La Ville de Paris et Cisco ont installé des dizaines de capteurs sur l'ensemble de la place de la Nation pour identifier avec précision les pratiques des passants. Une action qui s'inscrit dans le cadre d'un test visant à optimiser le réaménagement du lieu, en vue de rendre la ville plus intelligente.

Avec huit voies de circulation et dix artères, la place de la Nation est un hub de circulation majeur à Paris, au croisement des 11e et 12e arrondissements. Chaque jour, des milliers de personnes empruntent ce nœud routier. Le lieu revêt donc une importance stratégique pour la Ville de Paris, alors qu’elle est engagée dans un vaste projet de réaménagement de ses sept grandes places.

C’est dans ce cadre que la capitale s’est alliée avec Cisco pour installer tout un tas de capteurs sur la place. Leur rôle ? Fournir des informations en temps réel afin de mieux connaître les usages de ceux qui passent quotidiennement sur ce très grand rond-point ou à proximité, et de transformer le lieu en fonction de leurs besoins.

« On croise des jeux de données pour en tirer des enseignements », explique Jean-Louis Missika, adjoint à la marie de Paris qui est chargé, entre autres, de l’urbanisme. « Cela nous permet de tester des solutions, de jouer avec des hypothèses de réaménagement pour savoir quelles seront les conséquences pour les automobilistes, les piétons, les cyclistes, les riverains. C’est de l’urbanisme tactique », ajoute-t-il, en présentant les nouvelles installations de cette place ultra-connectée.

Nous faisons de l’urbanisme tactique

Par exemple, le jardin au milieu de la place de la Nation est l’endroit le plus agréable et le plus reposant du site. Néanmoins, pour y accéder, il faut avoir le courage de traverser les voies. Du coup, peu de personnes en profitent. L’une des questions prioritaires pour le réaménagement du lieu est donc la suivante : Quelles seraient les fermetures de circulation automobile les plus efficaces pour faciliter l’accès au jardin ? Pour trouver les solutions les plus adéquates à ce genre d’interrogations, les capteurs fournis par Cisco mesurent un grand nombre de données, allant des déplacements de tous les modes de transport au le bruit, en passant par la pollution.

Si vous passez par la place de la Nation, vous aurez peut-être l’occasion d’apercevoir tous ces nouveaux dispositifs destinés à rendre le lieu plus intelligent. En jetant un coup d’œil aux abords du rond-point, vous remarquerez de grands poteaux — qui ne sont pas vraiment esthétiques — bardés de capteurs.

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Caméras

19 caméras surplombent ces poteaux. En filmant la place, elles évaluent son taux de fréquentation. Les images sont analysées par un logiciel qui reconnaît les voitures, les piétons et les cyclistes et comptabilise chaque passage. Les caméras déterminent aussi quel mobilier urbain est utilisé. Autrement dit, il devient par exemple possible de savoir les bancs les plus prisés. Afin de rassurer ceux préoccupés pour leur vie privée, la Ville de Paris fait savoir que les images enregistrées sont floues de façon à ce que personne ne puisse être identifiable.

Pollution

La qualité de l’air est aussi pris en compte. 5 capteurs calculant le degré de pollution ont été placés de part et d’autre de la place de la Nation. En fonction de la circulation et du vent, le niveau de polluants peut sensiblement varier selon l’endroit où l’on se trouve. Dès lors, il est possible de connaître les lieux où l’air ambiant est le plus nocif pour réfléchir ensuite à des solutions pérennes.

Bruit

P1010567À l’instar de toutes les grandes villes, la capitale est sujette à la pollution sonore, À Nation, 14 sonomètres ont été installés pour capter le bruit ambiant. Ces données pourront notamment être comparées avec la circulation des véhicules motorisés. Le nombre de décibels est affiché en temps réel sur 4 panneaux qui indiquent si le son environnant est modéré, fort ou excessif. Comme pour toutes les autres données, celles-ci seront utilisées pour savoir quelles modifications doivent être opérées. La place de la Nation est destinée à être en grande partie « piétonnisée ». Par conséquent, le bruit est un enjeu majeur dans l’amélioration du confort des passants.

Connexion

Pour évaluer le nombre d’appareils mobiles qui passent tous les jours, 12 bornes wifi ont été installées. Elles comptent le nombre de terminaux connectés au réseau. Le dispositif sait également quand un appareil passe plusieurs fois sur la place — encore une fois, de manière anonyme, tient à rassurer la mairie.

Température

Au sein d’une même place, il fait plus chaud à certains endroits et plus frais à d’autres. Cela peut avoir un effet non négligeable sur le confort des piétons. Grâce à la dizaine de capteurs de température déployés dans la zone, il sera possible de savoir quels sont les coins les plus touchés par la chaleur, ce qui aidera la capitale à hiérarchiser ses priorités de réaménagement.

Ordures

Capteur verre

Les données enregistrées permettent de connaître le taux de remplissage des containers à verre. Il y en a deux à Nation. Grâce à un petit appareil connecté installé au-dessus et à l’aide d’un système d’ultra-son, il est possible de savoir à quel point la colonne de verre est pleine. On peut imaginer que ces informations seront utilisées pour optimiser le passage des camions de ramassage des déchets. Ou alors pour estimer la consommation de bières des riverains…

Des plantes intelligentes

Toujours dans le cadre du réaménagement de la place de la Nation, la startup allemande Green City Solutions a installé deux murs végétaux connectés (un troisième viendra s’ajouter bientôt). D’après Dénes Honus, PDG et cofondateur de l’entreprise, chaque City Tree, (« arbre de ville », en français) absorbe autant de pollution que 275 arbres classiques. Un argument de taille puisque « 1,6 million de personnes meurent chaque année dans le monde à cause des particules fines et de l’oxyde d’azote », explique-t-il. Ces murs verts sont alimentés par des panneaux solaires et récoltent l’eau de pluie pour irriguer les plantes. Chaque plant est équipé de capteurs enregistrant l’état de la mousse, le niveau d’eau mais aussi le degré de pollution de l’air et sonore.

City Tree

Les capteurs de Cisco récolteront des données jusqu’à la fin de l’année 2016. Hélas, cette expérimentation ne concerne que la place de la Nation. Le réaménagement prévu des six autres lieux publics ne bénéficiera pas d’informations aussi subtiles et complètes. Cela s’explique notamment par le fait que l’installation des dispositifs nécessite un investissement relativement lourd, ne serait-ce qu’en termes de temps consacrés. Les données récoltées à Nation sont en accès libre depuis la plateforme Open Paris mise en place par la mairie.

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