À l'ère de la digital detox, Apple a joué une carte intelligente avec iOS 12. Et la fonctionnalité Limites d'app est bien plus efficace qu'on pourrait le penser.

La digital detox est un concept en vogue, adopté assez largement par les constructeurs de produits technologiques et les fournisseurs de service web, d’Apple à Facebook en passant par Google. Cette idée qu’il faut passer moins de temps sur son smartphone, sur les réseaux sociaux, sur YouTube ou sur tous ces jeux « free to play » qui grignotent chaque jour des minutes fait son chemin, petit à petit, dans la société. Et pourtant, deux problèmes viennent immanquablement avec elle : certains métiers ne sont pas adaptés à la digital detox — le journalisme en fait partie — et limiter sa consommation numérique est plus facile à dire qu’à faire tant les artifices pour nous inciter à l’utilisation sont nombreux.

Depuis iOS 12, Apple a fait le choix d’intégrer nativement, au système d’exploitation, deux outils ayant pour but de casser nos habitudes numériques paresseuses. D’un côté, le Temps d’écran se charge de mesurer votre utilisation d’un iPhone et vous fait des rapports quotidiens.

iOS 12 et le temps d’écran // Source : Julien Cadot pour Numerama

Bien fichu, clair et pratique, ce rapport se permet également de faire des comparaisons de semaine en semaine et vous montre ce à quoi vous êtes le plus accro. Mais au-delà des réactions faussement étonnées (« oh mon dieu je passe 13 heures par semaine à regarder des vidéos du dark YouTube ! ») et des prises de conscience sans lendemain, Temps d’écran ne permet pas de passer à l’acte. Après tout, s’il était commun que l’humain sût réagir efficacement devant une mise en garde, le réchauffement climatique serait un mauvais souvenir.

Pour changer les choses, il faut donc se tourner vers le deuxième outil, qui a deux volets Temps d’arrêt et Limites d’app. Le premier est le plus radical : il bloque l’accès à votre smartphone dans une plage horaire donnée et c’est à l’utilisateur de mettre des applications sur liste blanche. La fonctionnalité n’est pas vraiment pensée pour contrôler sa consommation quotidienne, bien plus pour se donner des plages de repos avant de s’endormir et au réveil. Il n’est pas conseillé de commencer sa journée en faisant un tour sur les réseaux sociaux et l’écran juste avant le sommeil peut troubler l’endormissement.

Limite d’app : les réseaux sociaux sans la pression numérique

Limites d’app, de son côté, est la véritable killer feature. Au sens strict : elle va tuer votre activité numérique. Dans son ensemble la fonctionnalité est radicale, ne proposant que des catégories larges (Réseaux sociaux, Divertissement, Productivité, Jeux…) et s’occupant elle-même de ranger vos applications sous chaque bannière. Vous sélectionnez une catégorie de votre choix, vous vous autorisez un temps quotidien et vous laissez iOS faire le reste. Chaque fois que vous utilisez l’une des applications de la catégorie, un compteur se met en marche. 5 minutes avant la fin, une notification vous préviendra que votre temps d’utilisation est terminé.

Limites d’app // Source : Numerama

Une fois que la limite arrive, les applications deviennent grisées sur l’écran d’accueil et leur nom est précédé d’un sablier. Toucher leur icône vous amènera sur un écran évident, vous disant que vous avez dépassé la limite de temps. Bien entendu, une porte de sortie existe : prolonger l’utilisation de 15 minutes ou débloquer une application en particulier.

Cela dit, c’est à ce moment-là que la psychologie entre en jeu. Gros consommateur de réseaux sociaux en temps normal, j’ai forcé la catégorie à une heure par jour. Dès lors, ne pas utiliser les réseaux sociaux pour rien devient un défi. On ne veut plus y aller juste pour voir ce qui se passe, on réfléchit à deux fois avant de publier une photo. Et puis on se satisfait aussi de la petite victoire, de ne pas avoir cherché à dépasser le temps quotidien pour la catégorie donnée. Cela devient un jeu entre l’utilisateur et le système d’exploitation et la résistance aux pulsions mécaniques du scroll sur les fils d’actualité est gratifiante.

On se remet à utiliser les réseaux sociaux pour des choses qui comptent

En un sens, la fonctionnalité est tellement intéressante qu’elle transforme ce besoin d’aller voir ce qui se passe en un plaisir de ne pas céder à la curiosité de l’instant. Ce qui amène une autre conséquence positive au cocktail : on utilise mieux les réseaux sociaux. En s’obligeant à les sous-consommer, on se contraint à les utiliser pour des choses qui comptent et à masquer le superflu et l’inutile de ses habitudes. On ne va plus sur un réseau social pour rien, mais toujours avec une idée d’action : parler à quelqu’un, publier quelque chose, vérifier des réponses à un sujet. Au fond, on reprend le concept de réseau social en le débarrassant de la toxicité inhérente à l’économie de l’attention. Elon Musk et Donald Trump en auraient bien besoin.

Skype, ce réseau social qui s’ignore // Source : Julien Cadot pour Numerama

Reste que Limite d’app est encore lacunaire : il n’est pas possible de retirer une application d’une catégorie ou de bloquer une application en particulier (il faut passer par Temps d’écran et choisir une application dans la liste pour restreindre son temps d’usage et le bouton « Modifier les apps » ne fait pas ce qu’il dit). De même, certaines applications n’ont pas vraiment leur place dans la rubrique : iOS 12 range dans les réseaux sociaux WhatsApp et Messenger de Facebook, qui pourraient être vos principaux outils de communication ou Skype de Microsoft. Je me suis retrouvé à avoir Skype bloqué par iOS 12 en plein entretien vidéo à distance.

Il serait aussi intéressant, pour les personnes qui ont vraiment du mal à décrocher, de donner un code de déverrouillage à un tiers (qui peut débloquer l’appareil à distance, grâce à iCloud par exemple). Aujourd’hui, seul un code simple est paramétrable. Ce n’est pas dramatique, mais un peu de flexibilité sur ces catégories rendrait la fonctionnalité parfaite. En tout cas, elle a déjà rendu mon quotidien numérique plus agréable.

Crédit photo de la une : Numerama

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