L'équipe Shadow vient enfin de lever le voile sur les derniers détails que l'on se posait sur ce projet fou. Prix, disponibilités, offres... voici des réponses à toutes vos questions.

Blade Shadow : Qu’est-ce que c’est ?

Le Shadow, c’est un pari fou. Maintenant que la technologie de cloud computing a évolué et que le nombre de connexions fibrées a augmenté, quatre français ont eu l’idée de créer une offre de cloud computing orientée gamer PC.

Il ne s’agit pas vraiment de cloud gaming car Blade Shadow propose l’accès à une machine complète à distance, avec toutes les technologies nécessaires pour avoir une latence la plus faible possible, et une image de bonne qualité.

À lire sur Numerama : Blade Shadow  : sommes-nous vraiment surexcités par un PC de gamer dans le cloud  ?

En gros, la mission est de reproduire le fonctionnement de votre PC de bureau, à distance. Cela peut sembler audacieux, mais le pari semble avoir été relevé par cette startup française qui vient de lever près de 13 millions d’euros auprès business angels, parmi lesquels Michael Benabou (vente-privée.com), Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister) et l’homme d’affaires thaïlandais Nick Suppipat.

Vous accédez donc à votre PC sous Windows 10 depuis une petite box (voir ci-dessous), ou depuis un client multi-plateformes.

À quoi ressemble le boitier ?

À ça.

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C’est un boîtier relativement petit avec une connectique complète :

  • 2 ports Display Port
  • 2 ports USB 3.0
  • 2 ports USB 2.0
  • Un port Ethernet
  • WiFi + Bluetooth
  • Connectiques audio (entrée et sortie)

Cela vous permet d’y brancher un ou plusieurs écrans, des espaces de stockage (clé USB, HDD externe etc.) et des accessoires (manettes, souris, claviers, webcam, etc.). La forme de la machine a été conçue pour s’intégrer au mobilier de la maison, avec une forme géométrique qui pourra être posée à côté d’un écran. Le tout est compact sans être très petit.

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À l’intérieur on retrouve un AMD Merlin Falcon. C’est un circuit de type SoC à architecture hétérogène composé de cœurs x86 64 bits AMD Excavator (quatre au total) associés à la troisième génération des cœurs graphiques Radeon dotés de huit unités de calcul cadencées à 800 MHz, et à deux blocs d’amélioration de rendu d’ image.

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Ce SoC est capable de traiter des flux vidéo HEVC (High Efficiency Video Coding) conformes à la norme H.265, même si le flux du streaming n’est « que » du H.264.

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Enfin, l’engin affiche un TDP, ou enveloppe thermique globale, de 12 à 25 W. Enfin, petit détail qui a son importance : il y a une LED sur le dessous de la machine.

Quelle(s) configuration(s) de PC ?

Côté serveur, la première configuration proposée est celle d’un PC à environ 1500 euros :

  • Intel Xeon (3 core, 6 threads dédiés), l’équivalent — selon l’équipe — d’un Core i7
  • NVIDIA GeForce GTX 1070
  • 12 Go de RAM
  • 256 Go de SSD
  • Une licence Windows 10

Vous verrez dans les questions suivantes qu’il sera possible, plus tard, de passer sur une GTX 1080 (la GTX 1070 est limite pour de la 4K) ou encore de rajouter des espaces de stockage.

Enfin, nous nous questionnons également sur la présence de l’Intel Xeon au lieu d’un Core i7, mais l’équipe nous a certifié que les performances étaient les mêmes. À vérifier en pratique, mais il semble qu’il s’agit précisément de deux Intel Xeon E5 (2650)  en 24 cœurs (48 threads à 2,2 GHz) partagés entre plusieurs clients. La GTX 1070 ainsi que les serveurs sont fournis par Asus, également partenaire de Shadow.

Quels sont les clients Shadow proposés ?

Il sera possible d’accéder à sa machine depuis un client et pas seulement depuis le boîtier fourni. Dans un premier temps, des clients Linux et Android seront fournis, puis Windows 10 et d’ici mars des clients pour OS X (Mac) et iOS (iPhone et iPad).

Sur une tablette Google Nexus 9
Sur une tablette Google Nexus 9

Notez également que le client Android est compatible Android TV, nous avons ainsi pu essayer Shadow sur une TV Philips équipée du système de Google. Le client Linux était également fonctionnel, et plutôt efficace. Vous pouvez ensuite utiliser les accessoires connectés : une manette Xbox sur Android, par exemple, une clé USB, un lecteur DVD… comme si vous aviez branché ces accessoires directement sur votre machine Shadow.

Bref, le rêve pour les macophiles ou les linuxiens : pouvoir jouer aux derniers jeux PC depuis Ubuntu, un MacBook ou un iMac.

Est-ce une machine partagée ?

Il y a effectivement des ressources partagées, comme le CPU et la mémoire vive, mais pour ce qui est de la carte graphique, ou du stockage, ces composants sont dédiés à votre machine.

