L'ancien président de Sun Microsystems est revenu sur le conflit opposant Apple à Google. Selon lui, les brevets logiciels ne devraient pas servir à régler ses comptes avec la concurrence. Les entreprises devraient plutôt allouer des ressources à l'innovation, plutôt qu'à la résolution de conflits judiciaires.

C’est l’avantage de ne plus être soumis à un quelconque devoir de réserve. Depuis sa démission le 4 février dernier suite au feu vert de la Commission européenne autorisant le rachat de Sun Microsystems par Oracle, l’ancien directeur général de la société américaine, Jonathan Schwartz, a beaucoup plus de latitudes pour exprimer son opinion sur ses années passées à la tête de l’entreprise et les dernières actualités du petit monde de l’informatique.

Et il ne s’en prive pas. Dans un blog au titre particulièrement évocateur (What I Couldn’t Say… – Ce que je ne pouvais pas dire…), Jonathan Schartz est revenu sur le conflit indirect entre Apple et Google qui a pris la forme d’une plainte pour violation de brevets contre le fabricant taïwanais HTC. En effet, c’est lui qui est en charge de construire le Nexus One, un smartphone conçu par la firme de Mountain View et qui accueille le système d’exploitation Android.

À ses yeux, les sociétés se servent des brevets comme d’une arme offensive font fausse route. « Pour une entreprise high-tech, aller au conflit sur le terrain des brevets logiciels semble être un acte de désespoir, en s’en remettant à la justice plutôt qu’au marché » a-t-il écrit dans un billet intitulé « les bons artistes copient, les grands artistes volent », une pique très clairement adressée à Steve Jobs qui soutenait il y a bien longtemps cette philosophie.

En réalité, poursuivre une autre entreprise pour une question de brevet est même contre-productif. Selon Jonathan Schwartz, cela va même attiser la curiosité des employés de l’entreprise procédurière, puisqu’ils vont se demander pourquoi diable leurs dirigeants s’inquiètent de la concurrence au point de passer par les tribunaux. Logique, puisque tous les projecteurs vont se braquer sur cette affaire. C’est le cas pour le dossier très épineux entre Nokia et Apple par exemple.

« Après avoir vu cet épisode se dérouler à plusieurs reprises, la poursuite d’un rival le rend généralement plus intéressant. Je sais que les développeurs ne seront pas moins intéressés par la plate-forme Android de Google, ils seront en réalité assez curieux – les actions d’Apple ne font que renforcer cet intérêt« . En d’autres termes, la firme de Cupertino se tire d’une certaine façon une balle dans le pied.

L’autre gros risque en adoptant un tel comportement, c’est d’inciter l’entreprise ciblée à riposter. C’est d’ailleurs ce que fit à plusieurs reprises Sun Microsystems pour se défendre des attaques d’Apple et de Microsoft. Par le passé, l’ex directeur de l’entreprise a effectivement fait face à des menace de plainte à peine voilées, qui ne se sont pas toujours concrétisées pour la bonne et simple raison que Sun aurait pu également poursuivre ces sociétés pour les mêmes raisons. En somme, chacun se tient en respect et c’est au premier qui craquera.

Dès lors, pour Jonathan Schwartz, le brevet ne doit pas être utilisé comme une arme commerciale. Dans le pire des cas, cela peut éventuellement servir à tenir à distance les sociétés qui seraient tentées de lancer une procédure judiciaire pour x ou y raison (mais bien souvent pour des questions de concurrence). D’ailleurs, il y a quelques années, il l’avait écrit dans un papier : les vraies compagnies innovantes innovent, elles ne se lancent pas dans des aventures judiciaires.

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