les hommes –, au point d’être prêt à le défendre publiquement. Mais il y a malheureusement d’autres gens comme lui. »

À l’inverse, une autre source témoigne : « Le penchant à gauche de Google a créé une monoculture politiquement correcte qui se maintient en place en humiliant les contestataires au silence. Le fait que des collègues appellent à virer [l’auteur du document] — dans chaque espace public — prouve [la véracité de plaidoyer]. »

Google maintient sa position

Face à l’ampleur de la polémique, relayée par les médias américains, Danielle Brown, la vice-présidente, chez Google, de l’intégrité de la diversité et de la gouvernance, a publié, dimanche 6 août, une réponse interne adressée aux « Googlers ».

Elle y affirme notamment : « Nous sommes unanimement convaincus que la diversité et l’inclusion sont essentielles à notre succès d’entreprise. Pour mettre en place un espace ouvert et inclusif, il faut entretenir une culture dans laquelle ces opinions différentes, y compris politiques, peuvent être exprimées sans crainte. Mais ce discours doit se conformer [à nos principes d’embauche] et à nos règlements anti-discrimination. »

Partager sur les réseaux sociaux