Huawei prépare l'arrivée de HarmonyOS sur les smartphones en 2021. Plusieurs étapes sont prévues d'ici l'an prochain et le constructeur chinois pense qu'il sera alors prêt à quitter Android. Si nécessaire.

La feuille de route de HarmonyOS, le système d’exploitation maison de Huawei, se précise. Au cours d’une conférence s’adressant aux développeurs le 9 septembre, le fabricant chinois a donné des nouvelles importantes de son OS, qui a été présenté en août 2019 et qui est pensé comme une embarcation de secours dans le cas où il lui faudrait abandonner le navire, à savoir Android.

Sur le papier, HarmonyOS a été annoncé comme un système d’exploitation open source capable de s’exécuter sur un éventail très étendu d’appareils, allant des smartphones aux téléviseurs, en passant par les tablettes, les voitures ou encore les objets connectés — que les machines aient quelques dizaines kilooctets de mémoire vive ou bien qu’elles affichent plusieurs gigaoctets dans leur spécification.

Voilà pour le discours. Dans les faits, HarmonyOS est encore un projet très vaporeux pour le grand public. L’OS n’est ainsi pas encore disponible sur les smartphones, y compris sur ceux vendus par Huawei. Mais cela est censé changer avec HarmonyOS 2.0, dont le coup d’envoi a été officiellement donné lors de la Huawei Developer Conference. HarmonyOS 2.0 doit permettre à Huawei de déployer l’OS sur smartphone.

HarmonyOS
HarmonyOS, lors de sa présentation en 2019.

Un OS prêt pour les smartphones en 2021

À cette occasion, plusieurs jalons ont été annoncés : en décembre 2020, des outils, un kit de développement, de la documentation et un simulateur doivent être mis à disposition pour les développeurs. HarmonyOS 2.0 sera alors en version bêta. D’ores et déjà, toutes ces ressources sont proposées pour la déclinaison de l’OS pour les téléviseurs et les montres connectées.

Concernant la prise en charge des appareils, Huawei prévoit trois étapes : d’ores et déjà, l’OS est capable de tourner sur des matériels ayant une mémoire vive allant de 128 ko à 128 Mo. En avril 2021, ce support sera étendu aux machines ayant une RAM de 128 Mo à 4 Go. Enfin, en octobre 2021, les dispositifs ayant une mémoire vive supérieure à 4 Go seront gérés.

Ce calendrier concerne OpenHarmony. Il s’agit d’un projet qui est l’équivalent de ce qu’est AOSP (Android Open Source Project) pour Android. C’est la version open source d’Android sans le moindre Google. L’une des grandes interrogations, toutefois, est de savoir si cette initiative attirera les foules, qu’il s’agisse des développeurs ou bien du grand public, ou si des réticences à changer d’environnement se feront jour.

Un filet de sécurité pour Huawei

HarmonyOS apparaît comme un filet de sécurité placé par Huawei dans le cas où il serait contraint de quitter Android. Publiquement, le constructeur chinois assure que son avenir peut très bien s’écrire avec cet OS, mais il n’est pas sûr qu’il souhaite vraiment délaisser un OS présent sur la grande majorité (environ 80 %) des smartphones et qui lui a permis de ravir la première place des fabricants de smartphones.

Le développement de ce projet a été provoqué par les sanctions américaines prises à son encontre, puisque Huawei n’a plus le droit d’avoir accès aux services de Google — que ce soit ses applications (Gmail, Maps, YouTube, etc.) ou bien à sa boutique logicielle Google Play. Or, le marché occidental, biberonné aux services et aux logiciels américains, pourrait ne pas suivre et préférer un écosystème qu’il connaît.

Huawei Mate 30 // Source : Numerama

En poussant Huawei dans ses derniers retranchements, l’administration prend toutefois un risque : faire émerger un puissant acteur dans les systèmes d’exploitation qui ne soit pas américain, à la différence de Google et Apple. Et acteur qui pourrait récupérer le marché chinois d’une part, et ses centaines de millions de mobinautes, et peut-être même venir chasser sur les terres internationales d’Android et iOS.

Ce scénario est toutefois incertain, puisque les sanctions américaines agissent aussi au niveau de la propriété intellectuelle et du matériel. Plusieurs composants clés, comme les écrans ou les processeurs, ne lui sont plus ou plus si facilement accessibles, notamment dans les gammes les plus pointues. Huawei peut toujours se rabattre sur des prestataires chinois, mais ils accusent du retard dans certains domaines.

De fait, HarmonyOS revêt une importance stratégique. Néanmoins, la portée de cette riposte logicielle reste à constater, d’autant qu’il ne s’agit pour l’instant que d’un projet qui manque de concrétisation, en particulier dans le marché des smartphones. Par ailleurs, les sanctions américaines à son encontre n’ont pas nécessairement encore produit tous leurs effets. En clair, Huawei n’est peut-être pas encore dans le « dur ».

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