Pas question de laisser Free Mobile devenir le bouc émissaire des turpitudes du secteur de la téléphonie mobile. Xavier Niel s'est fendu d'une tribune dans laquelle il défend l'intérêt d'un quatrième opérateur dans un domaine qui était aux mains d'un oligopole uniquement concerné par sa rente.

Il y a de l’électricité dans l’air entre Free Mobile et Arnaud Montebourg. Une semaine après les propos très critiques du ministre à l’encontre du régulateur des télécoms, qu’il accuse de faire « des choix politiques en lieu et place du politique » et de n’avoir comme seule obsession que la concurrence sans limite, Xavier Niel a décidé de prendre la plume et de répondre par média interposé.

Dans une longue tribune publiée sur Les Échos, Xavier Niel est revenu sur les raisons qui ont conduit à créer un opérateur de téléphonie mobile. « Le quatrième opérateur mobile n’est pas né de la seule rencontre de la volonté d’un entrepreneur avec la supposée myopie des pouvoirs publics. Le marché français du mobile était un oligopole« , puisque contrôlé par trois acteurs se partageant tout le secteur.

Sur les raisons

Malgré les lourdes sanctions infligées par l’Autorité de la concurrence, cet état de fait a perduré et donné naissance aux « offres commerciales parmi les plus chères et les plus complexes d’Europe« . Le quadruple play est ensuite arrivé, « afin d’éliminer du marché les opérateurs ne disposant pas d’une licence mobile, et a lutté simultanément avec toute l’énergie possible contre l’attribution d’une quatrième licence« .

Certes, Xavier Niel reconnaît que l’arrivée de Free Mobile a bousculé le secteur de la téléphonie mobile. L’arrivée d’un quatrième opérateur détenteur de sa propre licence 3G et déterminé à bâtir son propre réseau d’antennes-relais est une situation déplaisante pour Orange, SFR et Bouygues Télécom. Mais les difficultés du secteur n’ont pas attendu Free Mobile pour se faire connaître.

Sur l’emploi

Entre 1998 et 2009, l’emploi dans les télécoms s’est fortement contracté : plus de 32 000 postes ont été détruits, tandis que « l’installation de centres d’appels offshore sous-traités a commencé il y a bien longtemps, du temps de l’oligopole soucieux de sa rente« . Free Mobile, qui n’a lancé ses offres commerciales que début 2012, n’a pas été le déclencheur de cette réduction de postes.

Le vice-président en charge de la stratégie d’Iliad rappelle d’ailleurs que la mise en place de Free Mobile a permis de créer des emplois. Certes, l’opérateur n’a pas pu compenser à lui seul la disparition en onze ans de 32 000 postes. Mais 1500 personnes ont été recrutées depuis et Free dispose aujourd’hui de cinq centre d’appels en France, contre un seul en 2008, « avec des effectifs qui ont quintuplé« .

Sur l’investissement

Xavier Niel a également souligné l’approche différente de Free Mobile en matière d’investissement par rapport à ses adversaires. « Regardons les ratios investissement / chiffre d’affaires des parties en présence : France Télécom, SFR et Bouygues Télécom ont des investissements qui représentent de 12 % à 20 % de leur chiffre d’affaires. Iliad est à plus de 50 % en 2011« .

Où va le reste ? Essentiellement dans la distribution des dividendes. « Il est colossal chez nos concurrents, quasi nul chez nous. Cela veut dire que l’oligopole distribue des dividendes beaucoup plus qu’il n’investit et ces dividendes partent très majoritairement chez des investisseurs institutionnels rarement domiciliés en France« . Et Xavier Niel de rappeler que 5,5 milliards d’euros de dividendes seront encore versés.

Quand Arnaud Montebourg applaudissait l’arrivée Free Mobile

Ce ne sont là que quelques-uns des points soulevés par Xavier Niel dans sa tribune, qui en comporte beaucoup d’autres. Mais de façon générale, le principal actionnaire d’Iliad paraît regretter le temps où Arnaud Montebourg, désormais ministre, avait salué l’arrivée de Free Mobile, estimant que celui-ci « vient de faire avec son nouveau forfait illimité plus pour le pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans« .

Est-ce surprenant ? Arnaud Montebourg n’est certes pas officiellement en charge de la consommation au sein du gouvernement Ayrault. C’est Benoît Hamon, ministre délégué à l’économie sociale et solidaire et à la consommation, qui s’occupe de ce secteur. Mais de là à rebondir aussi rapidement sur les éléments de langage d’Orange, SFR et Bouygues Télécom, il y a une marge.

Et surtout, l’Arcep n’a pas été la seule entité à soutenir l’arrivée de Free Mobile. La Commission européenne a validé la licence 3G du nouvel entrant, tout comme l’Autorité de la concurrence, l’OCDE, la commission Attali ou encore les associations chargées de défendre les intérêts du consommateur.

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