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Il s’agit donc d’une offre différente de ce que l’on peut habituellement trouver dans les offres cloud.

Quid des jeux et des logiciels ?

Le PC est fourni avec une licence Windows 10 (incluse), et c’est tout. Il ne s’agit pas à proprement parlé d’une offre cloud, comme ce que propose Nvidia avec GeForce Now par exemple, mais d’un accès à une machine à distance. Vous faites ensuite ce que vous voulez avec la machine : les jeux s’installent comme sur un vrai PC, vous pouvez bien entendu télécharger légalement la dernière version de Photoshop ou télécharger des .torrents (des distributions Linux, bien entendu)… à vos risques et périls.

C’est une machine qui peut donc être utilisée pour de la bureautique, même avancée avec du montage de vidéo, mais aussi pour des jeux AAA pour PC.

À quelle qualité d’image s’attendre ?

Le système s’adapte à l’écran jusqu’à une définition 4K, et une fréquence de 60Hz (144Hz en Full HD). Le flux de données est encodé en H.264 selon une compression et une méthode avec, on l’imagine, une recette propre. D’ailleurs, plusieurs brevets sont (ou vont être) déposés autour des technologies mises en œuvre.

Photo depuis un iPhone 7
Photo depuis un iPhone 7, qualité haut sur The Witcher 3

La réponse à cette question n’est pourtant pas évidente, dans le sens où il est assez simple de proposer de la 4K avec une fréquence d’images importante. Cela ne garantit pas une bonne qualité d’image, toute est une question de compression : c’est la même chose avec un film de vacances encodé en H.264 avec un bitrate précis.

En bref : si votre connexion le permet, vous aurez une qualité d’image optimale, que cela soit en définition, en nombre d’images par seconde mais aussi en qualité. Les quelques exemples autour de The Witchers 3 nous ont plutôt convaincus.

Quelle latence en jeu ?

C’était un des points sensibles de l’affaire. Pour démontrer l’efficacité de leur solution, l’équipe de Blade Shadow s’est tournée vers une équipe pro d’Overwatch, des joueurs de CS:GO mais aussi un des champions français de Street Fighter. Tous ces joueurs pro ont validé le concept : la latence est quasi-parfaite, et ce que Shadow propose ne change en rien l’expérience de jeu.

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La latence (en fibre) est de 1 à 10 ms en fonction de votre FAI. D’ailleurs, une fibre optique 10 Gbs/s a été installée directement vers Orange et Free, et certainement dans les prochaines mois vers les autres FAI. Toutes les histoires de peering ont été au cœur des problématiques de la jeune société. Enfin, ça devrait en intéresser plus d’un : chaque client a accès à un débit de 1 Gb/s asymétrique, ce qui permet de télécharger un jeu de 40 Go en quelques minutes.

Il faudra ensuite voir si le système tient avec 3 000 clients connectés simultanément.

Quel débit pour en profiter ?

Pour le moment, l’offre est avant tout réservé aux clients fibrés : la fibre FTTH mais aussi la fibre coaxiale de SFR (et Bouygues Telecom). Le flux vidéo 4K60 ne demande que 25 Mbit/s environ, mais pour cette première étape, l’équipe en charge du projet a préféré privilégier des clients avec un Très Haut Débit. Néanmoins, la machine fonctionne bien sur de l’ADSL, en 4G également mais aussi en 3G.

Comme avec n’importe quel service, vous ne pourrez cependant pas recevoir un flux 4K parfait pour jouer en ADSL, le débit est insuffisant. Par contre, l’expérience sera excellente, selon les dires d’un des co-fondateurs, pour de la bureautique.

Combien ça coûte ?

Le boitier est gratuit, sans caution. Il faudra par contre le rendre si vous arrêtez votre abonnement. Le reste est sous forme d’un abonnement, à partir de 29,90 euros/mois si vous partez sur 1 an d’engagement, jusqu’à 44,90 euros/mois si vous voulez tester un mois avant de craquer.

  • 29,95 € pour un engagement d’un an
  • 34,95 € pour un engagement de 3 mois
  • 44,95 € sans engagement

À cela pourront s’ajouter quelques options.

Est-ce que c’est rentable pour les joueurs ?

Bonne question. La configuration proposée est estimée à 1 400 euros et jusqu’à 1 800 euros en fonction de la machine. Considérons que vous ne touchez pas votre PC pendant 3 ans. Le calcul est rapide : 30 euros * 36 mois = 1080 euros TTC pour 3 ans d’abonnement.

Il faut également prendre en compte l’économie d’énergie, que l’on à tendance à vraiment négliger. Une machine qui demande 150 à 250 Watts va coûter environ 100 euros par an de facture d’électricité. La petite box, elle, demande environ 15 Watts, ce qui donne environ 8 à 10 euros par an. Sur trois ans, on peut donc envisager plusieurs centaines d’euros d’économie.

