Huawei a annoncé son système d'exploitation alternatif à Android. Est-ce la réponse à tous ses soucis ?

L’attente n’aura pas été très longue, compte tenu de l’ampleur de la tâche :quelques mois seulement après la décision américaine qui a mis Huawei sur liste noire, le géant chinois dévoile son alternative à Android. Le système d’exploitation qu’on nommait HongMeng OS a désormais un nom commercial : HarmonyOS. Qu’est-ce qui se cache derrière ?

À quoi va servir HarmonyOS ?

La présentation du système d’exploitation a eu lieu lors de la conférence Huawei dédiée aux développeurs. Le discours tenu par Richard Yu, CEO de Huawei, ressemble à ce que Google aurait pu dire il y a quelques années à propos d’Android : il s’agit d’un système d’exploitation open source qui peut s’exécuter sur une grande variété de machines, des smartphones aux téléviseurs en passant par les voitures, les tablettes et les objets connectés divers et variés. Huawei a bien tenu à anticiper l’avenir et assure qu’il peut s’exécuter sur des plateformes avec des ko de RAM comme sur des plateformes avec plusieurs Go. Bref, l’OS est prêt à tout.

Est-ce qu’il sera déployé sur les prochains smartphones ?

Non. Huawei a bien tenu à rassurer ses clients actuels et futurs : le développement de smartphones sera toujours concentré sur Android de Google, pour des tas de raisons. Ne nous attendons donc pas à voir débarquer un Mate ou un P sous HarmonyOS d’ici peu. Le choix est judicieux pour Huawei qui se couperait de tas de services populaires qui participent à la décision d’achat d’un smartphone.

Cela dit, Huawei met en garde : « Si l’on nous interdit d’utiliser Android, nous pourrons passer sur HarmonyOS immédiatement. Cela ne sera pas difficile.  »

HarmonyOS n’est pas la réponse à tous les problèmes de Huawei

Qu’est-ce qui pourra tourner sur HarmonyOS ?

HarmonyOS a été conçu pour supporter des applications conçues en HTML 5, pour Linux et pour Android. Sans entrer dans les détails, Huawei a donc prévu que son OS soit polyvalent dès sa conception. Reste à savoir comment les applications Android seront intégrées, car c’est tout l’enjeu d’un système d’exploitation mobile : vous ne pouvez pas vendre un smartphone sans les versions officielles des sites et services populaires. Et les entreprises utilisent le Play Store pour cela, avec toutes les garanties qu’il apporte.

Quand sortira le premier produit sous HarmonyOS ?

Étonnamment, Huawei lance la carrière d’HarmonyOS avec un produit de sa marque « jeune » et un brin plus entrée de gamme Honor. Elle doit annoncer le 10 août 2019 un téléviseur, qui sera le premier produit à faire tourner le système d’exploitation.  La roadmap prévoit une sortie par an en guise de grosse mise à jour — Huawei a des plans jusqu’en 2021.

La faible latence mise en avant par Huawei augure des applications dans les transports autonomes et connectés, un secteur en pleine croissance en Chine.

Est-ce que Huawei a la réponse à tous ses soucis ?

Non. Malheureusement, l’écueil d’HarmonyOS est précisément celui de tous les systèmes d’exploitation alternatifs à Android et iOS qui ont échoué année après année : sans utilisateur, pas de développeur, et sans développeur, pas d’apps. Pas d’apps ? Pas d’utilisateur. Même Microsoft qui avait subventionné des développements pour sa plateforme Windows Phone a échoué.

De plus, cela ne résout pas le souci de l’accès aux services américains dans le cas d’un bannissement. En effet, si Huawei n’a plus le droit de commercer avec Google pour utiliser Android, il n’a plus le droit non plus d’avoir Netflix, WhatsApp, Facebook Messenger, Instagram, Twitter et autres géants américains sur ses smartphones, même sous HarmonyOS. Cela signifie qu’il a bien une alternative technique, mais pas une alternative pratique. En d’autres termes, une interdiction pour Huawei d’utiliser Android reste un gros problème.

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