En tant que média qui décide de laisser passer certains contenus ou d'en supprimer d'autres, Facebook a une responsabilité dans l'acceptation ou le rejet social de certaines pratiques. C'est le cas pour l'allaitement, pour lequel il assure ne pas vouloir supprimer les photos, quand bien même elles montrent des seins théoriquement proscrits sur le réseau social.


(illustrations : Tania Garcia Gouix)

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui mène actuellement une bataille pour que l'allaitement reprenne vigueur après plusieurs décennies de déclin, "si les mères et les familles étaient encouragées à allaiter au sein, de nombreuses vies pourraient être sauvées". Parce que le lait maternel a des qualités que le lait artificiel n'a pas, en particulier sa richesse en anticorps, l'OMS recommande d'allaiter exclusivement au sein pendant les six premiers mois de la vie l'enfant, et même de continuer l'allaitement (complémenté) jusqu'à ses deux ans, "voire plus".

"Au-delà de ses bienfaits immédiats, l’allaitement maternel aide à rester en bonne santé tout au long de la vie", assure l'Organisation mondiale de la santé, qui précise que "une fois adultes, les personnes qui ont été allaitées au sein ont souvent une tension artérielle et une cholestérolémie plus basses et souffrent plus rarement de surpoids, d’obésité ou de diabète de type 2". Pour la femme aussi, des bienfaits sont réputés. "L’allaitement atténue le risque de cancer du sein et de l’ovaire à un âge plus avancé, aide les femmes à retrouver plus vite leur poids d’avant la grossesse et permet de lutter contre l’obésité".

Mais encourager l'allaitement au sein comme le souhaite l'OMS, c'est devoir lutter à la fois contre la libération des femmes qui grâce aux biberons ne sont plus condamnées à un rôle de nourricière après la grossesse, et contre une certaine pudibonderie qui fait qu'il est inconvenant d'allaiter en public. Dévoiler un sein pour donner à manger à son enfant n'est pas perçu comme quelque chose de naturel, mais de provocateur, dans les sociétés occidentales.

Or les médias, au sens large, ont un rôle crucial pour lever ce deuxième obstacle social. Si l'image d'une femme allaitant est courante dans les médias, le faire "dans la vraie vie" ne sera plus perçu comme un manque de savoir-vivre. C'est pour cela qu'aux Etats-Unis, une activiste de l'allaitement a créé un groupe Facebook dédié aux mères qui allaitent, pour utiliser le réseau social comme un média qui permet de déculpabiliser les femmes qui souhaitent allaiter en public. Mais en principe, Facebook interdit les images de seins sur son site. 

Victime de cette politique, l'activiste a toutefois obtenu de Facebook qu'il s'excuse après avoir supprimé son compte, par deux fois, parce qu'elle choisissait d'y afficher des photos d'elle en train de donner le sein à ses enfants de 3 et 5 ans. Facebook a parlé d'une suppression "accidentelle" et s'est excusé, signifiant ainsi sa volonté de ne plus censurer ce type d'images.

"Ce n'est pas juste", avait-elle critiqué. "J'essaye de faire quelque chose de bien pour les mères, et je me fais exclure pour avoir posté des images de l'acte le plus beau qu'une femme puisse faire pour son enfant".

En France, plusieurs groupes Facebook dédiés à l'allaitement existent, dont le principal réunit plus de 3000 membres, mais ils n'affichent aucune photo publique. Ou alors il s'agit de clichés "artistiques", qui n'ont pas le même impact pour l'acceptation sociale du phénomène.

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