Les tickets Navigo sur iPhone pourraient bientôt disparaître en Île-de-France. Dans un message publié le 18 mai 2026 sur X, Valérie Pécresse a alerté sur un possible arrêt du dispositif dans les prochaines semaines, en raison d’un conflit réglementaire impliquant Apple, la RATP, la SNCF et l’Autorité de régulation des transports.

Est-ce bientôt la fin des tickets de métro parisiens sur l’iPhone ? Depuis les Jeux olympiques de Paris 2024, les Franciliens peuvent acheter une grande partie des titres Navigo directement depuis leur iPhone. Plus besoin de faire la queue au guichet : il suffit de passer par l’application Wallet pour acheter puis valider son ticket.

L’innovation a rapidement trouvé son public. Mais ce service « risque de s’arrêter dans quelques semaines », a alerté Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, dans un message publié sur LinkedIn le 18 mai 2026.

Le message de Valérie Pécresse publié sur LinkedIn. // Source : Capture d'écran Numerama
Le message de Valérie Pécresse publié sur LinkedIn. // Source : Capture d’écran Numerama

Pourquoi les tickets de métro sur iPhone pourraient disparaître

Concrètement, ce service ne serait pas menacé parce qu’il fonctionne mal ou coûte trop cher, mais pour une raison avant tout réglementaire. Valérie Pécresse évoque un imbroglio « issu d’un contentieux porté par deux acteurs publics, soucieux de protéger leurs rentes : la RATP et la SNCF ».

Pour comprendre le conflit, il faut se tourner vers l’Autorité de régulation des transports (ART). Saisie par la SNCF et la RATP, l’institution estime qu’Apple ne se contente pas de fournir une technologie : en permettant l’achat direct de tickets dans Wallet, l’entreprise agirait aussi comme distributeur de titres de transport.

Or, les deux opérateurs considèrent cette situation désavantageuse face à Île-de-France Mobilités, qui bénéficie d’une intégration native dans l’écosystème Apple. Pour motiver sa décision, l’ART s’appuie sur la loi de 2019 sur les services de mobilité, pensée pour favoriser les services multimodaux et empêcher qu’un seul acteur ne verrouille la distribution des titres de transport.

Le régulateur veut donc imposer de nouvelles règles à Apple : l’entreprise devrait notamment proposer plusieurs vendeurs de billets (RATP, SNCF, IDFM, etc.) et ne plus intégrer directement l’achat dans son application. Ces obligations doivent entrer en vigueur le 20 août 2026. À défaut, Apple pourrait choisir de revoir en profondeur le fonctionnement du service, voire de le retirer complètement en Île-de-France.

Valérie Pécresse conteste toutefois cette interprétation. Selon elle, Apple est considéré à tort comme une société de transport, alors que Wallet constitue simplement « une solution technologique innovante partenaire de Île-de-France Mobilités ». Avant d’ajouter : « Ce qui ne fait pas d’Apple un concurrent des transporteurs, pas plus qu’Apple n’est un concurrent des banques avec son Apple Pay. »

Navigo Liberté+ sur iPhone dans APple Cartes. // Source : Numerama
Navigo Liberté+ sur iPhone dans Apple Cartes. // Source : Numerama

Une expérience utilisateur qui pourrait devenir beaucoup plus lourde

Selon la présidente de région, la mise en conformité imposée à Apple transformerait une expérience aujourd’hui très fluide en un parcours beaucoup plus complexe.

Au lieu d’acheter directement un ticket dans Wallet, l’utilisateur devrait choisir parmi une liste de vendeurs (RATP, SNCF, IDFM…), être redirigé vers l’App Store pour télécharger l’application du distributeur concerné, créer un compte puis enregistrer sa carte bancaire. Autrement dit, une simplification pensée pour fluidifier l’accès aux transports pourrait devenir un processus fragmenté et bien moins pratique.

Face à cette situation, Valérie Pécresse demande donc une modification de la loi afin de préciser clairement qu’Apple n’est pas un opérateur de transport, mais « un apporteur de solutions digitales, qui peut conventionner avec IDFM ou une société de transports ». Un amendement en ce sens a déjà été adopté au Sénat en avril 2026. Il doit désormais être voté par l’Assemblée nationale avant l’été.

« Le ministre des Transports Philippe Tabarot est en soutien. J’en appelle au Président de la République et au Premier ministre. Car ne pas adopter ce texte à temps reviendrait à saborder volontairement un service utile, plébiscité et qui fonctionne, à rebours de l’image innovante que nous voulons envoyer au monde », défend Valérie Pécresse sur LinkedIn.

Derrière le dossier Navigo, une bataille plus large autour des plateformes

Au-delà des tickets de métro, cette controverse illustre un affrontement plus large entre les grandes plateformes technologiques et les acteurs historiques des services publics. D’un côté, Apple impose un modèle très intégré, en contrôlant à la fois l’accès à la puce NFC de l’iPhone et l’expérience utilisateur. De l’autre, les opérateurs historiques cherchent à préserver leur rôle dans la distribution des billets — mais aussi l’accès aux données clients.

Ce bras de fer s’inscrit également dans un contexte européen plus vaste. Depuis l’entrée en vigueur du règlement sur les marchés numériques (DMA), l’Union européenne pousse déjà Apple à ouvrir davantage l’accès au NFC de l’iPhone pour les paiements, afin d’éviter qu’Apple Pay ne devienne un passage obligé.

Le dossier des transports suit la même logique : empêcher qu’un acteur privé ne devienne incontournable pour accéder à des services essentiels comme les transports publics. En parallèle, Île-de-France Mobilités prépare aussi l’extension de Google Wallet et d’autres solutions Android pour les titres dématérialisés, dans la continuité de la disparition progressive du ticket en carton.

Navigo dans Google Wallet. // Source : Numerama
Navigo dans Google Wallet. // Source : Numerama

Reste désormais une course contre la montre. Sans modification de la loi d’ici août 2026, les tickets de métro sur iPhone pourraient tout simplement disparaître en Île-de-France.

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