Petite révolution chez Nissan : le constructeur japonais se réveille pour accélérer la conception de ses futurs modèles en deux ans seulement, loin des lenteurs traditionnelles de l’Archipel.

Face aux ventes en berne et à l’insolente rapidité des constructeurs chinois, le constructeur japonais se décide enfin à passer la seconde. Pour Ivan Espinosa, à la tête de Nissan depuis avril 2025, le constat est désormais limpide : « La Chine définit actuellement les normes industrielles de demain en matière de technologie, de compétitivité des coûts et de délais de développement », vient-il de lâcher dans une interview accordée à Nikkei Asia, publiée le 12 juin 2026.

Pour un constructeur historique japonais, cet aveu est loin d’être neutre. Mais Nissan n’a plus vraiment le choix, il doit réagir et vite. Les ventes mondiales de la marque ont plongé de 6 % sur l’année fiscale 2025, atteignant même au Japon leur niveau le plus bas depuis 1993. Il faut accélérer l’arrivée de nouveaux produits sur le marché international. Comme Renault ou Stellantis, Nissan veut aussi diviser par deux ses temps de développement.

Nissan va changer complètement de méthode

Pour stopper l’hémorragie, Nissan va copier les méthodes de ses rivaux chinois, et cela commence par adopter leur vitesse de développement des nouveaux véhicules. Traditionnellement, concevoir une nouvelle voiture au Japon prend du temps. Beaucoup de temps.

Nissan Ariya vert Nayoro et akatsuki copper // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Les ventes de Nissan Ariya patinent. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Il faut compter généralement cinq ans entre les premiers coups de crayon et la sortie d’usine. Une éternité à l’ère de l’électronique et du logiciel, qui a laissé Nissan sur le carreau avec une gamme vieillissante.

L’objectif d’Espinosa est clair : passer à un cycle de développement de 30 mois maximum, et appliquer cette méthode flash à 90 % de la gamme d’ici à la fin de l’année fiscale 2026.

Le premier cobaye de cette révolution industrielle ne sera pas une voiture électrique, mais la prochaine génération de la berline Skyline : sa conception aura pris 26 mois, contre 55 mois pour sa devancière. Une révolution !

Pour réussir ce tour de force, Nissan mise massivement sur l’intelligence artificielle et la numérisation absolue des phases de design, de tests et de fabrication. Une accélération culturelle majeure alors que le reste de l’industrie japonaise (Toyota en tête) peine encore à prendre la mesure de cet enjeu de vélocité, préférant souvent temporiser ou défendre le moteur thermique traditionnel plutôt que de bouleverser des processus industriels ancestraux.

Des partenariats pour avancer plus vite

Si Nissan panique, c’est aussi parce que sa transition électrique bat de l’aile. Les ventes de la Leaf et de l’Ariya sont tellement moroses que l’usine high-tech de Tochigi tourne au ralenti.

L’entreprise prévoit une offensive inédite de sept nouveaux modèles en un an pour redresser la barre, mais elle sait qu’elle ne pourra pas y arriver seule. Pour l’Europe, Nissan s’appuie encore massivement sur Renault pour ses nouveautés, ce qui lui permet déjà d’adopter ce cycle de développement raccourci, comme ce sera le cas pour la cousine japonaise de la Twingo.

C’est aussi grâce à sa coentreprise locale avec Dongfeng que Nissan a compris comment diviser par deux le temps de développement de sa nouvelle berline électrique N7, sortie en 2025. Un savoir-faire que le constructeur veut maintenant exporter dans ses usines mondiales.

Signature du partenariat entre Honda et Nissan // Source : Honda-Nissan
Signature du partenariat entre Honda et Nissan. // Source : Honda-Nissan

Nissan est également toujours en négociations avec Honda. Les discussions avancent pour standardiser les puces, les composants et potentiellement partager de la production en Amérique du Nord. Néanmoins, ce dossier semble avancer au rythme japonais, et non au rythme chinois. « Certains de mes prédécesseurs ne parlaient que d’argent », tacle Espinosa. Pour lui, le salut passera uniquement par l’attractivité et la nouveauté des produits. Reste à voir si le public répondra présent à ce traitement de choc.

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