Un projet de loi sénatorial visant à bloquer l’automobile chinoise (et ses composants) sur le sol américain introduit une clause sur l’actionnariat. Ce texte pourrait faire des victimes collatérales, comme le constructeur allemand Mercedes-Benz.

Dans leur offensive protectionniste pour tenir la Chine éloignée de leurs routes et de leurs constructeurs, les législateurs américains sont en train de créer une usine à gaz. Les États-Unis pourraient bien faire plusieurs victimes collatérales : Polestar en fait déjà partie, mais Mercedes-Benz pourrait aussi le rejoindre. Et la raison de cette exclusion a de quoi surprendre.

Le projet de loi « Connected Vehicle Security Act » est actuellement examiné par la commission du commerce du Sénat américain. Ce texte vise à sanctuariser l’interdiction des véhicules connectés et logiciels venus de Chine (mais aussi de Russie ou d’Iran). Pour éviter que les marques chinoises ne contournent la règle en rachetant des entreprises occidentales, les sénateurs ont ajouté un garde-fou : interdire tout constructeur dont plus de 15 % du capital est détenu par des entités chinoises. Ce nouveau règlement fait réagir certains sénateurs, comme le rapporte Reuters le 22 juillet 2026.

Un plafond à 15 %, juste de quoi pénaliser Mercedes

C’est là que le piège se referme. Le groupe Mercedes-Benz n’est pas largement détenu par des actionnaires chinois, toutefois, il en a deux qui détiennent presque 20 % du capital : 9,98 % pour BAIC et 9,7 % pour Li Shufu, le fondateur de Geely.

La Mercedes Classe C électrique (2026). // Source : Mercedes-Benz
La Mercedes Classe C électrique (2026). // Source : Mercedes-Benz

Si la loi est votée en l’état sans amendement, Mercedes ne pourra plus vendre ses Classe C et autres EQS sur le sol américain. Pour une marque qui produit environ 60 % des véhicules vendus aux États-Unis en Alabama (le reste étant produit en Europe), la situation frôle l’absurde.

Avec la chute des ventes en Chine, si Mercedes voyait également lui échapper le marché américain, cela pourrait représenter un véritable défi (de survie) pour le constructeur allemand.

Un coup bas de General Motors ?

Lors des débats, le sénateur Ted Cruz a ouvertement vendu la mèche en indiquant que General Motors a fait un lobbying féroce pour maintenir ce seuil de 15 %, sachant que cela pénaliserait le groupe Mercedes-Benz.

Si le gouvernement américain bannit Mercedes sous prétexte de « sécurité nationale », sa marque de luxe Cadillac se retrouverait débarrassée d’un de ses plus dangereux rivaux sans avoir à lever le petit doigt. Un coup de billard à trois bandes de la part du géant de Detroit, qui se retranche officiellement derrière « la protection des emplois et de l’industrie américaine ».

Le Cadillac Vistiq (2025) // Source : Cadillac
Le Cadillac Vistiq (2025). // Source : Cadillac

Le sort de Mercedes pas encore scellé, quid des autres constructeurs ?

Certains sénateurs tentent de rassurer en promettant des ajustements ou des dérogations sur mesure. Mais pendant que l’on cherche une porte de sortie diplomatique pour la marque allemande, d’autres marques risquent d’avoir du mal à éviter les sanctions.

Détenue majoritairement par le chinois Geely, Polestar a déjà officialisé son retrait du marché américain après s’être vue refuser une autorisation par les autorités. Et ce, alors même qu’elle produit son SUV Polestar 3 en Caroline du Sud !

Volvo, l’autre marque suédoise appartenant à Geely, a obtenu une dérogation temporaire pour pouvoir vendre ses prochains véhicules sur le marché américain. Toutefois, avec la réglementation des 15 %, elle se retrouvera tôt ou tard concernée par un arrêt des ventes. Ce qui devrait particulièrement faire les affaires de General Motors.

Pendant que la menace pèse sur plusieurs constructeurs européens, une startup américaine semble miraculeusement passer entre les gouttes malgré des liens assumés avec la Chine. Mais pour combien de temps ?

Lancement de la Faraday Future FX super one // Source : Faraday Future
Lancement de la Faraday Future FX super one. // Source : Faraday Future

Faraday Future tente de se relancer avec le FX Super One, un van doté d’un écran géant à la place de la calandre. Derrière le discours marketing sur « l’IA américaine », le véhicule n’est rien d’autre qu’un modèle chinois (Wey Gaoshan du groupe Great Wall Motors) réemballé et réimporté en pièces détachées pour contourner les taxes. Faraday Future est presque un cas d’école : une startup américaine adossée à des fonds et intérêts industriels chinois et dirigée par un patron chinois (YT Jia ou Jia Yueting). Pourtant, elle continue d’opérer comme si de rien n’était. Il faut dire qu’elle ne fait de l’ombre à aucun constructeur américain.

En voulant verrouiller leur marché avec des seuils d’actionnariat aveugles, les États-Unis s’emmêlent les pinceaux : ils pénalisent des fleurons européens créateurs d’emplois locaux, tout en laissant passer des véhicules chinois rebadgés par des petites marques locales. Le résultat est paradoxal.

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