Twitter vient de bloquer l'accès des services de renseignement britanniques à certaines de ses données. Motif invoqué : elles ne doivent pas être utilisées à des fins de surveillance. Le gouvernement espère convaincre le réseau social de revenir sur cette décision, malgré le passif connu de Twitter en la matière.

Quasiment un an jour pour jour après avoir bloqué l’accès de la CIA aux données Twitter fournies par un service tiers, le réseau social récidive cette fois-ci avec le MI5, les services de renseignement britanniques. Ces derniers se trouvent en effet privés des données qu’il affirment avoir utilisé jusque-là pour lutter contre le terrorisme. Twitter a justifié ce blocage par la défense d’un principe prôné de longue date : ses données ne doivent jamais servir à des fins de surveillance.

Le gouvernement n’a pas tardé à protester publiquement par l’intermédiaire d’un porte-parole de Theresa May, cité par l’AFP : « Nous souhaitons accéder à ces informations. La lutte contre le terrorisme n’est pas seulement l’affaire de la police et des services secrets. Les réseaux sociaux et les entreprises du numérique ont également un rôle à jouer. »

Le Telegraph, à l’origine de ces révélations, affirme que le MI5 recourait vraisemblablement à Dataminr, l’entreprise de référence dans la fouille et le croisement de données (data-mining). Celle-ci, détenue à 5 % par Twitter, est particulièrement prisée pour son expertise en matière de recherche, configurable selon les filtres de son choix. L’accès unique au flux complet de publications sur Twitter et le ciblage de certains mot-clé dont dispose Dataminr lui permettent notamment de jouer les lanceurs d’alerte en cas d’événement grave (catastrophe naturelle, attentat terroriste…).

big ben londres royaume-uni

Le précédent Geofeedia

Twitter poursuit ainsi son positionnement cohérent en matière d’utilisation des données de sa plateforme. Après avoir bloqué l’accès de la CIA à Dataminr en mai 2016, le réseau social a dû répondre à cette problématique quelques mois plus tard.

En octobre 2016, la révélation par l’association American Civil Liberties Union, qui défend les libertés civiques des citoyens américains, du recours de la police américaine à l’outil tiers Geofeedia pour surveiller des manifestants — notamment ceux du mouvement Black Lives Matter — grâce à Twitter, Facebook et Instagram, avait entraîné le blocage immédiat du service par Twitter.

Le silence de Twitter, un mois plus tard, alors que le FBI concluait un accord avec Dataminr lui permettant d’analyser en temps réel les 500 millions de tweets publiés chaque jour, surprenait en revanche les observateurs. Le réseau social s’est donc senti obligé de réaffirmer fermement ses principes sur son blog :  « Il est complètement inacceptable et interdit d’utiliser les services de données ou les API publiques de Twitter pour suivre des manifestants ou des activistes. […] Nous interdisons aux développeurs d’utiliser [ces services] pour permettre aux forces de l’ordre — ou toute autre entité — d’utiliser les données Twitter à des fins de surveillance. Point. »

Une politique anti-surveillance sur le long terme

Les règles de l’oiseau bleu en la matière sont donc claires : les agences de renseignement sont libres de fouiller les données publiques de Twitter comme n’importe quel utilisateur dans leur enquête mais se voient en revanche refuser le droit d’utiliser des outils tiers pour accéder à ces données bien plus précises (fournies en temps réel).

De fait, Twitter s’est justifié en décembre 2016 de l’accès permis au FBI par Dataminr dans une lettre adressée à l’ACLU : «  Dataminr reçoit seulement des données Twitter que les utilisateurs ont choisi de rendre publiques. Il est obligé de se conformer à toutes les règles d’utilisation de Twitter interdisant la surveillance — à l’instar de tous les autres développeurs. »

Depuis, le réseau social s’est montré fidèle à cette politique, en refusant notamment de communiquer l’identité d’un compte contestataire de Donald Trump alors que celui-ci la réclamait. Le cas du MI5 est le dernier exemple en date — justifié par un porte-parole de l’entreprise dans les mêmes termes que la déclaration de novembre — même si l’on peut s’interroger sur ce qui a motivé cette décision soudaine de blocage.

Faut-il y voit une volonté d’intrusion trop marquée du gouvernement britannique, qui a tenté d’obtenir la collaboration de WhatsApp en matière de lutte contre le terrorisme au lendemain de l’attentat du 22 mars 2017 ? Downing Street a annoncé au même moment envisager des lois plus strictes pour forcer les réseaux sociaux à se montrer plus réactifs dans leur modération des contenus haineux et de propagande.

Partager sur les réseaux sociaux