Membre du SPIIL et reconnu site de presse d'information politique et générale, Yagg est un pure player de référence sur les questions de genre et de diversité. Mais dans un contexte français difficile pour les médias LGBT, ce média web est aujourd'hui en grande difficulté.

Il y a moins d’un an, Têtu disparaissait des kiosques, emportant avec lui une certaine idée de la publication communautaire à large tirage. Aujourd’hui, ce sont nos confrères de Yagg.com qui se trouvent à leur tour en difficulté financière. Membre du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL), comme Numerama, et reconnu comme un site d’information politique et générale, le média spécialisé dans son traitement des questions de genres, de diversité et de sexualité est un des derniers acteurs mainstream de la presse communautaire française. Et malheureusement, elle semble mourir à petit feu.

Comme l’écrivait Florian Bardou il y a déjà un an sur Slate, la presse LGBT semble être emportée par une double tendance, celle de la normalisation d’une communauté qui, en même temps, se disloque progressivement. « Un argument que l’on entend souvent de la bouche des jeunes (et moins jeunes) homos : à l’heure du mariage et de l’adoption ouverts à tous et toutes, de la normalisation et de la banalisation de l’homosexualité au sein de la société, à l’heure de l’égalité des droits, la presse LGBT – ou communautaire – n’aurait plus de raison d’être.  »

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Depuis les récentes victoires, pourtant difficilement acquises, des droits sur le mariage pour tous, l’idée que la représentation des LGBT n’a plus besoin de sa propre parole semble traverser une communauté en mal d’unité. Et il y a, évidemment, une autre tendance, moins politique, qui est la difficulté d’établir en France un média sur le web. Une difficulté que connaissent toutes les publications françaises et qui est accentuée dans certains secteurs.

Youtube vs le web

Comme nouveaux acteurs, il y aurait également YouTube et les blogs qui auraient repris une partie du besoin d’information et de représentation qui était jusque-là assuré par la presse plus traditionnelle. Ainsi sur les sujets de santé et de sexualité, qui ont forgé des grands titres comme Le Gai Pied, les internautes tendent à se rendre sur des médias moins classiques.

Un confrère proche de ces publications qui souhaite rester anonyme nous confie qu’une situation politique et intellectuelle bien française n’a jamais aidé les publications communautaires, qu’importe leur sujet : « En France, la presse communautaire n’a jamais trouvé son modèle économique, que ce soit sur papier ou sur le web. » Pour lui, un des éléments de réponse viendrait d’une certaine vision des minorités dans le pays : « La France est baignée à « l’universalisme républicain », une philosophie qui a du mal avec les identités particulières et la notion de communauté. » Une réalité effectivement très hexagonale, alors qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les titres LGBT prospèrent et se diversifient, avec des références comme The Advocate.

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Mais que l’on en soit lecteur, ou non, comme l’expliquait Thomas Dupuy, qui s’occupe des archives du Gai Pied, « la presse LGBT reste particulièrement indispensable d’un point de vue symbolique, politique et militant  ». Le rôle de la presse LGBT est essentiel dans le traitement d’une information qui échappe aux médias mainstream, mais également dans la visibilité d’une minorité qui, malgré ses avancées politiques, ne profite toujours pas d’une normalisation de sa visibilité.

De plus, les difficultés que la société française entretient avec les processus de représentation, qui sont pourtant nécessaires pour lutter contre l’homophobie et toute autre forme de discrimination, doivent nous encourager à penser le rôle des médias de la diversité comme légitimes et utiles à chacun.

Il est donc naturel pour Numerama de vous inviter à connaître le travail de Yagg.com et, si vous le souhaitez, à envisager de soutenir un média indépendant dans une période particulièrement difficile, tant qu’il ne trouvera pas de repreneur.

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