Évidemment, après trois ans, vous pouvez toujours revendre votre PC quelques centaines d’euros. Néanmoins, la machine Shadow, elle, bénéficiera de nouveautés : un nouveau GPU, un nouveau CPU… ce qui n’est pas non plus à négliger quand on est un gamer sensible aux performances de sa machine.

Quid de la sécurité ?

C’est une question qui a été posée : le PC sous Windows 10 mis à disposition est régi par les mêmes lois qui régissent les données dans le cloud. Notez que les machines sont situées à Marcoussis en France.

Il faudra donc protéger votre PC, comme si c’était un « vrai » PC : anti-virus, anti-malware, pare-feu… vous connaissez la chanson.

Quelles options pour personnaliser sa machine ?

Plusieurs options seront disponibles : il sera, par exemple, possible de rajouter du stockage : un disque dur 1 To, ou même plusieurs To, depuis une interface d’administration. On se retrouvera sans doute avec des configurations que l’on retrouve sur les offres Cloud des hébergeurs comme OVH, avec la possibilité d’activer des options en quelques secondes.

Quelles évolutions pour sa machine ?

Bien entendu, ce que l’on voit actuellement est une V1. L’équipe nous a parlé des prochaines évolutions : il sera, par exemple, possible de passer sur une GTX 1080, moyennant une dizaine d’euros de plus par mois.

Nous imaginons ensuite les différentes options : plus de mémoire RAM, l’accès aux nouvelles cartes graphiques, du multi-core… pour le moment ils ont préservé une offre simple. C’est sans doute la meilleure chose à faire pour convaincre les premiers clients.

Est-ce que la VR fonctionne ?

Est-ce que le HTC Vive ou encore l’Oculus Rift fonctionnent ? Pour le moment, pas vraiment. Ce n’est pas un soucis technique mais l’équipe en charge du service n’a pas eu le temps de lever les incertitudes sur cet usage.

Mais à en écouter les développeurs, il faudra attendre quelques semaines pour que ça soit fonctionnel. Il n’y a pas, a priori, de blocages techniques : d’autres équipes dans le monde ont réussi à faire fonctionner de la VR en cloud computing. De toutes façons, Shadow sera en rodage quelques semaines, la VR et les différents clients font partis de la road map des prochaines mois.

L’équipe derrière le projet

L’équipe derrière le projet est une jeune startup créée en 2014 avec quatre co-fondateurs et une quinzaine d’employés.

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Parmi les fondateurs, on retrouve Emmanuel Freund, Acher Criou et Yann Dirson.

Quelles sont les alternatives de cloud computing orientées gamers ?

Il existe pléthore de solutions : des solutions BtoB, du jeu à la demande, du cloud computing… Shadow n’est pas le premier à se lancer dans l’aventure, le cloud computing existe depuis au moins 30 ans.

NVIDIA propose son service GeForce Now (environ 10 euros/mois), sur la Shield Android TV par exemple. SFR, Orange et d’autres FAI ont également des offres de cloud gaming.

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Les offres OVH RunAbove

OVH possède une offre nommée RunAbove avec une configuration quasi-identique, de la GTX 1070 ou de la 1080. Les prix, par contre, bien plus élevés : environ 160 à 200 euros par mois.

De son côté, Sony a racheté la société Gaikai et récupéré des brevets à la fermeture d’OnLive pour mettre sur pied son PlayStation Now. Celui-ci permet de jouer à environ 150 jeux PS3 sur PS4 via le streaming, mais aussi sur certaines TV (dont des Samsung et Sony). Son tarif mensuel est ainsi de 19,99 dollars, ou 12,99 livres. Depuis peu, il est aussi possible de s’abonner à l’année pour 99,99 dollars. On peut également louer certains titres dans un catalogue en comptant de près de 400 pour des périodes de quelques heures à 3 mois, pour des tarifs allant de 2 à 15 dollars environ.

Quand est-ce que cela sera disponible ?

L’offre sera disponible en pré-commande le 27 octobre à 20h30 sur www.shadow.tech (offres limitées), et les premières machines seront mises à disposition dès la fin de l’année.

L’entreprise compte convaincre 3 000 joueurs d’ici mars 2017, cela leur permettra ensuite d’enclencher la seconde étape : une disponibilité plus massive de l’offre en Europe, mais aussi aux États-Unis. L’ambition est loin d’être petite.

Qu’en pensons-nous ?

La promesse fait rêver et le produit est suffisamment avancé pour que la société en soit fière. On la voit confiante. Maintenant, les prochains mois seront décisifs : il va falloir convaincre des gamers PC de tester et de rester. Il va falloir également dimensionner les serveurs et les architectures pour s’adapter à une montée en puissance avec plusieurs centaines de clients connectés simultanément.

Puis, avoir suffisamment de fonds pour investir dans des serveurs locaux partout dans le monde. Nous verrons alors si l’un des futurs de l’informatique qu’on nous promet depuis des années s’est vraiment dessiné dans l’esprit d’une startup française.

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