Un ancien agent de la DGSE, expert de la sécurité informatique de l'Etat, indique que la France n'arrive pas à contraindre Microsoft à livrer certaines informations sur le noyau Windows.

Ancien cryptanalyste de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE),  lieutenant-colonel à la retraite de l'armée de Terre, directeur de la recherche du groupe ESIEA (École supérieure d'informatique, électronique, automatique), Eric Filiol a livré une interview au site ITPro, à l'occasion de la conférence Hack In Paris, qui s'est déroulée du 17 au 21 juin.

Le spécialiste de la sécurité des systèmes d'information était venu y parler des enjeux du contrôle des technologies par les Etats. Or pour lui, "la France n’a plus les moyens d’assurer sa souveraineté et sa sécurité" face aux multinationales qui disposent de pouvoirs exorbitants. "Il est beaucoup plus difficile de contraindre une société privée qu’un État", assure-t-il, avant de livrer un exemple.

"L’État français n’arrive pas à obtenir certaines informations techniques précises sur le noyau Windows. Un pays doté de l’arme nucléaire et membre du conseil de sécurité des Nations-Unies ne peut pas contraindre Microsoft de lui donner des informations nécessaire sur un système qui est absolument partout".

Le risque, bien sûr, est de découvrir des backdoors mis en place par Microsoft pour l'Etat américain, ou plus simplement pour Microsoft lui-même, notamment à des fins d'espionnage industriel. Eric Filiol rappelle à cet égard, alors que la polémique a porté ces derniers mois sur les routeurs chinois (pour des raisons beaucoup plus économiques que sécuritaires) que "l’attaque de l’Élysée en mai 2012, ce ne sont pas des chinois qui l’ont faite mais bien des américains". L'expert ne prend aucune précaution diplomatique et confirme que ce sont bien les Etats-Unis qui ont piraté l'Elysée, même si ces derniers ont toujours démenti.

Enfin, l'ancien cryptanalyste de la DGSE confirme en creux qu'il n'existe pas actuellement de système de chiffrage qui ne peut être déchiffré par l'Etat. "Imaginez que demain on découvre des systèmes de chiffrement inviolables. Si vous les donnez à tout le monde, vous aurez des pédophiles ou des terroristes qui seront  définitivement protégés", prévient-il.

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