L’entreprise américaine Foundation a expédié deux de ses robots, les Phantom MK-1, sur le front ukrainien. Un test grandeur nature pour ces machines bipèdes capables de manier des armes à feu, et qui marque une nouvelle étape dans l’automatisation de la guerre.

Depuis février 2022, l’Ukraine s’est transformée, par la force des choses, en immense laboratoire à ciel ouvert pour l’industrie de l’armement. On y a vu l’avènement de la guerre des drones, dans les airs et en mer notamment, les enjeux de la géolocalisation et de la connectivité et la montée en puissance de l’intelligence artificielle à des fins militaires.

Mais une nouvelle phase semble désormais s’ouvrir depuis février 2026 : celle des robots humanoïdes.

Selon des informations initialement rapportées par le Time le 10 mars 2026, la startup californienne Foundation a déployé deux de ses machines, baptisées Phantom MK-1, sur le front ukrainien. Objectif officiel ? Mener des missions de reconnaissance en première ligne, et évaluer les capacités du Phantom MK-1 dans le chaos d’un vrai environnement de combat.

Jusqu’à présent, l’image de la robotisation sur le champ de bataille était alimentée par deux types de machines : des engins équipés de chenilles avec des bras robotiques, surmontés parfois d’armes automatiques. Ou des quadrupèdes bardés d’électronique pouvant accompagner le soldat sur le terrain, en portant son barda.

Le Phantom MK-1 (pour Mark-1, ou première génération) présente un profil radicalement différent : on est sur une forme humanoïde, toute noire et sans véritable visage. L’engin tient sur deux jambes et a un gabarit proche d’un homme : il pèse 80 kg pour 1,75 mètre. Il a également la capacité de soulever jusqu’à 40 kg de charge utile.

Ce look futuriste et sobre aurait de quoi, selon le Time, susciter « une terreur viscérale bien plus intense » qu’un robot humanoïde classique. Il faut surtout imaginer l’impression qu’il pourrait laisser sur les soldats du camp d’en face qui y seraient confrontés : un engin capable de tuer, insensible à la peur ou à la douleur, capable d’avancer malgré le feu ennemi.

Une machine humanoïde censée pouvoir utiliser l’arsenal du fantassin

Et il y aurait de quoi s’alarmer au regard de la diversité de l’arsenal qu’il peut manier : on parle d’un pistolet, d’une carabine ou encore d’un fusil d’assaut de type M-16. Des armes de relative courte portée, employées lors des combats urbains en particulier, pour investir une maison, ou conquérir un carrefour, avec l’appui de drones ou de blindés.

Cette caractéristique anthropomorphique a un avantage potentiel : il n’y a a priori pas besoin d’adapter spécifiquement le robot à l’armement existant, à la différence d’une plateforme qui ne s’y prête pas à l’origine, comme un robot chenillé ou quadrupède. Il suffirait, en théorie, de piocher une arme à feu dans le stock et de la confier au robot.

Évidemment, cela va nécessiter au préalable que le système de bord ait été entraîné et configuré pour manipuler l’arme en sécurité (comprendre : ne pas se faire pirater, ne pas viser ses camarades humains et respecter la chaîne de commandement), et que ses articulations aient assez de degrés de liberté pour bien orienter le canon de l’arme, sans s’exposer.

robot phantom
Un test de robot Phantom dans un usage non-militaire. // Source : Phantom

Autre particularité notable de cet humanoïde : sa signature thermique est décrite comme similaire à celle d’un fantassin lambda. Un robot Phantom MK-1 pourrait potentiellement tromper les systèmes de surveillance adverses jusqu’au moment où il apparaîtrait au grand jour. Et ainsi offrir, peut-être, un gain tactique à qui l’emploie.

Bien sûr, il y a parfois un fossé entre la théorie et la pratique. On sait que le front ukrainien est l’une des zones les plus actives en matière de guerre électronique. C’est d’ailleurs pour cela que les drones filaires ont fini par s’imposer sur le théâtre d’opérations : les brouilleurs coupent en effet les liaisons de communication très fréquemment.

Des questions éthiques en débat depuis une décennie

Dans ces conditions, il reste à voir comment de pareilles machines vont s’en tirer dans le bourbier ukrainien — faudra-t-il aussi en venir aux robots reliés avec un câble en fibre optique pour échapper au brouillage ? Ou bien finira-t-on par se résoudre à encore plus d’autonomie laissée au robot, en sortant davantage l’humain de la boucle ?

De fait, même si la première version du Phantom conserve l’humain dans la boucle de décision (et que c’est à lui que revient, au final, de décider s’il faut presser sur la détente ou non), rien ne dit que cela ne changera pas avec la physionomie mouvante de la guerre. Peut-être que par la suite, l’humain ne sera plus qu’en supervision. Voire plus là du tout.

Les questions éthiques et leurs implications sont nombreuses, et loin d’être nouvelles : on en parle depuis une décennie. Des questionnements que l’on retrouve aussi dans l’IA et l’armement des drones. Encore aujourd’hui, le sujet est brûlant, en témoigne le clash entre le Pentagone et Anthropic, une société qui refuse de franchir certaines lignes rouges, justement.

« Plus de robots signifie moins de pertes »

Paradoxalement, cependant, l’émergence de robots tueurs est aussi décrite comme bénéfique pour l’humanité. C’est la ligne que tient en tout cas Mike LeBlanc, cofondateur de Foundation et vétéran des Marines ayant enchaîné les missions en Irak et en Afghanistan. À ses yeux, mieux vaut envoyer au front des machines que des soldats. C’est un « impératif moral ».

La remarque peut s’entendre : le front ukrainien a des allures de boucherie et beaucoup de jeunes meurent chaque année pour tenir la ligne et tenter de reprendre les territoires perdus. Pour ne pas sacrifier plus encore l’avenir du pays, l’Ukraine désire basculer sur des options technologiques pour tenir dans la durée plutôt que sur des troupes.

Mykhailo Fedorov
Mykhaïlo Fedorov // Source : U.S. Embassy Kyiv Ukraine

C’est d’ailleurs ce qu’a affirmé explicitement Mykhaïlo Fedorov, ex-ministre de la Transformation numérique, devenu ministre de la Défense. « Plus de robots signifie moins de pertes, plus de technologie signifie moins de décès. La vie des héros ukrainiens est de la plus haute valeur », a-t-il dit début 2026 aux parlementaires ukrainiens.

Une doctrine qui convient bien à une société comme Foundation. Et si le MK-1 est loin d’être opérationnel — il a tendance à s’effondrer sur le sol lors des essais –, la suite arrive. On parle d’un MK-2 pour avril 2026, avec diverses améliorations (capacité de charge de 80 kg, batteries plus puissantes, étanchéité renforcée, électronique révisée).

Des optimisations sur l’assemblage sont aussi prévues, afin de réduire les coûts et faciliter la production. Et Foundation imagine déjà en fabriquer à la pelle : 30 000 par an.

Découvrez les bonus

+ rapide, + pratique, + exclusif

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.

Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !