Les Français ont rendez-vous cette semaine avec Star-Lord et ses camarades de space opera afin de retrouver l'étonnant cocktail de James Gunn : beaucoup d'humour, pas mal de style et des bons sentiments à revendre -- soit la meilleure équation Marvel à ce jour.

Un miracle s’opère-t-il deux fois ? Difficilement.

Les Gardiens de la Galaxy Vol. 2  nous montre qu’il est, sans surprise, impossible de rejouer le coup de poker qu’était le premier volume de la franchise Marvel : un film proche du nanar qui collait parfaitement avec l’époque et séduisait très largement.

Efficace, ébouriffant et mièvre, Les Gardiens n’est pas tant une réussite intemporelle qu’un génial pied de nez à deux décennies de cinéma super-héroïque. Avec un tel long-métrage, James Gunn réussissait son entrée dans le monde des grands d’Hollywood en imposant aux studios Disney une révolution volontaire et zélée dans laquelle aucun des préceptes tant défendus par Marvel n’était respecté.

Marvel’s Guardians Of The Galaxy, 2014

Exit les lignes jaunes qui creusaient un étroit filon dans lequel les Tony Stark et autres Thor se glissaient pour lancer quelques vannes avant de revenir sur leur vrai dossier : le bien et le mal, humour en option. Bye bye le bon goût vieillot des couleurs froides, des photos réalistes et des subplots moraux pour les Captain America. Au revoir les sanglots longs des violons qui parachevaient les scènes monumentales des Avengers. Bonjour les synthés crados et les CGI 80’s !

Les Gardiens ont changé Marvel, Marvel a donc changé Les Gardiens

Gunn se jetait dans le genre pour le salir, le tenir à bout de bras jusqu’à le voir s’étioler et finalement n’en saisir que quelques bonnes idées qu’il disséminait dans un loufoque space opera tellement série B qu’il était aussi crédible que fascinant.

Rythmée par les Jacksons 5 et les Blue Swede — ooga shaka ! — l’épopée de Star-Lord regardait dans toutes les directions : E.T., Rencontre du Troisième Type, Star Wars IV, Blade Runner et finalement très peu en direction des Marvel Studios.

Conclu comme une romance seventies par un désormais légendaire Ain’t No Mountain High Enough spatial, le film avait frappé si fort que le super-héros n’y avait pas résisté : c’était jouissif, anarchique et moderne.

Cette réussite n’a pas échappé aux box-office qui ont consacré la franchise parmi les 5 films les plus rentables du studio alors même qu’elle n’avait pas d’Avengers pour vendre des tickets : aucune tête d’affiche, seulement un regroupement forcé de quelques personnages peu populaires. Or quand un tel miracle commercial et créatif se produit, il interroge nécessairement les financiers, les investisseurs et les directeurs artistiques.

Et bien rapidement, le style Gunn était saupoudré sur différentes productions afin que le MCU s’oriente doucement vers ce type de films. La preuve la plus évidente de cette nouvelle direction est Doctor Strange qui bien que prévu depuis longtemps tirait manifestement parti de nombreux délires du Cinematic Universe selon Gunn. Les couleurs se saturent jusqu’à l’extrême, les pouvoirs deviennent des occasions de jouer avec de très chers — mais sciemment extravagants — effets visuels et l’air de rien, le MCU plonge la tête la première dans un monde qui n’a plus rien à voir avec celui de la bataille de New-York.

Guardians of the Galaxy a de bonnes chances de rester la meilleure franchise Marvel

Nécessairement, lorsque la deuxième itération des Gardiens est dévoilée, la surprise n’existe plus. Le style Gunn étant devenu la nouvelle obsession des studios — vous croyez que nous n’avons pas vu que Suicide Squad tentait un truc du genre ? — retrouver celui-ci n’a plus rien d’ébouriffant, ni même de surprenant. Regardez la bande-annonce de Ragnarok : même le vieillissant et soporifique Thor regarde désormais du côté de Star-Lord et son univers cheapos 80’s. Et pourtant, malgré la redite, Guardians a de bonnes chances de rester la meilleure franchise Marvel, jusque-là — en toute subjectivité.

