Jean-Michel Jarre estime qu'Internet est devenu un outil marketing "brutal, cynique et intrusif", qui sera rejeté par les prochaines générations. Trop radical ?

Le mois dernier, le chanteur Prince avait assuré au moment de la promotion de son dernier album qu’Internet était « complètement fini« , et qu’il était hors de question pour lui de proposer ses chansons sur les plateformes de musique en ligne. « Internet, c’est comme MTV. À une époque, MTV était à la mode et puis c’est devenu soudainement obsolète. De toute façon, tous ces ordinateurs et gadgets numériques ne sont pas une bonne chose« , expliquait-il.

Jean-Michel Jarre, qui passe pourtant pour un innovateur voire un visionnaire, est sur cette même longueur d’onde. Il voit dans le réseau mondial un outil à la fois dangereux et éphémère, qui mourra d’être passé de mode.

« Toute drogue vendue sur Internet est dangereuse. L’Internet est aussi une drogue, c’est une façon très simple de vendre de la drogue. Le plus triste avec Internet, c’est la façon dont le rêve anarchique est devenu l’outil marketing le plus brutal, cynique et intrusif. Je prédis que la prochaine révolution culturelle viendra des enfants d’aujourd’hui. Ils vont voir dans le net, un mensonge horrible et une exploitation qu’ils vont rejeter« , prédit-il.

Au delà de la prédiction de la mort du net, qui est trop radicale et ignore la place qu’Internet a pris de manière pratique dans la vie quotidienne, ce que dit Jean-Michel Jarre n’est pas sans intérêt.

Ce qu’il semble critiquer, c’est avant tout la dérive prise par Internet, passé d’un outil libre et anarchique, capable de bouleverser le monde, à un outil repris en main par le marketing et les rois de la communication. C’est un discours qu’il faut entendre à l’heure où un demi milliard d’individus se connectent sur Facebook, où un maximum d’informations sur les internautes sont collectées par Google à des fins publicitaires, où les YouTube, Deezer, Hulu et consorts remettent de la centralisation et de la concentration sur un réseau autrefois décentralisé, déconcentré notamment par les outils P2P.

Peut-être qu’effectivement cet internet-là, trop commercial et recentralisé, sera bientôt rejeté par une jeunesse qui inventera autre chose, de l’intérieur. Le cas de Diaspora est peut-être, à cet égard, un exemple précurseur.

Mais cette révolution ne pourra avoir lieu que si le terreau de la liberté d’expression et de communication est précieusement conservé. C’est-à-dire si la neutralité du net est protégée, pour ne pas que les services innovants et « révolutionnaires » soient bridés, au profit des services commerciaux déjà en place.

C’est pour cela que le débat sur la neutralité du net n’est pas uniquement technique ou économique, mais aussi et surtout politique.

(photographie de Jean-Michel Jarre par Cezary, licence CC by-sa 3.0)

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