Les tarifs de recharge publique des véhicules électriques en France sont marqués par des écarts considérables, selon une étude publiée par la CLCV. Même branchés sur une même borne, deux automobilistes peuvent payer des montants radicalement différents en fonction du seul mode d’accès utilisé.

Les conducteurs de voitures électriques peuvent s’estimer heureux puisque la France fait partie des pays d’Europe où les bornes de recharge sont les plus présentes. En mai 2026, selon l’Avere France, le réseau de recharge public pour véhicules électriques atteignait la barre des 195 000 points ouverts au public, soit une progression de 16 % en un an.

Mais derrière cette dynamique encourageante se cache une réalité moins reluisante : les tarifs pratiqués sont devenus un véritable maquis tarifaire, où le prix final dépend moins de l’énergie consommée que de la façon dont le conducteur a branché son câble. C’est ce que pointe du doigt une enquête de l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV) publiée ce 12 juin 2026.

Le mode de paiement, premier déterminant du prix de la recharge

La recharge publique offre plusieurs manières d’accéder au service :

  • Paiement direct à la borne
  • Badge ou application via un opérateur de mobilité (MSP)
  • Abonnement préférentiel

Sur le papier, ces options semblent anodines. En pratique, elles génèrent des écarts de prix spectaculaires. Pour une recharge en courant alternatif triphasé (puissance comprise entre 22 kW et 50 kW), la CLCV a relevé des tarifs en accès direct autour de 0,36 €/kWh.

Badge de recharge pour bornes électriques // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Badge de recharge pour bornes électriques // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Sur ces mêmes infrastructures, certains opérateurs de mobilité affichent des prix allant jusqu’à 1,033 €/kWh, soit un surcoût de près de 190 % pour un service techniquement identique. « Le choix d’un badge ou d’une application devient ainsi un déterminant majeur du prix final », assure l’association.

Opérateur borneTarif ad hoc (€/kWh)MSP le moins cher (€/kWh)MSP le plus cher (€/kWh)Écart max
Opérateur A0,3600,3901,033+187 %
Opérateur B0,3910,3300,690+76 %
Opérateur C0,6500,3900,850+31 %
Opérateur D0,4400,3000,690+57 %
Opérateur E0,4670,3900,890+91 %
Exemples de tarifs selon le mode d’accès — AC triphasé (janvier 2026)

Des tarifs en hausse, déconnectés du coût de l’électricité

Entre 2024 et 2026, le prix de gros de l’électricité sur les marchés a connu une forte volatilité, avec notamment une phase de baisse suivie de remontées progressives. Les tarifs de recharge publique, eux, ont suivi une trajectoire nettement plus linéaire : à la hausse, et de façon relativement insensible aux fluctuations des marchés de gros.

Mercedes EQA en charge sur borne // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Mercedes EQA en charge sur une borne. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

La CLCV soulève que « la recharge publique peut être significativement plus coûteuse, parfois dans des proportions importantes, que la recharge à domicile, alors même que la composante énergétique du coût peut, dans certains cas, être relativement proche ».

À titre de comparaison concrète : sur une base de 20 kWh pour 100 km, parcourir 100 km en recharge publique coûte environ 6 € au tarif de 0,31 €/kWh, 13 € à 0,65 €/kWh, et jusqu’à 18 € à 0,90 €/kWh.

Des modes de facturation qui brouillent les pistes

La question du prix va au-delà du seul montant affiché au kWh. Les opérateurs recourent à une diversité de modèles de facturation : prix à l’énergie, prix à la minute, forfait par session et souvent une combinaison des trois. Sans oublier les potentiels frais annexes. Cette architecture tarifaire complexifie considérablement toute tentative de comparaison.

OpérateurType de facturationCoût/kWhCoût total
EbornAu kWh0,50 €24,21 €
IziviaAu kWh0,58 €28,09 €
Shell Recharge BasicAu temps + frais connexion0,84 €40,57 €
EnBW (100 kW DC)Au temps + parking >4h0,89 €42,88 €
Simulation d’une recharge identique (48 kWh rechargés, 20 %→80 %, Peugeot E-5008 73 kWh)

La facturation à la minute peut notamment se révéler pénalisante suivant la puissance de recharge qu’est capable d’encaisser la voiture à l’instant T, ce qui arrive selon le niveau de batterie ou la température.

Des disparités territoriales, surtout à l’échelle locale

À l’échelle des régions, les écarts de prix moyens restent relativement modérés. Mais dès que l’on affine l’analyse au niveau départemental ou à celui d’un réseau spécifique, les différences deviennent saisissantes. Pour un même opérateur, les tarifs peuvent varier du simple au triple selon le département, et ce, sans que la qualité ou la puissance de service diffère.

OpérateurDépartementTarif min (€/kWh)Tarif max (€/kWh)Écart
Opérateur AAlpes-Maritimes0,3281,162255 %
Deux-Sèvres0,2860,792177 %
Paris0,3640,787116 %
Opérateur BHauts-de-Seine0,2700,960255 %
Haut-Rhin0,2700,948251 %
Sarthe0,2700,792193 %
Opérateur CGironde0,2500,850240 %
Rhône0,2500,650160 %
Écarts tarifaires au sein d’un même réseau — AC triphasé (janvier 2026)

Ce que demande la CLCV

Face à ce constat, l’association formule plusieurs demandes aux pouvoirs publics et aux opérateurs. Elle appelle d’abord à étendre aux bornes de moins de 50 kW (AC) — qui constituent la grande majorité du parc — les obligations de transparence déjà applicables aux bornes plus puissantes (DC), notamment l’affichage du prix en euros par kWh et l’accès au paiement par carte bancaire sans inscription préalable.

La Smart #5 à l'essai // Source : Robin San Vicente pour Numerama
La Smart #5 à l’essai // Source : Robin San Vicente pour Numerama

La CLCV demande également que les écarts entre tarif direct et tarif via opérateur de mobilité soient rendus lisibles et comparables avant toute recharge, et plaide pour la mise en place d’un observatoire national des prix de la recharge publique. Enfin, elle souhaite une simplification des structures tarifaires, avec la généralisation du prix au kWh comme référence principale.

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