Des députés souhaitent compléter le projet de loi sur le climat et la résilience en ajustant le cursus des ingénieurs en informatique pour qu'ils soient formés à l'écoconception logicielle.

L’Assemblée nationale examine depuis le 29 mars, en séance publique, le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets. Le texte, qui comporte 75 articles répartis en six chapitres, a d’ores et déjà été discuté au sein d’une commission ad hoc. Il y a encore beaucoup de travail : plus de 7 000 amendements ont été déposés.

Parmi eux, il y en a trois qui proposent de mieux former les ingénieurs et ingénieures en informatique à l’écoconception. Déposés respectivement les 22, 23 et 25 mars, les amendements 256, 1 103 et 6 668 visent peu ou prou la même chose : s’assurer que les nouvelles générations d’ingénieurs suivent obligatoirement un module sur l’écoconception des logiciels et des services numériques. L’un des amendements souhaite aller vite, et propose d’inclure ces modules dès la rentrée des classes de 2022.

L’amendement 256 entend même aller plus loin. Dans l’exposé des motifs, il est indiqué que l’obtention du diplôme dépend de la validation d’une attestation de compétences acquises en écoconception logicielle. Il s’agirait, poursuivent les parlementaires, de pallier un défaut dans la formation. Ils citent d’ailleurs Cédric O, le secrétaire d’État en charge des sujets numériques au gouvernement.

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« Mais pourquoi ça ne compile pas ? » // Source : Focusrite

« Les mesures relatives à l’écoconception des services numériques sont très faibles aujourd’hui. Quand on est formé au développement, on est peu sensibilisé à l’écologie du code ; il est nécessaire d’avancer sur ce sujet-là », disait-il le 2 décembre lors d’une audition au Sénat. Mais s’il se disait « favorable à une généralisation des modules », il rejetait l’idée de fixer des conditions pour l’obtention du diplôme, en faisant observer « qu’il n’existe pas de définition normative du contenu des diplômes d’ingénieurs ou de techniciens, mais une labellisation des formations ».

Le projet de loi propose une approche, modeste, à travers son article 18 bis, qui est né à la suite des discussions en commission. Il propose de modifier article L6211‑4 du code du travail pour y ajouter un encouragement aux salariés et aux entreprises pour se former sur les « impacts environnementaux du numérique et des nouvelles technologies, aux écogestes numériques et aux enjeux relatifs à la sobriété numérique ».

Il prévoit aussi à l’article 2 une action similaire dans les établissements scolaires, avec un ajout à l’article L312-9 du code de l’éducation d’une formation sur « une sensibilisation à l’impact environnemental du numérique ainsi qu’un volet relatif à la sobriété numérique ». C’est justement après l’article 2 que les trois amendements entendent se placer, puisqu’il s’agit toujours de sensibilisation et de formation dans le cadre scolaire.

Qu’est-ce que l’écoconception logicielle ?

Dans un amendement, les parlementaires décrivent l’écoconception comme une voie pour avoir moins d’impact sur l’environnement tout au long du cycle de vie du logiciel ou du service numérique. Dans un autre, ils évoquent la nécessité de former les informaticiens « à la sobriété numérique », pour « qu’ils puissent répercuter et diffuser ces bonnes pratiques et ces savoirs dans les structures qu’ils intègreront ».

L’écoconception « vise à réduire la quantité de ressources informatiques – serveurs, bande passante, puissance des terminaux utilisateurs, etc. – nécessaires pour une unité fonctionnelle donnée », précise GreenIT. Une unité fonctionnelle désigne un processus spécifique : afficher un article, effectuer une recherche en ligne, réserver un billet de train, consulter une fiche ou un inventaire, etc.

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L’écoconception ne concerne pas que le code informatique. Il vise d’autres compartiments de l’informatique. // Source : CommScope

Essentiellement, l’écoconception vise à obtenir un logiciel qui requiert moins de puissance pour fonctionner, pour économiser de l’énergie, et à s’interroger sur les fonctionnalités, en envisageant de retirer toutes celles qui ne sont pas critiques. Cela inclut aussi une phase d’optimisation du code informatique, mais cette phase n’occupe, selon GreenIT, qu’une part modeste. L’effort s’effectue plutôt en amont et en aval.

Cette question de l’optimisation du code informatique était déjà apparue il y a deux ans, à l’occasion d’une question écrite d’un député qui suggérait que l’on oblige les éditeurs de logiciels à consacrer un budget pour une programmation plus conforme aux problèmes environnementaux. La question posée à Cédric O n’a toutefois pas reçu de réponse, mais les amendements déposés pourront permettre d’en reparler à l’Assemblée.

On retrouvait également ce sujet dans un billet de blog écrit par un développeur, qui avait été remarqué. Intitulé « Le désenchantement du logiciel », le texte dénonçait la lourdeur des applications — phénomène que l’on appelle « bloatware » en anglais, traduit en « inflagiciel » (« logiciel qui enfle ») en français. Les programmes deviendraient inutilement trop complexes, trop massifs, trop énergivores.

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