À son ouverture, au début de l'année 2016, The eSport Academy s'annonçait comme la formation idéale (et unique en son genre) pour former des élèves aux disciplines liées à l'eSport. Un an plus tard, les témoignages accablants se multiplient sur cet établissement, alors que la nouvelle direction assure avoir repris les choses en main.

À son lancement, au début de l’année 2016 dans un ancien entrepôt du Bouguenais, près de Nantes, The eSport Academy (TEA) faisait office de pionnière du genre. Nous présentions d’ailleurs cette initiative d’un nouveau genre sur Numerama à l’époque : « Le principal cursus de l’eSport Academy est une formation de 9 mois tarifée à 5 000 € tout inclus, même l’hébergement et la nourriture. Elle propose de vivre et d’apprendre les ficelles de la compétition vidéoludique jour et nuit dans une « gaming house » entièrement équipée. »

Au programme, notamment, une «  formation à tous les métiers touchant de près ou de loin à l’eSport : la communication, le journalisme, le codage, le management, la direction de projet événementiel et même la psychologie élémentaire. » L’établissement précise dès cette époque que les élèves doivent participer collectivement aux tâches ménagères, vie en communauté oblige.

Sur le papier, le projet a forcément de quoi séduire. Mais certains critiques font déjà part de leurs réserves sur ce projet lancé grâce à un appel au crowdfunding. Ce lundi 12 juin, le site Team-aAa, dédié à l’eSport, retrace dans une longue enquête les dérives de l’établissement à travers une série de témoignages d’anciens pensionnaires recueillis au fil des mois. Et dont les derniers en date ont émergé après la charge remarquée du dénommé Sacha (S4CH4).

Des travaux de finition achevés par les élèves

Les premiers élèves comprennent dès leur arrivée, au début de l’année 2016, que la promesse initiale risque de ne pas être tenue : ils se trouvent obligés d’achever eux-mêmes les travaux d’aménagement des lieux, qu’il s’agisse de monter les meubles ou de passer différentes couches de peinture.

Plus gênante encore, la promiscuité entre les pensionnaires, qui se retrouvent à 8 dans des chambres sans fenêtres, où les différents lits superposés  font office de de seuls et uniques meubles. Une jeune femme se retrouve à partager une chambre avec 7 hommes.  La situation ne s’arrange pas quand une épidémie de gale — en provenance de l’un des dirigeants — se déclare. Il faudra l’investissement financier personnel d’un pensionnaire pour s’offrir les médicaments nécessaires afin de mettre fin aux démangeaisons.

Un ancien élève affirme pour sa part avoir versé plus de 6 000 euros aux dirigeants de l’établissement pour avancer des frais divers liés à l’eSport (notamment l’inscription à un tournoi League of Legends), dont il n’a jamais été remboursé : il a depuis déposé plainte.

« 500 balles par mois pour une heure de coaching »

Ces témoignages contrastent fortement avec le reportage réalisé par BFM-TV en mars 2016, qui se montrait plutôt flatteur : «  Il est midi. Le moment de voir tout ce petit monde s’affairer autour d’un plat de pâtes. Et d’apprendre que les élèves se relaient pour la cuisine et le ménage, le tout en parfaite harmonie. » Le même Sacha qui mène aujourd’hui la charge contre l’établissement, s’en montrait à l’époque plutôt satisfait : « [On peut] aussi souffler en-dehors du jeu vidéo. […] On va à la salle de muscu ou on fait un peu de sport collectif pour travailler la cohésion de groupe et calmer les tensions. »

Si la Team-aAa affirme avoir reçu de nombreux témoignages sur l’établissement au fil des mois, la publication à charge du fameux Sacha (S4CH4), ce dimanche 11 juin, délie les langues. Il y décrit pour sa part un quotidien très éloigné des promesses initiales : « Après une semaine à faire le maçon, la semaine a commencé. C’était la rentrée des classes en somme. Seul bémol, pas d’ordinateur. Pas de professeurs non plus. Pas de classe, pas de salle de travail, pas de leçons, seulement [Spontexx] en coach sur League of legends. Je payais donc 500 balles par mois pour avoir 1 heure de coaching avec spontex (sic). Worth. Il faut savoir […] que nous avions signé un contrat avec un nombre bien précis d’heures. Cela se divisait en une dizaine de VRAIS cours. Et des journées entières. »

Malgré le récent changement de direction à la tête de The eSport Academy, les témoignages reçus par la Team-aAa indiquent que certains problèmes subsistaient au moins jusqu’à l’été dernier : l’état des locaux, les demandes de prêt…

La nouvelle direction promet un déménagement « imminent »

Face aux accusations qui se sont multipliées depuis, la nouvelle équipe dirigeante a tenu à réagir à la publication de cette enquête en exerçant son droit de réponse auprès de la Team-AAA : « Les résidents dorment dans des dortoirs communs, où ils sont réunis pour dormir en équipe. Il n’y a nulle obligation de résider à The eSport Academy, c’est un service qui est mis à leur disposition, qui inclut également la nourriture, pour 150€ par mois. Nous n’avons jamais caché aux résidents la nature de cet hébergement, ni le fait que nous n’en étions pas satisfaits. C’est pour cette raison que depuis plusieurs mois, nous cherchons de nouveaux locaux, plus vastes et plus adaptés, et que notre déménagement est imminent.Le ménage complet est effectué 3 fois par semaine, une obligation au vu du nombre de résidents. Personne n’a de démangeaison nulle part à notre connaissance. »

D’autres ont pris la défense de l’établissement, comme l’ancien pensionnaire surnommé Katare, qui reconnaît les problèmes initiaux et minimise certaines critiques tout en affirmant que de gros efforts ont été entrepris depuis : « En gros la première promo a été « arnaquée » au debut car les directeur de l’époque étaient pas très net. C’est un fait indéniable, cependant il faut savoir qu’au sein de l’école beaucoup de gens ont voulu faire changer les choses et donc la direction a été virée puis remplacée par une nouvelle direction qui s’est retrouvée avec un TEA qui avait beaucoup de problèmes. »

Si l’établissement semble encore nécessiter du temps pour retrouver un semblant d’équilibre, l’affaire illustre les réserves à garder à l’esprit dès qu’il est question de formation à l’eSport : le terme, devenu un peu fourre-tout, est aujourd’hui estampillé sur toute initiative qui se prétend novatrice, en bon argument marketing.

Ces derniers mois, on a ainsi vu émerger, pêle-mêle, un stade dédié à cette pratique à Las Vegas, une bourse eSport à l’université de l’Utah,  de futures médailles pour les joueurs d’eSport aux Jeux olympiques de 2022, une télé-réalité de TF1 sur l’eSport… En France, un contrat de travail spécifique pour les joueurs professionnels est à l’étude.

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