Eric Schmidt, le président exécutif d'Alphabet (l'entreprise-mère de Google) serait intervenu pour faire licencier l'économiste d'un think tank largement financé par Google. Son tort : s'être félicité de l'amende record imposée à l'entreprise par la Commission européenne.

Peut-on critiquer Google quand on fait partie d’un think tank largement financé par le géant de Mountain View ? Oui, mais au risque de perdre sa place, à en juger par le sort réservé à Barry Lynn, un économiste du groupe de réflexion New America, largement financé par Google (qui a versé de 21 millions de dollars au think tank).

Selon le New York Times, le spécialiste s’est en effet fait licencier cet été, quelques jours seulement après avoir publié un article sur le site de New America. Le responsable du programme interne Open Markets, habitué à critiquer la domination exercée par les géants des télécoms et du web, s’y félicitait de l’amende record de 2,4 milliards d’euros infligée à Google par la Commission européenne pour ses pratiques anti-concurrentielles.

L’article de Barry Lynn aurait fortement déplu à Eric Schmidt, le président exécutif d’Alphabet, la compagnie-mère de Google (dont il a été le patron pendant 10 ans). Eric Schmidt, qui a aussi financé personnellement New America — qu’il présidait jusqu’en 2016 — n’aurait donc pas tardé à faire connaître son mécontentement à Anne-Marie Slaughter, l’actuelle présidente du think tank aux plus de 200 membres.

Eric Schmidt

« Google et Eric Schmidt étaient mécontents »

Quelques jours après la publication de l’article — qui a dans un premier temps brièvement disparu du site avant de réapparaître sans la moindre explication au bout de quelques heures –, Barry Lynn s’est vu convoquer par la présidente. « Anne-Marie a indiqué à Barry qu’Eric Schmidt lui avait dit qu’il était prêt à cesser son financement de [tout le think tank]. [Elle lui] a clairement fait comprendre que Google et Eric Schmidt étaient mécontents et qu’il y avait de gros problèmes  » raconte Sarah Miller, une membre de l’équipe de Lynn également remerciée par New America.

Barry Lynn affirme pour sa part au New York Times que la présidente a bien cédé face à la pression exercée par Eric Schmidt et Google, qu’il fustige dans le même temps : « Google répond très présent lorsqu’il s’agit d’inonder Washington et Bruxelles d’argent pour ensuite tirer les ficelles. Les gens ont vraiment peur de Google à l’heure actuelle. »

Depuis la publication de l’article initial, le think tank a publié, à des fins de « meilleure contextualisation », d’autres mails échangés entre Barry Lynn et Anne-Marie Slaughter.

Le quotidien américain avait effet cité un message de la présidente de New America qui semblait attester indirectement de l’intervention de Google : « PENSE simplement au fait que tu es en train de mettre en danger le financement d’autrui. […] Nous tentons d’étendre notre relation avec Google sur des points clé. »

Google de nouveau au cœur d’une polémique

Les mails publiés depuis par New America montrent toutefois les tentatives de conciliation opérées par Anne-Marie Slaughter : « Comme je te l’ai dit, il est temps pour Open Markets et New America de se séparer, du fait de tes violations répétées de nos normes institutionnelles et de nos valeurs concernant les avertissements et la coopération dès lors que les actions d’un programme affectent les autres. » Dans un autre message, elle indique : « Je suis déçue de ta réponse, étant donné que je t’ai répété clairement plusieurs fois que je ne prends pas cette décision à cause d’une réaction de Google. Je n’ai eu aucun contact avec Google depuis [notre dernier échange] du 26 juin ».

La révélation de cette affaire intervient quelques semaines après la polémique qui a gagné Mountain View à cause de la publication en interne d’un plaidoyer sexiste par un salarié — qui est devenu un héros de l’extrême droite depuis son licenciement.

L’entreprise compte une force de lobbying importante, comme en attestent les visites régulières de ses salariés à la Maison Blanche sous les deux mandats de Barack Obama. En juillet, le géant de Mountain View s’est aussi vu accuser par son concurrent Oracle de financer des études universitaires qui servent ses intérêts.

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