Mélodrame héroïque

La qualité du travail de Gunn ne tient pas qu’à son style visuel et ses penchants pour le burlesque, elle tient également à son amour indéfectible pour les personnages, leur complexité, leurs rapports à l’identité et à la collectivité.

Bien loin du travail de construction du héros auquel nous ont habitué Marvel et DC depuis les années 2000 dans lequel l’interrogation principale est toujours relative au Bien et au Mal, la seule interrogation de Gunn est moins attendue, plus humaine et tient souvent en quelques mots : qui suis-je sans les autres ? Cela donne aux aventures de ses personnages une envergure très Star Trek (version cinéma), fleurant bon l’humanisme, l’amour de son prochain et la bonne rigolade entre copains (de toutes races, de toutes planètes).

Dans ce deuxième volume, il n’est donc pas question de ce qu’il faut faire pour le prétendu bien de l’Univers — le monde est sauvé par mégarde ! — mais de ce qu’il faut faire pour être soi, être uni avec soi-même afin de se lier aux autres. Autrui qui est ici la seule bonne raison d’exister comme le souligne par ses actes Star-Lord, mais qui est également le vrai champ de bataille : tout le jeu du film est de découvrir qui est quoi en son essence.

Père ? Copain ? Gentil ? Weirdo ? Égoïste ? Pervers ? Complexé ?

Gunn avait expliqué qu’il souhaitait faire un film sur la famille.

Génialement, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 a la même résonance que la phrase de Gide, je vous hais. Alors qu’il avait écrit pour son premier film un très fort lien mère-fils, Gunn déconstruit ici comme un Lucas dans L’Empire Contre-Attaque. Moins brillant, peut-être, mais pas moins volontaire quand il s’agit de définir le Père, de jouer avec les contours de la notion, son rôle identitaire et la fracture nécessaire de la filiation. En fin de compte, Gunn crédibilise ses personnages autour de réflexions sorties d’un mélodrame sur le divorce. Étrange et touchant.

Or si l’on parle forcément du papa de Pratt et donc du fiston, nous ne pouvons oublier les autres personnages qui font un bon en avant considérable dans le film. Parfois au prix de quelques longueurs, Vol. 2 creuse sa matière unique : ses losers grand cœur ultra-attachants. Et chacun y gagne son arc narratif supplémentaire, qui affine, concrétise et nuance Nebula, Rocket et Yondu.

Les seuls perdants du nouveaux films sont Groot — dont la réduction à l’état de bébé est visiblement un symptôme Ewoks (aka : faire un personnage mignon pour vendre énormément de jouets) —  et Drax dont les ambivalences très développées dans le premier film disparaissent au profit des autres personnages. Mais de manière générale, ils gagnent énormément grâce à ce deuxième coup de pinceau, et rien que cela justifie l’existence de cette suite.

Du style malgré les longueurs

C’est sur l’écriture de la structure du film que se situe sûrement la principale réserve que nous aurons. Démarrant très rapidement pour finalement se laisser appesantir sur des longueurs, le rythme sonne moins entraînant que ne pouvait l’être le premier dont la dynamique était présente chaque minute, à la manière d’un détonateur dans ses dernières secondes. Ici nous avons plutôt un sablier qu’il faut retourner à deux reprises — ce n’est pas grave mais l’effet wow du premier scénario s’estompe.

Visuellement, la surcharge est bien plus présente que durant le premier film. Le voyage sur Ego par exemple rappelle les délirants effets de Strange. Des effets parfois brillants pour le scénario — les sculptures de la planète vivante — et souvent sans aucun autre intérêt que le voyage esthétique, même douteux. Cela ne cache pas un problème visuel plutôt important : les batailles spatiales.

