Apple a retiré de son App Store à Hong Kong une application utilisée par les manifestants pour repérer les forces de l'ordre. L'entreprise et la police affirment qu'elle a été aussi utilisée pour commettre des crimes.

Les révoltes à Hong Kong prennent depuis quelques semaines un enjeu international. La protestation lancée par des Hongkongais et Hongkongaise pour protester contre l’ingérence du gouvernement chinois implique des multinationales à plusieurs niveaux et toutes plient aux demandes de la Chine. La NBA, fédération de basket la plus populaire et la plus puissante du monde, est au cœur d’une polémique autour de déclarations de ses dirigeants. Blizzard, le géant du jeu vidéo, a banni un compétiteur de l’un de ses tournois pour avoir témoigné son soutien aux manifestants après une victoire. Aujourd’hui, c’est Apple qui a choisi de respecter les consignes de la Chine pour traiter d’un sujet qui touche la ville semi-autonome.

HKMap.live // Source : Capture d’écran Numerama

Mercredi 9 au soir, Apple a retiré de l’App Store local une application nommée HKmap.live, un service qui permettait de crowd-sourcer la position de la police dans la ville. Pour les manifestants, c’était un moyen de contourner les forces de l’ordre et d’éviter les conflits, comme le confirme le compte Twitter qui s’occupe de la promotion de l’application au New York Times. Pour le gouvernement chinois en revanche, l’application avait un tout autre but : repérer les policiers pour organiser des attaques contre eux. C’est en tout cas le ton de l’édito publié dans le journal édité par le Parti Communiste chinois, qui accusait Apple de « trahir le peuple Chinois  » en laissant des « logiciels venimeux  » dans son magasin d’applications.

Dans un communiqué, Apple a affirmé avoir vérifié avec la police hongkongaise si les accusations étaient fondées. « L’application a été utilisée pour cibler et piéger la police, mettre en danger la sécurité publique et des criminels l’ont utilisée pour commettre des larcins dans des quartiers où ils savaient que la police n’était pas. C’est contraire aux règles de l’App Store et aux lois locales  ». Une position qui a été jugée « ridicule  » par l’éditeur de l’application, qui confirme ne jamais « inciter, promouvoir ou encourager une activité criminelle  ».

Revenus vs engagements moraux

Impossible de douter que cette déclaration est de bonne foi. En revanche, il est tout à fait possible que des criminels ou des personnes malintentionnées aient utilisé l’application dans les scenarii décrits par la police et par Apple. Après tout, l’outil permet effectivement de repérer les policiers et ce serait une aubaine pour un criminel, sans aucun rapport avec les manifestations.

Reste que la temporalité suit d’un peu trop près l’accusation de la Chine par voie de presse. Que la décision soit légitimée par de vraies raisons de sécurité n’a pas d’importance : le mouvement a été perçu comme un choix d’Apple de soutenir les décisions de la Chine. On ne manquera pas alors de rappeler que le pays est doublement stratégique pour le géant : c’est en Chine qu’il produit la plupart de ses appareils et c’est aussi en Chine qu’il connaît sa plus forte croissance. Pour Apple, en tant que multinationale, choisir la Chine est fondamental, même si la décision est à mettre dans la balance du côté de la perception internationale de l’entreprise : Blizzard est sous le feu des critiques dans le monde entier après sa décision.

Prises dans les révoltes hongkongaises, les entreprises jouent un jeu auquel elles ne sont pas habituées, induit par leurs relations avec la Chine de longue date : mettre dans la balance leur développement économique et des engagements perçus comme des décisions morales.

Pour une alternative neutre à l’application, le site HKmap.live est toujours en ligne.

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