Nicolas Sarkozy continue de saboter l'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile. Le Président de la République s'est déclaré mardi "réservé" sur la possibilité de voir un nouveau concurrent troubler l'actuel triopole des opérateurs mobiles.

Malgré la publication de l’appel d’offres, tout n’est pas encore joué pour Free. Mardi, alors qu’il recevait les députés UMP peu avant le vote du projet de loi Hadopi à l’Assemblée Nationale, le Président de tous les Français a une nouvelle fois porté atteinte à l’arrivée d’un nouvel opérateur sur le marché de la téléphonie mobile. Selon l’AFP, qui cite un témoin de la rencontre, Nicolas Sarkozy se serait déclaré « assez réservé sur le choix d’un quatrième opérateur mobile ».

Reprenant un discours déjà entendu chez Orange, Bouygues et Vivendi, le Président de la République a estimé que « le prix le plus bas n’est pas forcément le meilleur« .

Cette déclaration suit de quelques semaines les déclarations de l’ami personnel de Nicolas Sarkozy, Martin Bouygues, qui s’était dit sceptique sur l’arrivée d’un nouveau concurrent sur le marché mobile.

« Quelles garanties a-t-on que cette licence ne va pas surtout profiter aux industriels asiatiques qui bénéficient d’une aide massive de leurs gouvernements ?« , avait surenchéri au début du mois Jean-Bernard Lévy, le président de la maison mère de SFR, Vivendi. Il avait alors affirmé que « la guerre des prix existe déjà en France« , et que « les Français bénéficient déjà de prix parmi les plus bas d’Europe« .

Depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, l’Elysée ne cesse de faire obstacle à l’accession de Free au marché de la téléphonie mobile. Dès novembre 2007, le Président avait décidé d’outrepasser les compétences de l’Arcep et de Bercy et de prendre lui-même en mains le dossier de la quatrième licence 3G. Depuis, alors que la licence 3G aurait due être obtenue dès février 2008, l’octroi des précieuses fréquences se fait au rythme d’une ligne très bas débit. En avril 2008, il avait même été fait écho de l’intention de Nicolas Sarkozy de renoncer purement et simplement à ouvrir le marché à un quatrième opérateur.

Finalement, à contre-coeur, Nicolas Sarkozy avait décidé que les 15 Mhz allaient être scindés en différents lots, ce qui a relancé tout le processus d’octroi des licences. Le dossier fut alors repoussé à 2009… sur fond de chantage aux opérateurs déjà titulaires des licences : Orange, SFR et Bouygues. Et de manipulation contre Free, pour qui la licence 3G fait office de carotte s’il ne joue pas de trop les provocateurs contre le marché et l’Etat.

Après une première offre à 206 millions d’euros fixée par le gouvernement, le prix de la licence a été réévalué à 240 millions d’euros après avis de la Commission des participations et des transferts, mais Orange a immédiatement annoncé qu’il saisirait Bruxelles pour contester le prix jugé toujours trop bas. SFR a décidé de se joindre à l’action, et Bouygues Telecom devrait suivre. Les trois opérateurs avaient payé chacun 619 millions d’euros au début des années 2000 pour des licences complètes.

Comme l’avait expliqué le Canard Enchaîné en mai dernier, le but est de retarder au maximum l’échéance, malgré les pressions de Bruxelles. « La réglementation prévoit en effet qu’Orange, SFR et Bouygues céderont à tout nouvel entrant une partie de leurs fréquences sur la meilleure bande, celle des 900 MHz. Mais à une condition : que la licence soit attribuée avant le 30 juin 2010« , racontait le journal. « Au-delà, ils ne devront plus rien au quatrième opérateur. Celui-ci ne disposerait alors que de fréquences sur la bande des 2100MHz, laquelle nécessite 3 fois plus d’antennes pour fonctionner. La couverture de la totalité du territoire lui couterait 9 milliards au lieu de 3, selon un haut fonctionnaire de Bercy. Cela rendrait l’opération irréalisable« .

« Je me suis acheté un château, ce n’est pas pour laisser les romanichels venir sur les pelouses« , avait un jour prévenu Martin Bouygues auprès de Nicolas Sarkozy.

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