Pour souligner les paradoxes de la quête actuelle de confidentialité, des économistes ont mené une vaste et déprimante enquête. Combien coûte l'abandon de tout bon sens en matière de protection des données ? ont-ils en substance demandé à leurs étudiants. Il suffit apparemment d'offrir des pizzas gratuites.

Paradoxe de la confidentialité numérique : peu d’argent, peu de coûts, banalités  : l’étude des économistes Susan Athey, Christian Catalini et Catherine Tucker pour le Bureau national des études économiques américain fait beaucoup parler.

En étudiant, à Stanford et au MIT, les comportements de leurs étudiants lorsqu’il s’agit de faire des choix pour préserver leurs données personnelles, les trois chercheurs dressent un bilan assez désespérant : ils ont plutôt tendance à dire ce qu’ils font mais pas à faire ce qu’ils disent.

Pizza contre confidentialité, who would win ?

Au début de l’année 2014, les enseignants se sont penchés sur le comportement de plus de 4 400 étudiants pour déterminer les facteurs décisifs des choix numériques faits par ces derniers.

Le premier essai — le plus éloquent — des professeurs consiste à tenter d’obtenir des adresses mail en échange de pizzas gratuites. Or, selon l’étude, 98 % des étudiants ont accepté de livrer les adresses mail de leurs proches en échange de pizzas gratuites. En dehors de la nature humoristique du test, les chercheurs voulaient prouver qu’une fois mis en situation, les internautes ne sont pas aussi prudents qu’ils le pensent ou prétendent l’être.

CC Pixabay

Christian Catalini confirme, comme vous le pressentiez, que le résultat obtenu est déprimant et souligne un problème de conscience : « Quand vous pensez à certains des résultats de notre étude, ils sont potentiellement déprimants car de plus en plus de nos données deviennent numériques. Et le fait qu’il est si simple de pousser les gens à prendre de mauvaises décisions pour leur confidentialité est alarmant. »

Mais les pizzas ne résument pas à elles seules l’étude approfondie des économistes qui ont également réussi à démontrer que la manière dont une interface est créée détermine les choix de confidentialité réalisés par l’utilisateur. Ils ont ainsi pu observer que toutes complexité et friction baissaient, parfois radicalement, l’intérêt de l’utilisateur pour la préservation de sa propre confidentialité.

Alors que 74 % des Américains estiment que le contrôle de leurs données personnelles est très important pour eux, les pizzas de l’étude viennent écorner l’idée que cette quête de confidentialité se concrétise par les bons choix, une fois assis devant un écran d’ordinateur.

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