Google s'intéresse aux communications optiques en espace libre pour connecter plus facilement des régions. L'entreprise se félicite d'un essai en Afrique, entre deux villes.

Il y a ceux qui, comme Starlink, ont pour ambition de fournir un accès par l’espace, grâce à une constellation de satellites déployée tout autour de la Terre. Et il y a ceux qui s’imaginent pouvoir connecter le monde entier en restant au sol, en tirant non pas des câbles d’une ville à l’autre, mais des… lasers. C’est ce que propose Google, qui planche sur ce concept depuis 2017 au moins. Son nom ? Le projet Taara.

En fait, Google reprend une technologie déjà existante appelée FSOC (Free-Space Optical Communication), ou communication optique en espace libre. Cette approche remonte aux années 1880, quand Alexander Graham Bell a imaginé la téléphonie optique — on parlait alors de photophone. Il s’agissait de se servir de la lumière pour transporter la voix des deux correspondants.

La fibre optique se sert aussi de la lumière pour transporter des informations, via le laser — qui est tout bonnement de la lumière concentrée et dirigée dans un faisceau –, sauf que celle-ci est diffusée dans un fil entouré d’une gaine protectrice. L’approche du FSOC est de pouvoir faire ça à l’air libre. Si en 1880, la portée n’excédait pas 200 mètres, le projet Taara peut, lui, franchir plusieurs kilomètres.

Deux capitales africaines connectées

Une telle piste est-elle viable pour connecter des régions du monde mal pourvues en termes d’infrastructures de télécommunications ? C’est en tout cas ce que s’efforce de démontrer Google, à l’occasion d’un point d’étape publié le 16 septembre, sur le blog de son laboratoire dédié aux projets au devenir incertain. Le groupe présente en effet des données encourageantes pour l’Afrique.

Ainsi, une liaison laser entre Kinshasa, la capitale de République démocratique du Congo, et Brazzaville, la capitale de la République du Congo, a pu être établie entre les deux villes. Avantage ? Elle a servi à franchir sans difficulté le fleuve Congo, qui traverse la région et fait office de frontière entre les deux pays. Il aurait certes été possible de tirer des câbles, mais Google assure que ce serait au prix d’un détour considérable.

Taara FSOC
Détail d’une liaison FSOC. // Source : Google

« La connexion en fibre optique doit parcourir plus de 400 km pour contourner le fleuve », fait ainsi remarquer Google. Et faire passer les fils sous son lit est illusoire : celui-ci est possiblement le plus profond au monde, avec des relevés descendant à près de 220 mètres. En clair, si on ne peut pas passer par-dessous, alors c’est par-dessus qu’il faut tenter sa chance, et la technologie FSOC est là pour ça.

Reste alors deux questions : les débits étaient-ils suffisants pour servir les internautes à proximité, et la connexion suffisamment disponible et stable ? Car si le FSOC présente de toute évidence des points forts pour franchir des obstacles, naturels ou non, et éviter des détours très coûteux, encore faut-il pouvoir fiabiliser la liaison. L’expérience, qui a duré vingt jours, semble positive.

« Après avoir installé les liaisons de Taara pour transmettre la connectivité par-dessus le fleuve, la connexion a acheminé près de 700 To de données — l’équivalent de 270 000 visionnages d’un match de la Coupe du monde de la FIFA en haute définition — avec une disponibilité de 99,9 % », écrit Baris Erkmen, directeur de l’ingénierie. Mais encore faut-il qu’il fasse beau.

Car une liaison optique à l’air libre a besoin de conditions météorologiques favorables (et d’une ligne de vue dégagée) : s’il pleut, s’il neige, si de la brume ou du brouillard s’installe, le signal lumineux peut connaître des perturbations ou être rompu. Google l’admet d’ailleurs : Taara n’est pas forcément une solution déployable partout. L’entreprise déclare d’ailleurs viser des régions du monde qui bénéficient de bonnes conditions.

Le degré de disponibilité d’une liaison FSOC sur une distance de 10 km. // Source : Google

Une carte du globe partagée par Google montre d’ailleurs les zones qui semblent le mieux adaptées, pour une haute disponibilité du signal combinée avec une portée de 10 km. Outre l’Afrique, le Proche et le Moyen-Orient apparaissent comme de bons candidats, tout comme l’Inde et une partie du sud-est asiatique. La Russie et des portions de l’Amérique sont aussi des marchés potentiels.

Quant au débit lui-même, il n’a pas été mentionné directement dans le test entre les deux capitales africaines. Néanmoins, Google rappelle que le débit d’une liaison FSOC peut atteindre jusqu’à 20 Gbit/s — il s’agit d’un plafond : en pratique, le débit sera ensuite divisé en fonction du nombre d’internautes qui se trouvent à l’autre bout de la ligne et qui auront droit, a priori, à quelques dizaines ou centaines de Mbit/s.

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