Nicolas Sarkozy aurait appelé le directeur du Monde pour lui déconseiller de laisser le fondateur de Free Xavier Niel devenir l'un des principaux actionnaires du journal.

Mise à jour : Après le coup de téléphone, l’AFP indique que Nicolas Sarkozy a reçu le directeur du Monde Eric Fottorino à l’Elysée cette semaine, pour lui redire « que l’offre de reprise déposée par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel ne trouvait pas grâce à ses yeux ». Le chef de l’Etat milite pour l’offre de Claude Perdriel, le propriétaire du Nouvel Observateur, qui devrait avoir le concours de l’ancien directeur de cabinet de Bercy et actuel patron de France Télécom, Stéphane Richard. Ce dernier, avec sa directrice de communication Christine Albanel, propose un « partenariat industriel » avec le quotidien du soir.

Article du 8 juin 2010 – Le Président de la République entend bien avoir son mot à dire sur l’identité du prochain propriétaire du journal Le Monde. Ainsi, alors que le trio formé par Matthieu Pigasse (banquier d’affaires), Pierre Bergé (mécène issu de l’industrie du luxe) et Xavier Niel tient la corde, Nicolas Sarkozy veut marquer son désaccord avec ce dernier. Selon le journal Le Point, le chef de l’Etat aurait appelé le directeur du Monde, Eric Fottorino, pour lui dire tout le mal qu’il pensait du fondateur d’Iliad, la maison mère de Free. La conversation aurait eu lieu il y a une dizaine de jours.

« Tout en faisant mine de ne pas s’en mêler, Nicolas Sarkozy concentra ses critiques sur Xavier Niel, présenté comme « un homme du peep-show », peu digne d’entrer au capital du journal fondé par Hubert Beuve-Méry« , raconte ainsi le journaliste Emmanuel Berretta. « Nicolas Sarkozy, même s’il est l’homme des grâces, n’a pas oublié que les premiers euros tombés dans la poche du jeune Xavier Niel étaient issus du business florissant du Minitel rose… Selon Nicolas Sarkozy, ce serait « une folie » de faire entrer Niel dans la bergerie du Monde« .

Xavier Niel avait effectivement fait fortune avec le minitel rose, avant d’investir dans plusieurs peep-shows parisiens. Mais si Nicolas Sarkozy ne veut pas voir Xavier Niel au capital du Monde, ça n’est probablement pas pour ses peep-shows. Dans le paysage des industriels qu’affectionne particulièrement l’ancien maire de Neuilly, Xavier Niel ne fait pas partie du cercle des intimes. Au contraire.

L’an dernier, Paris-Match avait publié un portrait de Xavier Niel dans lequel le magazine disait déjà que Nicolas Sarkozy lui était hostile. « Sarkozy n’a jamais digéré qu’il investisse dans Bakchich, qui le critique. Il le prend pour un gaucho« , expliquait une source gouvernementale. L’industriel a aussi financé le lancement de Mediapart, un journal en ligne d’opposition dirigé par l’anti-sarkoziste Edwy Plenel. Que ferait-il du Monde s’il en était l’actionnaire ?

Niel s’est aussi opposé farouchement à la loi Hadopi, dont le mécanisme de la riposte graduée est depuis longtemps cher à Nicolas Sarkozy, qui en a fait une affaire personnelle. Il l’avait imaginé dès la loi DADVSI, alors qu’il n’était encore qu’un ministre de l’intérieur prêt à partir en campagne. Encore récemment, Xavier Niel a rappelé qu’il n’était pas question de livrer l’identité de ses abonnés à l’Hadopi sans une indemnisation financière que le gouvernement ne semble pas prêt à lui accorder.

Ce comportement de trublion a valu à Xavier Niel de voir Nicolas Sarkozy retarder autant que possible l’entrée de Free sur le marché de la téléphonie mobile, ce qui au passage a bien arrangé les affaires de son grand ami Martin Bouygues.

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