Véritable exercice de style, pure chorégraphie et défi permanent du cinéaste, la bataille dans l’espace nécessite plus de rigueur que n’en a Gunn. Loin de la défaite de l’Invicible Armada, ses joutes aquatiques — spatiales — ressemblent d’avantage à des parties de Space Invaders.

La référence est peut-être volontaire mais visuellement, une vue subjective d’une bataille est bien moins excitante que les Destroyers en carton pâte de Lucas qui jouaient à la bataille navale.

Finissons quand même sur les deux imparables arguments Gunn : l’humour et la musique.

Premièrement, Vol. 2 est drôle, vous rirez souvent et penserez à de nombreuses reprises même si de nombreuses blagues auront un petit air de déjà vu. Toutefois rassurez-vous, de nouveaux runnin’ gags sont introduits et ils fonctionnent également très bien. Parfois, comme souvent chez Marvel, le film cède à la facilité de nous expliquer des blagues que nous avons déjà comprises depuis cinq bonnes minutes mais à en croire les rires à retardement de ma salle de projection, ce n’est pas inutile.

Brandy, you’re a fine girl but my life, my lover, my lady is the sea

Deuxièmement, Vol. 2  est à nouveau une excellente playlist, mielleuse, ringarde, sexy et anachronique.  Une de ses plus belles scènes  est orchestré avec The Chain des Fleetwood Mac pour un résultat qui met tout simplement la chair de poule — nous aimons beaucoup trop le rock des seventies mais cette chanson est un chef d’œuvre en toutes occasions.

On apprécie également le lien qui se produit entre la musique et les dialogues, une manière de filer un côté broadway de l’espace très chouette et qui prend tout son sens avec la très touchante discussion père fils sur la signification de Brandy de Looking Glass…

Ou encore l’utilisation, peu crédible mais mignonne, de Father and Son de Cat Stevens. Et à cause de la bande-son, comme lors du premier film, c’est toujours un peu extatique que nous sortons de notre séance, en se contenant pour ne pas exécuter quelques pas de notre plus beau disco.

Est-ce parce que l’époque requiert des James Gunn pour nous assommer de mièvreries et de kitsch que nous l’aimons autant ? En rentrant de ma projection à la Vilette ce jeudi, j’apprenais qu’un policier avait été tué sur les Champs-Élysées. Nous extraire temporairement d’un monde aussi fou demande peut-être, avec férocité, l’extravagance d’un Gunn.

Les Gardiens de la Galaxy, vol. 2

En bref

Les Gardiens de la Galaxy, vol. 2

Dans le nouvel univers Marvel qui nous attend durant les prochaines années, l'espace, les pouvoirs magiques et les démiurges seront souvent présents. Et pour introduire ces nouveaux mondes qui doivent supplanter le vieux MCU de Stark et Hulk, The Guardians of the Galaxy était la première salve. Strange la seconde, et la suite des Gardiens, le clou du spectacle. 

Or s'il n'est pas aussi bon que le premier opus de James Gunn, ce nouveau Gardiens n'a aucun mal à nous faire oublier les faiblesses de Strange et la facilité de Civil War. Car malgré la redite, Gunn reste, de toute la flopée de cinéastes Marvel, le plus doué dans la transgression.

Avec son audace visuelle, stylistique et psychologique, Gunn continue de tirer sur le vieux film de super-héros et nous invite à imaginer un futur canon pour ce genre, croulant sous ses propres stéréotypes. Touchant à tous les vices du film de genre -- le spectaculaire, l'émotionnel, le rigolo et le groove -- Gunn signe un nouveau nanar à très gros potentiel. 

Top

  • Style impeccable
  • Construction psychologique touchante
  • David Hasselhoff

Bof

  • Structure hésitante
  • On a compris : Groot est mignon
  • Les batailles spatiales

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