Huawei, ZTE et Samsung pourraient bientôt être exclus de  certains marchés en France. Le gouvernement envisage en effet d'écarter plusieurs entreprises asiatiques, au nom de la sécurité nationale. Mais derrière ce projet se cache aussi des motivations économiques. Mais la marge de manœuvre est étroite, car une telle mesure pourrait affecter par ricochet d'autres sociétés françaises.

Que ne ferait-on pas au nom de la sécurité nationale ! Selon Les Échos, le gouvernement envisage de bannir un certain nombre d'équipements de télécommunications conçus par des firmes asiatiques. Mais l'exécutif, qui n'a pas encore arrêté sa décision, raisonne aussi sur le plan du patriotisme économique : son industrie, en particulier Alcatel-Lucent, est durement concurrencé dans ce secteur.

L'exclusion des firmes asiatiques de certains marchés permettrait de satisfaire deux objectifs :

D'une part, le gouvernement suivrait ainsi les recommandations de Jean-Marie Bockel. Celui-ci suggère "d'interdire sur le territoire national […] le déploiement et l'utilisation de routeurs ou d'autres équipements de cœur de réseaux qui présentent un risque pour la sécurité nationale". Selon Les Échos, le gouvernement veut écarter deux firmes chinoises (ZTE et Huawei) et une société sud-coréenne (Samsung).

D'autre part, elle donnerait un coup de pouce notable à Alcatel-Lucent. La société française a en effet procédé à de nombreux licenciements depuis 2007 et été contrainte de mettre en gage ses 29 000 brevets pour obtenir un prêt de 2 milliards d'euros auprès pour résorber une partie de sa dette. Une stratégie qui inquiète l'État, qui ne veut pas que le groupe perde la propriété de ces brevets.

Il n'est pas impossible que le gouvernement français profite de la remise du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale pour justifier sa décision d'écarter les produits de Samsung, ZTE et Huawei. Celui-ci doit être publié ce mois-ci et doit faire de la cyberdéfense l'une de ses grandes priorités selon le journaliste Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions militaires.

La France n'est pas la seule nation à chercher à exclure le matériel asiatique de certains marchés. Les États-Unis et le Canada ont pris des mesures similaires ou vont le faire, au nom de la sécurité nationale. Plus récemment, la société américaine Sprint Nextel et le géant japonais SoftBank ont également indiqué leur intention de se passer des équipements de Huawei.

Selon Les Échos, l'ANSSI aimerait revoir la réglementation actuelle afin d'étendre ses prérogatives à d'autres composants utilisés dans les réseaux de télécommunications. L'agence envisagerait par exemple de bannir des stations de base dans le mobile et d'interdire l'utilisation de centres basés à l'étranger capables d'intervenir à distance sur les réseaux français.

Mais en voulant aider Alcatel-Lucent, le gouvernement pourrait handicaper d'autres firmes. SFR et Bouygues se fournissent beaucoup chez les équipementiers asiatiques. De son côté, Alcatel-Lucent a récemment délocalisé un de ses centres en Roumanie pour en réduire les coûts, alors même que le gouvernement songe à les interdire dès lors qu'ils peuvent menés des opérations sur les infrastructures nationales.

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